En décembre 1978, le Stade Rennais était éliminé de la Coupe de France, à la surprise générale, par le Stade Léonard Kreisker. Exclu lors de ce match, l’illustre Laurent Pokou jouait alors, sans le savoir, le dernier match de sa carrière professionnelle.

Coupe de France (4e tour). Saint-Pol-de-Léon (R3) - Plaintel (R1), dimanche (15 h)
C’était il y a 48 ans, le 23 décembre 1978. Au 7e tour de la Coupe de France, le Stade Rennais se déplace à Saint-Pol-de-Léon. Certainement pas le match le plus attendu, ni le mieux préparé par les joueurs d’Alain Jubert, pensionnaires de D2, à qui le Stade Léonard Kreisker (DH) rend trois divisions.
Sur le terrain, le piège se referme : dans l’ambiance survoltée du stade de Kernévez, les joueurs du SLK font mieux que résister à des Rennais qui ont peut-être déjà la tête à la trêve hivernale. "Ils ne sont pas rentrés dans le match, ils ne jouaient pas", témoigne Jacques Urien, supporter du SLK présent en tribune ce soir-là.
Le seul qui voulait jouer
L’un des joueurs semble, pourtant, plus motivé que les autres : Laurent Pokou. Le célèbre attaquant ivoirien, décédé il y a dix ans, vient alors de faire son retour au Stade Rennais, où il a déjà passé trois ans, après une saison à Nancy. "Le seul qui voulait jouer, c’était Pokou", assure notre témoin.
À la 59e minute, alors que Rennes est déjà mené 2-0, un penalty est accordé aux Finistériens. Une décision qui révulse Laurent Pokou : d’abord averti pour contestation, il est ensuite exclu pour avoir injurié l’arbitre. Ce qui ne suffit pas à le calmer, loin de là : l’attaquant s’en prend physiquement à l’arbitre.
Deux ans de suspension ramenés à six mois
Pour Jacques Urien, ce n’est pas tant le penalty que la piètre prestation de ses coéquipiers qui a fait sortir Pokou de ses gonds. "Il avait tellement d’envie et il voyait que ses collègues ne jouaient pas, et ça, ça l’a mis hors de lui", analyse-t-il.
Bien mal lui en a pris : quelques jours plus tard, la légende du football ivoirien, alors âgée de 31 ans, écopera de deux ans de suspension. Si la sanction sera ensuite ramenée à six mois, elle aura tout de même précipité la fin de carrière d’un joueur marquant de l’histoire du Stade Rennais : Laurent Pokou s’en ira, dès 1979, dans son pays natal, où il continuera de jouer quelques saisons pour l’ASEC Mimosas, son club formateur.
Un côté raciste
S’il garde évidemment un souvenir inoubliable de cette rencontre, Jacques Urien a toutefois quelques regrets sur le sort réservé à Pokou par le public local. "Il y avait un peu ce côté raciste… Je trouve ça un peu dommage d’avoir vu ce gars, qui était franchement un beau joueur, sortir comme ça. Il pouvait y avoir des sifflets pour n’importe quel joueur blanc, mais un joueur noir, c’était différent. À l’époque, l’antiracisme n’existait pas et ici, des joueurs noirs, il n’y en avait pas dans les équipes de foot…"



