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Rennes, c’était le summum du football

Ce week-end, il fait partie de la centaine d’anciens joueurs invités à Rennes et au Roazhon Park pour fêter les 125 ans du Stade rennais : sans club depuis son passage express à Rodez cet automne, Flavien Tait ouvre la boîte à souvenirs de son aventure rennaise (2019-2023), avec ses bas et ses hauts, dont une saison 2021-2022 qu’il dit inoubliable. Entretien avec un homme qui pense à la retraite.
Rennes, c’était le summum du football

Tu feras partie de la centaine d’anciens joueurs invités par le Stade rennais ce week-end pour fêter le 125e anniversaire à l’occasion du match contre Metz. Qu’est-ce que ça va te faire de retrouver le Roazhon Park ?
Il y a de l’excitation, c’est un plaisir de revenir dans ce stade parce que j’y ai vécu des belles soirées européennes et des belles journées de foot. Cette ambiance, ce public, cet engouement autour du club, ça nous manque. Maintenant, je serai en tribunes, donc ce sera différent. (Rires.) Quelque part, ça veut dire que j’ai marqué le club, je le prends comme ça, c’est cool. Quand je mets une petite story sur Instagram, j’ai toujours des messages pour me demander de revenir, ça fait plaisir.

Ton passage à Rennes, c’est l’apogée de ta carrière ?
Oui, clairement. Sous l’ère Genesio. Même si à Angers, j’ai aussi pris beaucoup de plaisir et vécu de belles années, mais le fait de jouer la Coupe d’Europe, le haut de tableau, avoir ces objectifs d’être toujours en haut… Et surtout dans une équipe, il faut le rappeler, où ça jouait tellement bien au football.

De 2019 à 2023, tu as connu des débuts difficiles, des joies, un épanouissement sur le terrain, des blessures… Un peu comme si c’était un bon résumé de ta carrière.
Dès le début, je prends ce rouge (contre Montpellier lors de la première journée, NDLR). Il y a aussi le premier gros transfert de ma carrière, avec des attentes. Pourtant, je fais une très bonne préparation. Mais le système dans lequel on jouait, ça ne m’allait pas du tout. J’étais utilisé derrière les deux attaquants ou même dans les deux devant. Donc oui, c’était compliqué, mais tu changes de standing aussi ! Dans ma carrière, rien n’a jamais été facile, c’est pour ça que je suis content. J’ai toujours réussi à inverser la tendance. Faire changer l’avis des gens, ça a été ma plus grande réussite à Rennes. Quand je suis parti, j’ai reçu plein de messages d’amour. J’avais tout gagné.

Par rapport à ce que j’entends, je comparais Bruno Genesio à Ancelotti. Quand tu entres sur le terrain, tu as envie de te donner pour lui.

Flavien Tait

À Angers, tu t’es révélé en Ligue 1 en jouant surtout côté gauche, mais c’est dans un milieu à trois à Rennes que tu t’es épanoui. Qu’est-ce que ce positionnement a changé pour toi ? En fait, j’avais plus de liberté sous Genesio. Dans ce système à trois milieux, en position de 8, je pouvais énormément me projeter. J’arrivais bien à combiner avec Martin (Terrier), Bourige, c’est aussi pour ça que je me suis épanoui. C’est aussi un poste où tu touches plus de ballons que sur le côté. À Angers, j’avais l’habitude de contre-attaquer ; quand je suis arrivé à Rennes, c’était plutôt des attaques placées. J’ai eu un peu de mal au début et, quand je suis revenu au milieu, j’avais retrouvé cette liberté d’expression. Le coach Genesio m’a aussi donné beaucoup de confiance et je marche à ça.

Qu’est-ce qu’il a de spécial, Bruno Genesio ?
Il est naturel. C’est un papa spirituel pour tous les joueurs. Il va te parler de la même manière, même si tu joues moins. En matière de foot, il a des connaissances incroyables. Et humainement… Je ne le connais pas personnellement, mais par rapport à ce que j’entends, je le comparais à Ancelotti. Dans un vestiaire, il a cette aura, cette gentillesse, il est toujours bienveillant. Il est franc, il va dire les choses quand il faut les dire. Quand tu entres sur le terrain, tu as envie de te donner pour lui.

Au-delà du repositionnement, qu’est-ce qu’il a pu te dire pour te faire basculer à son arrivée à Rennes en mars 2021 ?
Quand il arrive, je dois faire deux ou trois matchs sur le banc. Puis, on reçoit Strasbourg à la maison et il me dit : «?Je vais te mettre au milieu, j’ai beaucoup aimé ta semaine. Tu peux beaucoup nous apporter." Je fais un top match et ma vraie bonne aventure à Rennes commence sous l’ère Genesio. J’ai senti direct sa confiance.

Tu te retrouvais moins dans le cadre tactique de Julien Stéphan, son prédécesseur ? Genesio avait beaucoup insisté sur le besoin de retrouver de la liberté dans le jeu à son arrivée.
Ce sont deux méthodes très différentes. Je n’aime pas faire ça… Le coach Stéphan, c’était très fort en matière de tactique, mais il fallait rester dans sa zone. Ce n’était pas un foot folie, c’était très structuré dans un 4-4-2. Genesio a apporté sa fraîcheur et cette envie de débrider les joueurs.

