Valentin Rongier, le milieu et capitaine de Rennes, en pleine forme à l'image de son équipe, pense déjà à l'après-carrière. Il pourrait naturellement se diriger vers le métier d'entraîneur.

Il est arrivé dans un salon du centre d'entraînement de la Piverdière serein et déterminé, un peu comme le Stade Rennais depuis quelques semaines. « Il y a une force collective. Quand on a cette mentalité-là, avec la qualité qu'on a, on peut continuer à croire à beaucoup de choses », a confié Valentin Rongier, jeudi, alors que les Bretons reçoivent Lille ce dimanche (20 h 45). Et d'ajouter dans la foulée, en bon capitaine : « Les remplaçants - je n'aime pas ce terme - font vraiment un boulot énorme. » Altruisme, empathie et capacité de communication ont toujours escorté le milieu de 31 ans depuis le début de sa carrière. Au point de penser déjà à l'après ? La porte semble ouverte.
Quand vous lacez vos chaussures dans le vestiaire, vous arrive-t-il de penser à devenir entraîneur ?
J'espère qu'il me reste encore de belles années, mais j'y pense de plus en plus. Je pense rester dans cet écosystème. J'ai d'ailleurs commencé une formation en début d'année, avec l'UEFA, le Certificate Football Management, en anglais, elle dure neuf mois. C'est pour apprendre vraiment les bases de tous les métiers dans l'industrie foot. De la stratégie, du management, comment protéger les joueurs, l'aspect financier... Mais pour l'instant c'est pour apprendre. J'ai encore un peu de temps. On est une quarantaine de joueurs à la faire. Je crois que ça donne accès à l'équivalent d'une licence, et derrière on peut avoir l'équivalent d'un master.
On vous demande car Habib Beye vous avait qualifié de « joueur-coach ». On vous décrit aussi comme un « joueur d'équilibre ». Qu'est-ce que cela signifie ?
Pas la même chose. Le joueur d'équilibre doit voir et s'adapter en fonction de la situation de jeu. Anticiper et observer pour comprendre d'où le danger peut survenir. Ça s'y prête beaucoup pour les milieux. C'est se dire : « Ouais, c'est bien, on attaque, mais attention, là ils sont 3 contre 3, il faut peut-être que je reste avec eux parce qu'on aura une supériorité défensive. » « Joueur-coach », c'est comprendre ce que le coach demande, le système, l'animation, et relayer sur le terrain en direct à ses coéquipiers. Guider, tout simplement. Et c'est aussi lire le match en temps réel, s'adapter. Si je suis pris en individuel, de 1, c'est à moi de faire la différence sur mon adversaire direct. Et de 2, mes déplacements vont ouvrir le jeu. Quand tes partenaires le comprennent aussi, que tout le monde parle le même langage, ça devient cool.
« Je vois le football comme un jeu. Essayer de mettre en difficulté l'adversaire, c'est là que ça devient intéressant parce que c'est un jeu d'échecs. Une équation, quoi. Et c'est tout ça que j'aime »
Valentin Rongier
Pouvez-vous avoir une influence tactique ?
Les entraîneurs que j'ai connus étaient ouverts. Après, quand tu es jeune, tu n'as peut-être pas le courage pour te dire : « OK, je vais aller voir le coach, j'aime bien quand on fait ça. » Et avec l'expérience, c'est quelque chose qui est... Pas fascinant, c'est peut-être un peu trop, mais je vois le football comme un jeu. Essayer de mettre en difficulté l'adversaire, c'est là que ça devient intéressant parce que c'est un jeu d'échecs. Une équation, quoi. Et c'est tout ça que j'aime.
Si vous vous projetiez comme entraîneur, ce serait avec des enfants ou des adultes ?
On a tendance à oublier le travail des éducateurs, essentiel. Et d'un autre côté, je me dis que cette adrénaline va beaucoup me manquer. Je pense que l'unique moyen de la retrouver, c'est en étant coach d'une équipe au haut niveau. D'ailleurs, je me dis que le jour où je ne ressentirai plus cette adrénaline, ce sera le moment d'arrêter. Car c'est un bon stress. J'essaie en amont d'identifier des choses, de faire des phases de jeu dans ma tête. Et ça arrive que ça se reproduise en fonction des choses qu'on analyse la semaine. Par exemple, je visualise mon latéral qui reçoit le ballon, je me déplace à tel moment, j'anticipe la course de mon attaquant ou de mon milieu qui vient de décrocher pour que je lui mette en une touche, des choses comme ça.
Gardez-vous quand même de la spontanéité dans votre jeu ?
Tu n'as pas le choix au haut niveau, ça va tellement vite que tu es obligé de faire à l'instinct. Mais il y a forcément des phases de jeu. Quand vous regardez le FC Barcelone de l'époque, avec Xavi, Iniesta et Sergio Busquets, ils avaient tellement d'automatismes. C'est plus plaisant de jouer ce football-là. Un exercice que j'aime bien, mais les autres pas trop, c'est un circuit de passes avec un timing à respecter. Si tu veux que la circulation soit fluide, il faut répéter, répéter. Après, beaucoup d'équipes jouent la possession mais manquent de verticalité. Il faut trouver le juste milieu, en ayant plus le ballon sans trop jouer à la baballe.
