La décision de la LFP de renoncer au badge arc-en-ciel, sur un maillot 90 minutes par an, consacre la défaite d'un combat juste contre les discriminations.
La Ligue de football professionnel mène de nombreux combats, justes et nécessaires, et la plupart des joueurs professionnels de ce pays ont une conscience sociale et humanitaire qui se traduit au quotidien par des actions qui les honorent. Mais la décision de la LFP, annoncée cette semaine, de renoncer au badge arc-en-ciel sur un maillot, 90 minutes par an, consacre la défaite d'un combat juste contre les discriminations, et une démission au prétexte de l'impossibilité de l'unanimité. Ce renoncement suggère que le football français a choisi de céder à un camp, minoritaire, plutôt que de défendre un principe, quitte à assumer le reproche que les footballeurs de Ligue 1 soient collectivement homophobes.
Cette démission face à la montée du religieux, posons un mot sur ces réticences, repose en partie sur le prétexte d'une image négative qui serait portée par nos manières médiatiques de compter les joueurs qui se désolidarisent du mouvement, comme s'il fallait qu'un message soit porté par 100 % des joueurs pour avoir de la valeur et pour être entendu.
Le combat contre l'homophobie et les discriminations devrait être collectivement défendu
Dans chacune de ses décisions, pourtant, la Ligue se fiche plutôt de l'unanimité, lui préférant les alliances et les arrangements entre amis, et elle reste soupçonnable, sous cette lumière, de n'être pas suffisamment attirée par l'intérêt général. On sait bien que Nasser al-Khelaïfi a plus de chances d'appeler directement Waldemar Kita pour ne pas affronter Nantes, et de l'imposer à la LFP, que d'exiger des joueurs du PSG qu'ils arborent un brassard arc-en-ciel, mais la cause du combat contre l'homophobie et les discriminations ne devrait pas être un problème de sensibilité "culturelle".
Elle devrait être un principe collectivement défendu par le sport professionnel le plus important du pays, plutôt qu'être l'objet d'une pitoyable marche arrière qui piétine l'une des propositions majeures du football et du sport en France, qui est de vivre ensemble. Il existe pourtant, sûrement, un espace où les footballeurs pourraient accepter de lutter contre toutes les discriminations, dont celle-là.
Mais le football professionnel de ce pays ne devrait pas être si poreux, si peureux, face à des influences qui ne le représentent pas tout entier. Sans doute est-ce l'un des soubresauts, aussi, qui consacrent la fin d'une époque, au moment où la moitié des clubs demandent une autre gouvernance que celle qui lie l'actuelle au PSG, à Lille et à quelques autres. Même s'il ne faut pas se bercer d'illusions : quelle que soit la forme de la prochaine gouvernance, le combat est redevenu, cette semaine, encore plus long et difficile.