Tu arrives à Rennes après la saison de la Coupe de France et tu as participé à la saison 2021-2022 qui a beaucoup marqué le public rennais. Pourquoi reste-t-elle autant dans les mémoires ?
Même nous, ça nous a marqués. Quand on part ailleurs, on se rend compte que ce qu’on faisait cette année-là… Pffff, voilà quoi. C’était du beau football, on a donné beaucoup de plaisir aux gens. On a mis des jolis scores. Quand les adversaires venaient, on était sûrs de nous, de notre force. On avait un groupe qui vivait aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Je pense que c’était la plus belle saison du Stade rennais, même si on n’a rien gagné. En matière de foot, je ne sais pas s’il y a eu une meilleure équipe… On fait deuxième meilleure attaque, on bat Paris et on mérite mieux en Coupe d’Europe, on sentait le plaisir dans ces soirées de foot. Cette équipe, elle était fantastique. La Turquie, ça m’a apporté plein de choses (il part à Samsunspor à l’été 2023, NDLR), j’ai découvert une autre culture, un beau pays, etc. Mais quand t’as connu Rennes, on ne va pas se mentir… Pour moi, Rennes, c’était le summum du football.

Faire des soirées avec le groupe, c’est très important. Les personnalités ne sont pas les mêmes quand tu sors du vestiaire, tu découvres les gens.

Flavien Tait

Qu’est-ce qu’on ressent sur le terrain dans ces moments-là ? Quelles sont les sensations ?
C’est plus tard qu’on se rend compte et qu’on comprend que c’était incroyable. Tu sors du match, t’es heureux. La connexion de la semaine avec les partenaires, tu la retrouves en match. Les joueurs osaient tenter des choses. On ne réussissait pas tout, mais on se trouvait les yeux fermés, on avait une connexion folle. Avant de penser au résultat, on pensait d’abord à prendre du plaisir et à jouer ensemble. Le reste, ça venait tout seul, c’était devenu naturel. On avait pourtant la pression d’être en haut, mais on ne s’en rendait pas compte. C’était magique, c’est vraiment une saison que je n’oublierai jamais.

Vous enchaînez pourtant trois défaites en championnat en septembre 2021, rien ne marche sur le terrain. Quel est le match déclic ?
Il y a ce match de Coupe d’Europe contre Tottenham, on fait un top match, on mérite de gagner (2-2). Le déclic pour la confiance, c’est le 6-0 contre Clermont ; celui mental, c’est la défaite à Marseille (2-0 au Vélodrome) où on comprend qu’on n’est pas nous-mêmes. Je me souviens des mots du coach qui dit qu’on ne joue pas, qu’on ne fait rien. Il faut aller sur le terrain et jouer au foot, c’est tout. Mes gros souvenirs à Rennes, ce sont les soirées de Coupe d’Europe. Leicester, on doit se qualifier tous les jours. Il y a aussi un 4-1 contre Lyon, ils n’ont pas vu le jour. Ce soir-là, tout était beau. Je pense aussi à la qualification à Brest qui restera dans les annales ou encore à ce derby contre Nantes sous l’ère Stéphan avec les deux buts de Raphinha. (Sourire.)

Cette saison 2021-2022, vous la terminez paradoxalement avec 12 défaites et une 4e place. Qu’est-ce qui vous a manqué pour aller encore plus haut ?
Peut-être le début de saison, comme on en parlait… Il y a aussi une défaite à Nantes qui nous fait mal. Après, on était contents d’être en Ligue Europa, avec ce dénouement à Lille (Serhou Guirassy égalise à la dernière minute pour le 2-2, NDLR). La Ligue 1 était relevée aussi cette année-là, mais je ne sais pas trop dire ce qui nous a manqué pour être en Champions. On a surtout retenu de donner du plaisir aux gens, d’avoir régalé.

Andy Carroll nous disait que les matchs se gagnaient parfois lors de soirées au resto ou au bar. Il y avait un groupe qui aimait sortir ensemble cette saison-là, ça vous a aidé ?
C’est le plus important. Tu vois les gars dans un autre contexte, les personnalités ne sont pas les mêmes quand on sort du vestiaire, tu découvres les gens. C’est ce qui a fait notre force. On faisait la fête, mais on restait mesurés ! On faisait des repas les uns chez les autres, on passait des bons moments et il y avait une vraie connexion entre nous. C’est vrai qu’après la qualification à Brest, on avait fait une bonne fête. (Rires.) Il fallait décompresser, les vacances arrivaient, on pouvait. C’est à l’image du coach, on faisait des choses ensemble.

Qu’est-ce que vous faisiez avec Bruno Genesio en dehors de la vie à la Piverdière ?
Il nous avait invités chez lui, par exemple, peu de coachs font ça. Il y avait tous les joueurs, le staff et même les compagnes pour un repas un midi. Il a fait plein de petites attentions qui nous ont marqués. Je me souviens aussi qu’après un match, on mangeait au restaurant, il était là aussi et il était descendu payer notre table. À Noël, aussi, il offrait des cartes cadeaux pour les enfants, ça montre la qualité de l’homme !

Le plus impressionnant chez Camavinga et Doué, c’était physiquement. Ils étaient développés comme s’ils avaient 25 ans, je n’étais pas comme ça à 16 ans !