Quelle importance aurait l'intelligence de jeu avec vous ?
Ça pour moi, ça se développe. Mais c'est inné et en fonction des profils. Un milieu est plus dans la réflexion qu'un ailier, qui est dans l'insouciance et l'instinct. Je serais incapable de jouer ailier car je n'ai pas la qualité de dribble ni de percussion, et car je pense trop. Je me dis : "merde, si je perds le ballon dans cette zone, on va devoir courir vers l'arrière, etc." Alors qu'eux, ils ne s'arrêtent pas à ça, ils recommencent, ils essayent en permanence.
Accorderiez-vous de l'importance à la data ?
Après le match, les données sur notre performance physique ne me dérangent pas. Mais il ne faut pas que ça contrôle tout. Moi, je regarde mon nombre de ballons perdus, mon nombre de récupérations, et mon nombre de passes vers l'avant.
« Dans le souci du détail et de la tactique, personne ne peut égaler Roberto De Zerbi »
Valentin Rongier
Vous avez connu près de 20 entraîneurs. Sur le plan du management, qui vous a le plus marqué ?
J'ai beaucoup aimé l'approche d'Igor Tudor à Marseille. Au même titre que Sergio Conceiçao à Nantes. Le discours qu'ils ont tenu, c'est : "Il n'y a plus aucun statut dans l'équipe, celui qui me donnera satisfaction jouera. "Igor a sorti Dim' (Payet) du 11, un joueur exceptionnel qui avait survolé le Championnat l'année d'avant. Il voulait un foot hyper agressif, offensif, avec du marquage un pour un, homme à homme. Pas la qualité première de Dim'. Il l'a sorti de l'équipe, a assumé, et ça lui a donné raison parce qu'on a eu des bons résultats. Je ne sais pas si je me serais passé de Dim', ce n'est pas ça que je dis, mais faire des choix forts et garder le cap, ça me parle. Après, le plus dur dans le foot pour moi, c'est de s'adapter au mec en face de toi. Untel va être tétanisé si on lui rentre dedans parce qu'il a raté une passe, pas l'autre. C'est vraiment difficile. Mais s'il y a une chose sur laquelle je ne pourrais rien laisser passer, c'est l'état d'esprit global. Ceux qui ne l'ont pas se mettent sur le côté tout seuls.
16+3
Valentin Rongier a connu 16 entraîneurs et 3 intérimaires depuis le début de sa carrière : Der Zakarian, Girard, Conceiçao, Ranieri, Cardoso, Halilhodzic, Gourcuff (Nantes), Villas-Boas, Larguet, Sampaoli, Tudor, Marcelino, Abardonado, Gattuso, Gasset, De Zerbi (OM), Beye, Tambouret et maintenant Haise (Rennes).
Et footballistiquement ?
Dans le souci du détail et de la tactique, personne ne peut égaler Roberto De Zerbi. Il est marquant pour tous les joueurs qui travaillent avec lui. Il vit foot, en fait. Il ne fait que ça, que ça, que ça. Exemple : à l'entraînement, on va travailler un circuit de passes, il demande à ses milieux de décrocher dans le bon timing et dans une zone très précise. Si tu es en retard d'une demi-seconde et qu'au lieu d'être ici, tu es là, il va stopper le jeu. Ça se joue à 30 centimètres. Parfois, c'est vraiment exagéré. Mais ça va avec son personnage. Je n'ai jamais vu un mec aussi passionné.
« Si jamais je devenais entraîneur, j'aimerais qu'on me laisse du temps. Ça m'effraie un petit peu, parce que j'aime bien avoir mes repères »
Valentin Rongier
Quelle consigne a-t-elle le plus évolué depuis vos débuts ?
Demander aux défenseurs de jouer énormément. Il y a dix ans, ils étaient là pour défendre. On leur demandait limite de jeter le ballon. À l'OM, sous Roberto, ce sont eux qui en touchaient le plus, parce qu'ils devaient être un point de fixation. Énormément de défenseurs sont devenus des joueurs de ballon.
Que vous inspire l'instabilité des bancs ?
Ce n'est pas très positif, parce que, pour avoir de la performance, il faut une stabilité. Si jamais je devenais entraîneur, j'aimerais qu'on me laisse du temps. Ça m'effraie un petit peu, parce que j'aime bien avoir mes repères. Autre chose : même si le football est ma passion, même si on a énormément de chance, on a une vie à part. La famille suit et elle n'a limite pas son mot à dire. Et le métier d'entraîneur, ce sont ces mêmes contraintes de temps en deux fois plus... Mais ma femme me dit : tu es fait pour être coach. Ça dépendra de ma fin de carrière. Pour l'instant, je kiffe encore.
Et pourquoi pas directeur sportif ?
C'est l'autre métier avec lequel j'hésite. Tu es dans les discussions tactiques avec ton coach. Tu continues de pratiquer ce jeu-là, ce jeu d'échecs. Et à côté de ça, tu es dans la gestion humaine, sans compter le choix des joueurs. J'ai dit à Loïc (Désiré, DS de Rennes) que je voulais le voir pour discuter un peu... »