Rennes s'est séparé de son entraîneur Habib Beye après quatre revers d'affilée, un an après son arrivée, dans un climat de tensions. Une issue devenue inévitable.
L'air était devenu irrespirable à Rennes, depuis une semaine, et son entraîneur Habib Beye s'est vu signifier lundi matin qu'il était déchargé de ses fonctions, comme ses adjoints Olivier Saragaglia, Sébastien Bichard et Yann Cavezza. L'après-midi, c'est le coach de l'équipe réserve (N3), Sébastien Tambouret, qui a dirigé la séance, en attendant la décision du club sur la succession de Beye.
Le couperet est tombé alors que Rennes a pris un point sur douze en L1 et reste sur quatre revers, douze buts encaissés et un seul marqué contre Lorient (0-2), à Monaco (0-4), Marseille (0-3, 8es de finale de Coupe de France) et Lens (1-3). L'équipe de Beye était aussi à 2 points de la troisième place voilà un mois, et à 11 désormais. Après avoir pris l'ascenseur VIP en novembre-décembre, elle semblait se détourner doucement mais sûrement de l'objectif européen, et le climat en interne s'était aussi dégradé.
Il ne semblait plus dégager d'énergie positive ou maîtriser la situation aux yeux de la direction du club et de son actionnaire
Après Marseille, mardi dernier, c'est Beye qui était prêt à partir et lâcher l'affaire, avant de conditionner son départ à des indemnités comprenant sa prolongation automatique en cas de qualification européenne, jusqu'en 2027. Et ce, juste après un mercato où ses volontés ont été entendues, avec trois joueurs offensifs (Szymanski, Zabiri, Nordin) pour un départ (K. Meïté). Il est allé jusqu'à Lens, samedi, en ayant écarté du groupe le gardien numéro 3 des Bleus, Brice Samba, de quoi susciter de nouvelles crispations.
Aux yeux de la direction rennaise et de son actionnaire, la famille Pinault, il ne semblait donc plus dégager d'énergie positive ou maîtriser la situation. À Marseille, il avait été mêlé à des scènes de tension avec Samba et Mousa Al-Tamari, tout en surestimant la prestation de ses joueurs, pourtant terne face à un OM moyen. Il aura aussi dû composer avec une fin de mercato agitée et perturbante et des blessures, comme celle de Valentin Rongier, et il n'a pas pu inverser la tendance, cette fois, malgré les retouches dans son système et ses choix.
Du côté de l'entourage de Beye, la perception est différente : on considère qu'il a rempli ses objectifs, le maintien la saison passée et possiblement l'Europe puisqu'il est dans les temps de passage. On souligne aussi qu'il a valorisé la jeunesse rennaise et a été confronté à la défaillance de certains cadres, sans être soutenu par sa direction après l'épisode Samba au Vélodrome, quand les deux hommes se sont accrochés sur la situation du deuxième but. Il part donc sur un goût d'inachevé, sur fond de rapports fluctuants avec sa direction et ses joueurs.
Proche de signer à Nantes fin décembre 2024, Beye avait été nommé fin janvier 2025 quand Rennes était barragiste (16e). C'était après l'échec Jorge Sampaoli, avec un effectif en partie revu et corrigé avec les arrivées de Seko Fofana et Samba, notamment. Plein d'énergie et d'idées, escorté d'une bonne image, il avait relevé l'équipe rouge et noire, 12e avec 8 points d'avance sur le barragiste, en donnant sa chance à la jeunesse (Jérémy Jacquet, Kader Meïté et Djaoui Cissé).
Il a pu déconcerter récemment par ses propos et décisions et son crédit s'est amenuisé
Il a ensuite attaqué cette saison avec un nouveau directeur sportif (Loïc Désiré) et du changement dans le staff dédié à la performance avec l'arrivée de Laurent Bessière. Si le trio Pouille-Désiré-Beye s'était plutôt bien accordé sur le mercato estival, dans l'ambition de retrouver l'Europe, des frictions sont apparues à l'automne, quand Rennes ne donnait pas l'impression de savoir où il allait, quand les choix de Beye ne payaient pas, dans l'approche ou la gestion des matches.
Il y avait cette idée qu'il recevait difficilement les observations de sa direction ou de ses joueurs pour avancer, et il pouvait lui arriver de cibler les insuffisances de certains d'entre eux, comme Ludovic Blas ou Cissé. Des remous relationnels avec Blas et Fofana avaient aussi animé l'avant-match à Toulouse (2-2, le 29 octobre), dont ils avaient été écartés. C'était au moment où il était sur la sellette, après un revers contre Nice (1-2, le 26 octobre).
Il voulait aussi asseoir son autorité, il avait encore eu sa chance et trouvé la bonne formule pour s'élever dans le haut du classement jusqu'à Lille (2-0, le 3 janvier). Depuis, elle a été contrariée, il n'a pas trouvé de plan B, il a pu déconcerter récemment par ses propos et décisions et son crédit s'est amenuisé. Il s'éloigne de Rennes sur un bilan de 39 matches, pour 18 succès, 14 revers et 7 nuls, et s'il a relevé le niveau de l'équipe bretonne, il n'aura pas pu laisser une trace durable, notamment dans le jeu, ni entraîner tout le monde dans son sillage, notamment quelques cadres.