Flavien Tait, 33 ans

Tu as souvent dit que tu étais quelqu’un de casanier, mais un joueur a-t-il aussi besoin de vivre normalement dans sa ville pour s’épanouir ? On se souvient de cette vidéo avec Bourigeaud où vous descendez une bière devant des supporters au Roazhon Park.
J’ai toujours cette vidéo, je la regarde souvent. C’est bien pour la proximité, ça sort du contexte foot. Connaître la ville, ses endroits, c’est aussi connaître le club et c’est important. Les gens sont contents de te croiser : dans la rue, ceux qui bossent dans un restaurant où tu vas manger un bout, etc. Sortir du contexte maison, ça fait du bien. Rennes, c’est une belle ville avec des super bons restaurants, comme Monsieur Yak, Il Toscano, les galettes bretonnes, etc.

Quels sont les joueurs qui t’ont le plus impressionné et marqué à Rennes ?
Il y en a beaucoup. Lovro Majer, quand j’étais au milieu avec lui, c’était quelque chose. J’ai pris un plaisir fou, on était connectés au milieu. Martin (Terrier), Bourige, Raphinha, même s’il n’était pas aussi étoffé que maintenant. Hamari (Traoré), Amine (Gouiri), j’ai adoré, c’est dur de répondre à cette question… Beaucoup de joueurs avaient des qualités différentes. Un Rom’ Salin allait t’apporter de la communication dans le vestiaire, comme Hamari, Martin avec ses buts, Lovro avec sa patte gauche. Jonas (Martin) et Baptiste (Santamaria) faisaient aussi des kilomètres, j’ai beaucoup aimé Nayef Aguerd derrière ou encore Meling, qui était assez atypique.

Quand on parle de Rennes, on pense aussi au centre de formation. Tu as joué avec Eduardo Camavinga ou Désiré Doué, qu’est-ce que tu t’es dit en les voyant débarquer à 16 ans ?
Qu’ils étaient développés comme s’ils avaient 25 ans. Je n’étais pas comme ça à 16 ans. (Rires.) Le plus impressionnant, c’était physiquement : leur impact, la vitesse dans les duels, on ne se rend pas compte de ce qu’il faut en Ligue 1. Ils étaient assez discrets, à l’écoute des anciens, même si parfois sur le terrain, ils faisaient des trucs, t’avais envie de leur dire : «?Oh mon grand !" On parle de ces deux joueurs-là, mais il y en a plein d’autres qu’on ne nomme pas assez : Yann Gboho qui est bon aujourd’hui à Toulouse ; Alexis Trouillet avait des qualités de footballeur incroyables ; Sacha Boey, Georgi Rutter, Da Cunha qui est capitaine de Côme. C’était des bons joueurs, mais aussi des bons jeunes.

Tu regrettes la fin de ton aventure à Rennes, entre tes soucis à la hanche et ton départ en catimini en septembre en Turquie ?
Ça fait partie d’une carrière. Tu sais que ça n’a jamais été facile pour moi, donc c’était une épreuve de plus. (Sourire.) Il y avait des choix à faire, mais quand on a fait appel à moi, je répondais présent sur la fin de saison 2022-2023. J’aurais forcément aimé que ça se termine un peu mieux, mais je restais à l’intérieur du groupe, je me sentais aussi important que ceux qui jouaient. On ne peut pas toujours choisir son départ, je n’ai aucun regret.

Quand on se fait siffler par ses propres supporters, on ressent de la honte, on se pose plein de questions. On sous-estime l’impact que ça peut avoir.

Flavien Tait

Il y a aussi eu cette rumeur faisant état d’une relation extraconjugale avec la femme de ton coéquipier Lovro Majer. C’est le moment le plus difficile à gérer de ta période rennaise ?
Celle-là, elle est complètement folle. C’est incroyable de sortir des choses comme ça… Je savais que c’était totalement faux et que j’étais tranquille. C’est la famille que ça peut affecter. Il faut se dire que ma femme s’entendait bien avec sa femme, c’était presque des meilleures amies. (Rires.) En fait, ce week-end là, j’ai un drôle de sentiment… Je ne suis pas pris dans le groupe, le club ne donne pas la raison. (Il s’était emporté à l’entraînement contre Bruno Genesio, NDLR.) Cette rumeur, elle est complètement folle. Je ne sais pas qui a inventé ça. Sincèrement, ce n’est même pas ça qui m’a le plus affecté.

C’est quoi ?
Au début, quand je me suis fait siffler au Roazhon Park, ça m’a touché de fou.

On pourrait penser que ça finit par glisser sur les joueurs d’être sifflé dans un stade. Qu’est-ce que ça provoque chez toi ?
On ressent de la honte. Ce n’était pas des petits sifflets, hein. On se pose plein de questions, en fait. Par ses propres supporters, c’est dur. On sous-estime l’impact que ça peut avoir, même si des joueurs peuvent faire abstraction. Quand tu sors du terrain, tu entends tout. Les réseaux, c’est autre chose, ce n’est pas la réalité, ils peuvent écrire n’importe quoi. Au stade, c’est encore plus fort. Ma plus grande fierté, c’est d’avoir inversé cette tendance à Rennes.

