En quête de revenus, la société commerciale de la LFP, dirigée par Olivier Bramly, mise sur une lutte contre le piratage plus efficace pour redonner de la valeur à ses droits et attirer les diffuseurs lors d'un prochain appel d'offres.

Successeur de Nicolas de Tavernost depuis l'été dernier à la tête de LFP Media, la société commerciale de la Ligue de football professionnel, Olivier Bramly a plusieurs sujets chauds sur la table. En priorité le lancement potentiel d'un appel d'offres pour les droits de la L1 alors que les revenus audiovisuels domestiques des clubs de l'élite ne reposent aujourd'hui que sur les abonnements à Ligue 1+. Dans cette perspective, les nouveaux outils lancés à partir de novembre pour lutter plus efficacement contre le piratage apparaissent comme une bonne nouvelle.
En arrivant à la tête de LFP Media, la lutte contre le piratage de Ligue 1+ a-t-il été votre dossier prioritaire ?
C'était l'un des dossiers prioritaires mais, finalement, ils sont tous liés. Le succès de notre chaîne Ligue 1+ est prioritaire mais la préparation d'un possible appel d'offres l'est aussi, et le piratage également. C'est un fléau pour tout le secteur et un vrai manque à gagner pour Ligue 1+.
Vous l'estimez à combien aujourd'hui ?
Entre 100 et 150 M€ par an, mais cela reste assez subjectif. Nous avons du mal à le chiffrer précisément, par définition.
Vous avez récupéré l'intégralité des matches cette saison mais aussi augmenté le prix de l'abonnement, cela s'est-il suivi d'une hausse du piratage de Ligue 1+ ?
On ne le sait pas, nous sommes en début de saison. Le piratage existe, a existé et existera. La seule chose, c'est de pouvoir le contenir et le limiter à son maximum.
Votre nombre d'abonnés actuel serait un indice...
J'ai pris la décision de ne plus communiquer le nombre d'abonnés à Ligue 1+ (autour d'un million en fin de saison dernière). Les autres diffuseurs ne le font pas par souci de confidentialité, je ne vois pas pourquoi nous le ferions.
Concrètement, de quelle manière luttez-vous contre le piratage à LFP Media ?
Dès 2024, nous avons mis en place une « war room » externalisée qui traque tous les flux pirates de Ligue 1+ pour les signaler à l'Arcom. Nous avons aussi une cellule interne de cinq personnes dédiée à la lutte contre le piratage qui utilise notamment un outil de monitoring instantané et désormais l'intelligence artificielle pour détecter plus efficacement et plus rapidement les contenus illicites.
Mais, comme peut le faire la Liga avec une quarantaine de personnes mobilisées pendant leurs directs, je réfléchis sérieusement à installer une « war room » au sein même de LFP Media, qui serait active lors de chaque journée de Championnat. L'an passé, nous étions déjà à l'origine de 50 % des blocages de flux illégaux de sport en France. Avec le nouveau dispositif rendu possible par la loi du 3 août dernier, permettant de bloquer en temps réel les flux, nous serons encore plus impactants.
« Nous réussissons aujourd'hui à supprimer 95 % des flux illégaux de la Ligue 1 sur les plateformes sociales (Meta, X, Telegram...) en moins de quinze minutes »
À quel niveau ?
On sait que la Liga est parvenue à bloquer environ 4 000 flux pirates par journée de Championnat la saison dernière, quand, dans le même temps, on en bloquait en France 6 500 pour l'ensemble des sports sur une année entière. Notre objectif pour 2027, c'est d'atteindre un niveau de blocage équivalent à celui de la Liga. Je veux aussi souligner qu'il n'y a pas que l'IPTV et le live streaming pour consommer illégalement les contenus sportifs mais aussi les réseaux sociaux.
Sur ce point, nous réussissons aujourd'hui à supprimer 95 % des flux illégaux de la Ligue 1 sur ces plateformes sociales (Meta, X, Telegram...) en moins de quinze minutes. Sur un tel domaine, où nous avons une approche directe, nous avons su nous montrer redoutablement efficaces, avec de bons partenariats.
Quel est le niveau d'investissement de LFP Media consacré à la lutte contre le piratage ?
Je ne veux pas donner de montant précis, mais on parle de plusieurs millions d'euros par an, en incluant les différentes procédures judiciaires. Depuis 2023, cet investissement a d'ailleurs augmenté de 250 %.
La chasse à l'illégalité, la menez-vous aussi dans les bars et restaurants diffusant la Ligue 1 ?
Absolument. Nous avons lancé en début saison Ligue 1+ Pro (abonnement professionnel), mais c'est aussi accompagné d'une campagne de contrôles. Et à date, 760 établissements diffusant Ligue 1+ sans abonnement officiel ont été contrôlés à Paris, Lille, Lyon, Marseille... Nous leur avons tous envoyé des mises en demeure. Ceux qui régularisent, aucun problème, mais pour ceux qui persistent, nous les assignons en justice. Nous ne pouvions pas laisser la situation telle qu'elle existait.
Comprenez-vous que la multiplication des abonnements puisse pousser au piratage ?
Pirater n'est pas un acte sans conséquences. Quand on consomme Ligue 1+ illégalement, on prive les clubs de ressources. Ceux qui piratent ne font que créer un préjudice pour leur propre club de coeur. C'est ça qui est tout de même étonnant. Tous ces consommateurs pirates ne font qu'affaiblir le sport professionnel. En plus de cela, ils prennent le risque de donner leurs coordonnées, notamment bancaires, à des organisations mafieuses. Le risque est immense, à tous points de vue.
« On doit aller beaucoup plus loin contre les récalcitrants »
Êtes-vous favorables à pénaliser le consommateur pirate ?
Absolument. La loi du 3 août est une très bonne nouvelle pour lutter contre le piratage, mais elle est insuffisante sur ce point, c'est un vrai manque. Au final, il faut aller pénaliser celui qui consomme le flux pirate, son acte ne peut pas rester sans conséquences. C'est un sujet prioritaire, il faut pouvoir mettre en place des amendes forfaitaires, trouver des mécanismes de pénalisation pour s'attaquer à eux.
Des géants de la tech, comme Cloudflare, ne participent pas toujours à cette lutte contre le piratage et refusent parfois de couper les flux illégaux...
On doit aller beaucoup plus loin contre les récalcitrants. Ceux qui s'associent effectivement aux pirates, ou en tout cas qui ne font rien pour lutter contre, collaborent à cette situation. Cela n'est pas acceptable. Notre combat judiciaire continue contre toutes les parties prenantes, directes ou indirectes, qui favorisent ou fomentent le piratage. Les plateformes, les services de cloud et de VPN, tous ceux qui font partie de la chaîne de valeur du piratage doivent être poursuivis.
Pensez-vous que le nouveau dispositif de lutte contre le piratage permettra à des acteurs de s'intéresser de nouveau à la Ligue 1 lors de votre prochain appel d'offres ?
Absolument, c'est très important. Bien sûr, cela a pu être une source d'inquiétude pour les diffuseurs mais aujourd'hui la situation va changer. Concernant l'appel d'offres des droits de la Ligue 1, nous réfléchissons encore, nous ne savons pas si nous le lancerons prochainement. S'il a lieu, le nouvel outil de lutte contre le piratage, lancé à partir de novembre, rassurera tout le monde.