De ta préformation à Castelmaurou à tes différents clubs, ta carrière s’est beaucoup construite sur la souffrance et parfois le rejet. Comment tu vois les choses avec le recul ?
Peut-être que s’il n’y avait pas eu ça, je ne serais pas là aujourd’hui. Rien n’arrive par hasard. Ma grande réussite, c’est de ne pas avoir failli quand ça allait mal. Plein de joueurs vont mal ou abandonnent. C’est mon parcours, je suis presque à 200 matchs de Ligue 1, j’ai joué la Coupe d’Europe, dans des clubs comme Angers, Rennes… Je n’ai pas de traumatisme. Je ne suis pas sorti de Castelmaurou ? C’est comme ça, je me suis épanoui derrière à Rodez et à Châteauroux.

À Rennes, Bruno Genesio avait invité des psys à venir régulièrement à la Piverdière. Tu les as vus ?
Au début, ça ne m’attirait pas. Parfois, dire les choses, avoir des avis extérieurs, ça fait du bien. J’ai fait des séances avec la psy à Rennes, mais c’était plus travailler ma vision de jeu sur le terrain. Elle avait plein d’exercices qui pouvaient me rendre meilleur, ce n’était pas pour parler de ma vie. Être fermé, ce n’est pas la solution. On ne s’en rend pas compte, une carrière c’est dur, ça se construit. Ce n’est pas aussi simple que «?taper dans un ballon?».

Entre un joueur de 24 ans et un autre de 33 ans, on sait vers qui les clubs vont se tourner. On ne regarde plus la qualité du joueur, mais son âge, la plus-value possible.

Flavien Tait

Après ton passage à Samsunspor en Turquie, tu as tenté cette saison un retour à Rodez que tu as quitté au bout de trois mois. Tu penses à la retraite ?
Oui, j’y pense. Aujourd’hui, le football n’est plus celui que j’apprécie. Je ne veux plus aller dans des projets où je ne vais pas prendre de plaisir. Ces dernières années, ça n’a pas trop marché, donc je me pose la question : est-ce que j’arrête ou je continue ? Je ne veux plus faire des choix par défaut, je sais ce que je veux et ce que je ne veux plus.

Tu n’as pas réussi à retrouver un peu de ce plaisir à Rodez ?
Non, Rodez, ça ne correspondait pas au football que je pratique. C’était un jeu direct, je suis milieu de terrain, tu m’as vu jouer au milieu à Rennes, j’ai besoin de ballons. Là, c’était trop direct, sans trop d’attaques placées, je n’ai pas aimé. Je n’étais pas compatible avec cette équipe, je m’en suis rendu compte après, c’est pour ça que j’ai pris la décision d’arrêter.

Tu as quand même eu beaucoup de pépins depuis quelques années. Tu pourrais encore assurer physiquement à ce niveau ?
Si ça joue au ballon, oui. Si ça balance sur 70 mètres, je n’en suis pas capable et je ne l’ai jamais été, même au top de ma forme. Après, il y a aussi cette tournure du foot qui est un business et avec l’impact des droits TV, ça fait mal à plein de clubs. Entre un joueur de 24 ans et un autre de 33 ans, je n’ai même pas à te donner la réponse, on sait vers qui les clubs vont se tourner. Avant, il n’y avait pas autant de problèmes d’argent. Maintenant, un club va acheter un joueur en pensant à le revendre le plus cher possible pour continuer de vivre, d’exister. On ne regarde plus la qualité du joueur, on regarde son âge, la plus-value possible, et c’est tout.

C’est quelque chose qui t’éloigne du foot ?
Non, c’est la réalité des choses. Je regarde toujours autant de foot et ça restera ma passion. La vérité, c’est que peu de clubs s’appuient sur des joueurs d’expérience. J’ai eu des appels, mais je ne veux pas repartir n’importe où. Le mercato d’hiver, ce n’est pas le meilleur. Je préfère attendre cet été pour voir ce que je fais, aucune décision ne sera prise avant. Au moins, je peux aller aux 125 ans du Stade rennais. (Rires.)

Il y a une vie après le foot, des choses que tu redécouvres en étant à la retraite et qu’on ne fait pas quand on est footballeur. Aller au ski, par exemple !

Flavien Tait

Comment tu appréhendes la fameuse petite mort du footballeur ? Ça te fait peur ?
Pas du tout. Il faut savoir arrêter au bon moment, je vois beaucoup de joueurs qui forcent. Est-ce que le plaisir est toujours là ? Forcément, il y a la routine du terrain, du vestiaire, mais tu peux le combler par d’autres moments. Je ne me vois pas trop jouer en amateur, je prends des cours de padel en ce moment, j’adore. Rester dans le foot, ça ne me dérangerait pas. Coach, je ne pourrais pas, je n’ai pas la patience pour gérer un groupe professionnel, peut-être des jeunes… Recruteur, sinon… J’ai un bon œil pour voir les joueurs, c’est de l’instinct. J’aimerais bien tenter consultant aussi, débriefer un match et l’actu du foot, ça ne me dérangerait pas. En tout cas, il y a une vie après le foot, c’est ça que je veux dire. Il y a des choses que tu redécouvres en étant à la retraite, qu’on ne fait pas quand on est footballeur.

Qu’est-ce que tu as hâte de redécouvrir ?
Déjà, avoir ton propre rythme. C’est tout bête : prendre tes vacances en août comme tout le monde, aller manger au resto le jeudi ou le vendredi soir sans avoir à calculer ce que tu prends. Des plaisirs banals. Aller au ski, par exemple, à la montagne ! Aller à un concert qui se termine à minuit en pleine semaine quand t’es footballeur, c’est moyen, t’as entraînement le lendemain… Ce sont des petites choses sans calculs. Il y a aussi les moments de partage avec les proches, la famille : le nombre de fois où tu dis que tu peux pas et qu’il y a que le week-end de la trêve où t’es libre. La dépression à la retraite, ça arrive, mais ce manque, tu peux le combler, je pense.

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Il y a de l’excitation, c’est un plaisir de revenir dans ce stade parce que j’y ai vécu des belles soirées européennes et des belles journées de foot. Cette ambiance, ce public, cet engouement autour du club, ça nous manque. Maintenant, je serai en tribunes, donc ce sera différent. (Rires.) Quelque part, ça veut dire que j’ai marqué le club, je le prends comme ça, c’est cool. Quand je mets une petite story sur Instagram, j’ai toujours des messages pour me demander de revenir, ça fait plaisir.

Ton passage à Rennes, c’est l’apogée de ta carrière ?
Oui, clairement. Sous l’ère Genesio. Même si à Angers, j’ai aussi pris beaucoup de plaisir et vécu de belles années, mais le fait de jouer la Coupe d’Europe, le haut de tableau, avoir ces objectifs d’être toujours en haut… Et surtout dans une équipe, il faut le rappeler, où ça jouait tellement bien au football.

De 2019 à 2023, tu as connu des débuts difficiles, des joies, un épanouissement sur le terrain, des blessures… Un peu comme si c’était un bon résumé de ta carrière.
Dès le début, je prends ce rouge (contre Montpellier lors de la première journée, NDLR). Il y a aussi le premier gros transfert de ma carrière, avec des attentes. Pourtant, je fais une très bonne préparation. Mais le système dans lequel on jouait, ça ne m’allait pas du tout. J’étais utilisé derrière les deux attaquants ou même dans les deux devant. Donc oui, c’était compliqué, mais tu changes de standing aussi ! Dans ma carrière, rien n’a jamais été facile, c’est pour ça que je suis content. J’ai toujours réussi à inverser la tendance. Faire changer l’avis des gens, ça a été ma plus grande réussite à Rennes. Quand je suis parti, j’ai reçu plein de messages d’amour. J’avais tout gagné.

Par rapport à ce que j’entends, je comparais Bruno Genesio à Ancelotti. Quand tu entres sur le terrain, tu as envie de te donner pour lui.

Flavien Tait

À Angers, tu t’es révélé en Ligue 1 en jouant surtout côté gauche, mais c’est dans un milieu à trois à Rennes que tu t’es épanoui. Qu’est-ce que ce positionnement a changé pour toi ? En fait, j’avais plus de liberté sous Genesio. Dans ce système à trois milieux, en position de 8, je pouvais énormément me projeter. J’arrivais bien à combiner avec Martin (Terrier), Bourige, c’est aussi pour ça que je me suis épanoui. C’est aussi un poste où tu touches plus de ballons que sur le côté. À Angers, j’avais l’habitude de contre-attaquer ; quand je suis arrivé à Rennes, c’était plutôt des attaques placées. J’ai eu un peu de mal au début et, quand je suis revenu au milieu, j’avais retrouvé cette liberté d’expression. Le coach Genesio m’a aussi donné beaucoup de confiance et je marche à ça.

Qu’est-ce qu’il a de spécial, Bruno Genesio ?
Il est naturel. C’est un papa spirituel pour tous les joueurs. Il va te parler de la même manière, même si tu joues moins. En matière de foot, il a des connaissances incroyables. Et humainement… Je ne le connais pas personnellement, mais par rapport à ce que j’entends, je le comparais à Ancelotti. Dans un vestiaire, il a cette aura, cette gentillesse, il est toujours bienveillant. Il est franc, il va dire les choses quand il faut les dire. Quand tu entres sur le terrain, tu as envie de te donner pour lui.

Au-delà du repositionnement, qu’est-ce qu’il a pu te dire pour te faire basculer à son arrivée à Rennes en mars 2021 ?
Quand il arrive, je dois faire deux ou trois matchs sur le banc. Puis, on reçoit Strasbourg à la maison et il me dit : «?Je vais te mettre au milieu, j’ai beaucoup aimé ta semaine. Tu peux beaucoup nous apporter." Je fais un top match et ma vraie bonne aventure à Rennes commence sous l’ère Genesio. J’ai senti direct sa confiance.

Tu te retrouvais moins dans le cadre tactique de Julien Stéphan, son prédécesseur ? Genesio avait beaucoup insisté sur le besoin de retrouver de la liberté dans le jeu à son arrivée.
Ce sont deux méthodes très différentes. Je n’aime pas faire ça… Le coach Stéphan, c’était très fort en matière de tactique, mais il fallait rester dans sa zone. Ce n’était pas un foot folie, c’était très structuré dans un 4-4-2. Genesio a apporté sa fraîcheur et cette envie de débrider les joueurs.

Tu arrives à Rennes après la saison de la Coupe de France et tu as participé à la saison 2021-2022 qui a beaucoup marqué le public rennais. Pourquoi reste-t-elle autant dans les mémoires ?
Même nous, ça nous a marqués. Quand on part ailleurs, on se rend compte que ce qu’on faisait cette année-là… Pffff, voilà quoi. C’était du beau football, on a donné beaucoup de plaisir aux gens. On a mis des jolis scores. Quand les adversaires venaient, on était sûrs de nous, de notre force. On avait un groupe qui vivait aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Je pense que c’était la plus belle saison du Stade rennais, même si on n’a rien gagné. En matière de foot, je ne sais pas s’il y a eu une meilleure équipe… On fait deuxième meilleure attaque, on bat Paris et on mérite mieux en Coupe d’Europe, on sentait le plaisir dans ces soirées de foot. Cette équipe, elle était fantastique. La Turquie, ça m’a apporté plein de choses (il part à Samsunspor à l’été 2023, NDLR), j’ai découvert une autre culture, un beau pays, etc. Mais quand t’as connu Rennes, on ne va pas se mentir… Pour moi, Rennes, c’était le summum du football.

Faire des soirées avec le groupe, c’est très important. Les personnalités ne sont pas les mêmes quand tu sors du vestiaire, tu découvres les gens.

Flavien Tait

Qu’est-ce qu’on ressent sur le terrain dans ces moments-là ? Quelles sont les sensations ?
C’est plus tard qu’on se rend compte et qu’on comprend que c’était incroyable. Tu sors du match, t’es heureux. La connexion de la semaine avec les partenaires, tu la retrouves en match. Les joueurs osaient tenter des choses. On ne réussissait pas tout, mais on se trouvait les yeux fermés, on avait une connexion folle. Avant de penser au résultat, on pensait d’abord à prendre du plaisir et à jouer ensemble. Le reste, ça venait tout seul, c’était devenu naturel. On avait pourtant la pression d’être en haut, mais on ne s’en rendait pas compte. C’était magique, c’est vraiment une saison que je n’oublierai jamais.

Vous enchaînez pourtant trois défaites en championnat en septembre 2021, rien ne marche sur le terrain. Quel est le match déclic ?
Il y a ce match de Coupe d’Europe contre Tottenham, on fait un top match, on mérite de gagner (2-2). Le déclic pour la confiance, c’est le 6-0 contre Clermont ; celui mental, c’est la défaite à Marseille (2-0 au Vélodrome) où on comprend qu’on n’est pas nous-mêmes. Je me souviens des mots du coach qui dit qu’on ne joue pas, qu’on ne fait rien. Il faut aller sur le terrain et jouer au foot, c’est tout. Mes gros souvenirs à Rennes, ce sont les soirées de Coupe d’Europe. Leicester, on doit se qualifier tous les jours. Il y a aussi un 4-1 contre Lyon, ils n’ont pas vu le jour. Ce soir-là, tout était beau. Je pense aussi à la qualification à Brest qui restera dans les annales ou encore à ce derby contre Nantes sous l’ère Stéphan avec les deux buts de Raphinha. (Sourire.)

Cette saison 2021-2022, vous la terminez paradoxalement avec 12 défaites et une 4e place. Qu’est-ce qui vous a manqué pour aller encore plus haut ?
Peut-être le début de saison, comme on en parlait… Il y a aussi une défaite à Nantes qui nous fait mal. Après, on était contents d’être en Ligue Europa, avec ce dénouement à Lille (Serhou Guirassy égalise à la dernière minute pour le 2-2, NDLR). La Ligue 1 était relevée aussi cette année-là, mais je ne sais pas trop dire ce qui nous a manqué pour être en Champions. On a surtout retenu de donner du plaisir aux gens, d’avoir régalé.

Andy Carroll nous disait que les matchs se gagnaient parfois lors de soirées au resto ou au bar. Il y avait un groupe qui aimait sortir ensemble cette saison-là, ça vous a aidé ?
C’est le plus important. Tu vois les gars dans un autre contexte, les personnalités ne sont pas les mêmes quand on sort du vestiaire, tu découvres les gens. C’est ce qui a fait notre force. On faisait la fête, mais on restait mesurés ! On faisait des repas les uns chez les autres, on passait des bons moments et il y avait une vraie connexion entre nous. C’est vrai qu’après la qualification à Brest, on avait fait une bonne fête. (Rires.) Il fallait décompresser, les vacances arrivaient, on pouvait. C’est à l’image du coach, on faisait des choses ensemble.

Qu’est-ce que vous faisiez avec Bruno Genesio en dehors de la vie à la Piverdière ?
Il nous avait invités chez lui, par exemple, peu de coachs font ça. Il y avait tous les joueurs, le staff et même les compagnes pour un repas un midi. Il a fait plein de petites attentions qui nous ont marqués. Je me souviens aussi qu’après un match, on mangeait au restaurant, il était là aussi et il était descendu payer notre table. À Noël, aussi, il offrait des cartes cadeaux pour les enfants, ça montre la qualité de l’homme !

Le plus impressionnant chez Camavinga et Doué, c’était physiquement. Ils étaient développés comme s’ils avaient 25 ans, je n’étais pas comme ça à 16 ans !

Flavien Tait, 33 ans

Tu as souvent dit que tu étais quelqu’un de casanier, mais un joueur a-t-il aussi besoin de vivre normalement dans sa ville pour s’épanouir ? On se souvient de cette vidéo avec Bourigeaud où vous descendez une bière devant des supporters au Roazhon Park.
J’ai toujours cette vidéo, je la regarde souvent. C’est bien pour la proximité, ça sort du contexte foot. Connaître la ville, ses endroits, c’est aussi connaître le club et c’est important. Les gens sont contents de te croiser : dans la rue, ceux qui bossent dans un restaurant où tu vas manger un bout, etc. Sortir du contexte maison, ça fait du bien. Rennes, c’est une belle ville avec des super bons restaurants, comme Monsieur Yak, Il Toscano, les galettes bretonnes, etc.

Quels sont les joueurs qui t’ont le plus impressionné et marqué à Rennes ?
Il y en a beaucoup. Lovro Majer, quand j’étais au milieu avec lui, c’était quelque chose. J’ai pris un plaisir fou, on était connectés au milieu. Martin (Terrier), Bourige, Raphinha, même s’il n’était pas aussi étoffé que maintenant. Hamari (Traoré), Amine (Gouiri), j’ai adoré, c’est dur de répondre à cette question… Beaucoup de joueurs avaient des qualités différentes. Un Rom’ Salin allait t’apporter de la communication dans le vestiaire, comme Hamari, Martin avec ses buts, Lovro avec sa patte gauche. Jonas (Martin) et Baptiste (Santamaria) faisaient aussi des kilomètres, j’ai beaucoup aimé Nayef Aguerd derrière ou encore Meling, qui était assez atypique.

Quand on parle de Rennes, on pense aussi au centre de formation. Tu as joué avec Eduardo Camavinga ou Désiré Doué, qu’est-ce que tu t’es dit en les voyant débarquer à 16 ans ?
Qu’ils étaient développés comme s’ils avaient 25 ans. Je n’étais pas comme ça à 16 ans. (Rires.) Le plus impressionnant, c’était physiquement : leur impact, la vitesse dans les duels, on ne se rend pas compte de ce qu’il faut en Ligue 1. Ils étaient assez discrets, à l’écoute des anciens, même si parfois sur le terrain, ils faisaient des trucs, t’avais envie de leur dire : «?Oh mon grand !" On parle de ces deux joueurs-là, mais il y en a plein d’autres qu’on ne nomme pas assez : Yann Gboho qui est bon aujourd’hui à Toulouse ; Alexis Trouillet avait des qualités de footballeur incroyables ; Sacha Boey, Georgi Rutter, Da Cunha qui est capitaine de Côme. C’était des bons joueurs, mais aussi des bons jeunes.

Tu regrettes la fin de ton aventure à Rennes, entre tes soucis à la hanche et ton départ en catimini en septembre en Turquie ?
Ça fait partie d’une carrière. Tu sais que ça n’a jamais été facile pour moi, donc c’était une épreuve de plus. (Sourire.) Il y avait des choix à faire, mais quand on a fait appel à moi, je répondais présent sur la fin de saison 2022-2023. J’aurais forcément aimé que ça se termine un peu mieux, mais je restais à l’intérieur du groupe, je me sentais aussi important que ceux qui jouaient. On ne peut pas toujours choisir son départ, je n’ai aucun regret.

Quand on se fait siffler par ses propres supporters, on ressent de la honte, on se pose plein de questions. On sous-estime l’impact que ça peut avoir.

Flavien Tait

Il y a aussi eu cette rumeur faisant état d’une relation extraconjugale avec la femme de ton coéquipier Lovro Majer. C’est le moment le plus difficile à gérer de ta période rennaise ?
Celle-là, elle est complètement folle. C’est incroyable de sortir des choses comme ça… Je savais que c’était totalement faux et que j’étais tranquille. C’est la famille que ça peut affecter. Il faut se dire que ma femme s’entendait bien avec sa femme, c’était presque des meilleures amies. (Rires.) En fait, ce week-end là, j’ai un drôle de sentiment… Je ne suis pas pris dans le groupe, le club ne donne pas la raison. (Il s’était emporté à l’entraînement contre Bruno Genesio, NDLR.) Cette rumeur, elle est complètement folle. Je ne sais pas qui a inventé ça. Sincèrement, ce n’est même pas ça qui m’a le plus affecté.

C’est quoi ?
Au début, quand je me suis fait siffler au Roazhon Park, ça m’a touché de fou.

On pourrait penser que ça finit par glisser sur les joueurs d’être sifflé dans un stade. Qu’est-ce que ça provoque chez toi ?
On ressent de la honte. Ce n’était pas des petits sifflets, hein. On se pose plein de questions, en fait. Par ses propres supporters, c’est dur. On sous-estime l’impact que ça peut avoir, même si des joueurs peuvent faire abstraction. Quand tu sors du terrain, tu entends tout. Les réseaux, c’est autre chose, ce n’est pas la réalité, ils peuvent écrire n’importe quoi. Au stade, c’est encore plus fort. Ma plus grande fierté, c’est d’avoir inversé cette tendance à Rennes.

De ta préformation à Castelmaurou à tes différents clubs, ta carrière s’est beaucoup construite sur la souffrance et parfois le rejet. Comment tu vois les choses avec le recul ?
Peut-être que s’il n’y avait pas eu ça, je ne serais pas là aujourd’hui. Rien n’arrive par hasard. Ma grande réussite, c’est de ne pas avoir failli quand ça allait mal. Plein de joueurs vont mal ou abandonnent. C’est mon parcours, je suis presque à 200 matchs de Ligue 1, j’ai joué la Coupe d’Europe, dans des clubs comme Angers, Rennes… Je n’ai pas de traumatisme. Je ne suis pas sorti de Castelmaurou ? C’est comme ça, je me suis épanoui derrière à Rodez et à Châteauroux.

À Rennes, Bruno Genesio avait invité des psys à venir régulièrement à la Piverdière. Tu les as vus ?
Au début, ça ne m’attirait pas. Parfois, dire les choses, avoir des avis extérieurs, ça fait du bien. J’ai fait des séances avec la psy à Rennes, mais c’était plus travailler ma vision de jeu sur le terrain. Elle avait plein d’exercices qui pouvaient me rendre meilleur, ce n’était pas pour parler de ma vie. Être fermé, ce n’est pas la solution. On ne s’en rend pas compte, une carrière c’est dur, ça se construit. Ce n’est pas aussi simple que «?taper dans un ballon?».

Entre un joueur de 24 ans et un autre de 33 ans, on sait vers qui les clubs vont se tourner. On ne regarde plus la qualité du joueur, mais son âge, la plus-value possible.

Flavien Tait

Après ton passage à Samsunspor en Turquie, tu as tenté cette saison un retour à Rodez que tu as quitté au bout de trois mois. Tu penses à la retraite ?
Oui, j’y pense. Aujourd’hui, le football n’est plus celui que j’apprécie. Je ne veux plus aller dans des projets où je ne vais pas prendre de plaisir. Ces dernières années, ça n’a pas trop marché, donc je me pose la question : est-ce que j’arrête ou je continue ? Je ne veux plus faire des choix par défaut, je sais ce que je veux et ce que je ne veux plus.

Tu n’as pas réussi à retrouver un peu de ce plaisir à Rodez ?
Non, Rodez, ça ne correspondait pas au football que je pratique. C’était un jeu direct, je suis milieu de terrain, tu m’as vu jouer au milieu à Rennes, j’ai besoin de ballons. Là, c’était trop direct, sans trop d’attaques placées, je n’ai pas aimé. Je n’étais pas compatible avec cette équipe, je m’en suis rendu compte après, c’est pour ça que j’ai pris la décision d’arrêter.

Tu as quand même eu beaucoup de pépins depuis quelques années. Tu pourrais encore assurer physiquement à ce niveau ?
Si ça joue au ballon, oui. Si ça balance sur 70 mètres, je n’en suis pas capable et je ne l’ai jamais été, même au top de ma forme. Après, il y a aussi cette tournure du foot qui est un business et avec l’impact des droits TV, ça fait mal à plein de clubs. Entre un joueur de 24 ans et un autre de 33 ans, je n’ai même pas à te donner la réponse, on sait vers qui les clubs vont se tourner. Avant, il n’y avait pas autant de problèmes d’argent. Maintenant, un club va acheter un joueur en pensant à le revendre le plus cher possible pour continuer de vivre, d’exister. On ne regarde plus la qualité du joueur, on regarde son âge, la plus-value possible, et c’est tout.

C’est quelque chose qui t’éloigne du foot ?
Non, c’est la réalité des choses. Je regarde toujours autant de foot et ça restera ma passion. La vérité, c’est que peu de clubs s’appuient sur des joueurs d’expérience. J’ai eu des appels, mais je ne veux pas repartir n’importe où. Le mercato d’hiver, ce n’est pas le meilleur. Je préfère attendre cet été pour voir ce que je fais, aucune décision ne sera prise avant. Au moins, je peux aller aux 125 ans du Stade rennais. (Rires.)

Il y a une vie après le foot, des choses que tu redécouvres en étant à la retraite et qu’on ne fait pas quand on est footballeur. Aller au ski, par exemple !

Flavien Tait

Comment tu appréhendes la fameuse petite mort du footballeur ? Ça te fait peur ?
Pas du tout. Il faut savoir arrêter au bon moment, je vois beaucoup de joueurs qui forcent. Est-ce que le plaisir est toujours là ? Forcément, il y a la routine du terrain, du vestiaire, mais tu peux le combler par d’autres moments. Je ne me vois pas trop jouer en amateur, je prends des cours de padel en ce moment, j’adore. Rester dans le foot, ça ne me dérangerait pas. Coach, je ne pourrais pas, je n’ai pas la patience pour gérer un groupe professionnel, peut-être des jeunes… Recruteur, sinon… J’ai un bon œil pour voir les joueurs, c’est de l’instinct. J’aimerais bien tenter consultant aussi, débriefer un match et l’actu du foot, ça ne me dérangerait pas. En tout cas, il y a une vie après le foot, c’est ça que je veux dire. Il y a des choses que tu redécouvres en étant à la retraite, qu’on ne fait pas quand on est footballeur.

Qu’est-ce que tu as hâte de redécouvrir ?
Déjà, avoir ton propre rythme. C’est tout bête : prendre tes vacances en août comme tout le monde, aller manger au resto le jeudi ou le vendredi soir sans avoir à calculer ce que tu prends. Des plaisirs banals. Aller au ski, par exemple, à la montagne ! Aller à un concert qui se termine à minuit en pleine semaine quand t’es footballeur, c’est moyen, t’as entraînement le lendemain… Ce sont des petites choses sans calculs. Il y a aussi les moments de partage avec les proches, la famille : le nombre de fois où tu dis que tu peux pas et qu’il y a que le week-end de la trêve où t’es libre. La dépression à la retraite, ça arrive, mais ce manque, tu peux le combler, je pense.

S.G.S.B.

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