François-Henri Pinault, le propriétaire du Stade Rennais depuis bientôt trente ans, témoigne de son attachement au club au moment où il fête son 125e anniversaire. Il estime que les Rouge et Noir ne doivent "pas se censurer" et "aspirer à remporter des titres".
Une centaine d'anciens joueurs du Stade Rennais seront présents dans la capitale bretonne pour célébrer les 125 ans du club lors de la réception de Metz dimanche (17 h 15). Pour l'occasion, François-Henri Pinault (63 ans), aussi rare par la parole médiatique qu'impliqué dans les décisions majeures du club, a accepté exceptionnellement de répondre à nos questions sur son évolution.
Président du CA du groupe de luxe Kering et fils de François, qui avait acquis le club rouge et noir en 1998, "FHP" est aussi le garant d'un modèle d'actionnariat familial français puissant, à l'heure de la multipropriété et des fonds en tous genres, et la présence au CA du club de la troisième génération Pinault (avec Louis Roger-Boutbien et Pierre Tronson, petits-fils de François Pinault) est à ses yeux "une nouvelle preuve, s'il le fallait, de l'engagement de la famille au service du Stade Rennais et du rayonnement de son territoire".
Cent vingt-cinq ans, c'est un bel âge, et Rennes n'est plus perçu comme au siècle dernier. Avant Pinault, Rennes avait fini quatre fois dans le top 6 en L1 ; en vingt-sept saisons avec eux, 12 fois dans le top 6 et 10 fois européen hors Intertoto. "Il est incontestable que nous progressons, ajoute-t-il. Il y a eu de grands bonheurs, de la joie : le Roazhon Park plein, la Coupe de France 2019, la fierté bretonne et rennaise aux quatre coins de l'Europe quand on l'a jouée. Pour nous, il y a ces vingt-huit années, mais c'est une passion intergénérationnelle et durable depuis plus de cinquante ans."
Le centre de formation est une fierté, le dossier stade en stand-by
L'homme d'affaires n'a pas oublié le tifo géant à l'effigie de son père et lui, le 14 mai 2022, lors de Rennes-OM - "Cela nous a tous beaucoup touchés" - et il ne peut que s'enorgueillir, notamment, de la qualité en continu de la formation rennaise : "Former Ousmane Dembélé, le dernier Ballon d'Or, Désiré Doué ou Eduardo Camavinga, faire partie des meilleurs clubs formateurs d'Europe est une fierté pour le club et ses éducateurs. Le centre de formation aura 50 ans en 2027 et c'est un héritage précieux que nous devons préserver."
Et ce, même si la jeunesse est amenée, parfois, à quitter son nid rapidement : "Lorsque le Real Madrid, Liverpool, le Bayern Munich ou le PSG se manifestent, il est difficile de fermer la porte. Quand Désiré Doué, qui a grandi à Rennes, remporte la C1 en marquant en finale (avec Paris, doublé contre l'Inter Milan le 31 mai dernier, 5-0), on ne peut que le féliciter et saluer la qualité de notre structure."
S'il y a des regrets, poursuit-il, c'est sur "les défaites en finale de Coupe (2009, 2013, 2014), le fait de n'avoir jamais atteint de quart de finale européen et évidemment cette première Ligue des champions vécue à huis clos (2020-2021, Covid)". Et si l'économie du foot français est un peu à plat après la chute des droits télé, si pour y remédier il est selon lui "impératif de travailler intelligemment et collectivement, il y a urgence", l'ambition reste appuyée : "La modernisation de notre centre d'entraînement, avec 40 millions d'euros investis, atteste aussi de notre progression, et renouer avec une qualification européenne pour revivre de grands moments avec nos supporters est pour mon père et moi une priorité absolue."
Rennes nommé meilleur centre de formation de France pour la troisième année de suite
Quant à la question d'un nouveau stade de plus de 40 0000 places envisagé ces derniers mois par la famille, alors que la mairie penchait plutôt pour un éventuel agrandissement du Roazhon Park (29 000), "ce n'est pas la priorité du moment. Notre ambition est de retrouver l'Europe. Cette question se posera à nouveau en temps et en heure".
"On se doit de rêver et d'être toujours dans la course à l'Europe, chaque saison"
François-Henri Pinault
Voilà cinq ans, dans le documentaire maison Au fer rouge, "FHP" disait rêver "de remporter une Coupe d'Europe. Et une autre Coupe de France aussi, parce que le Stade de France en rouge et noir, ç'a de la gueule". Et un titre de champion ? "On se doit de rêver et d'être toujours dans la course à l'Europe, chaque saison, quand arrive mars-avril, mesure-t-il. Le Stade Rennais est là pour combler son public, il ne faut pas se censurer et on doit aspirer à remporter des titres. Il n'y a pas de limite à notre ambition, et nous savons aussi que l'humilité nous évite l'arrogance."
Il sera là dimanche au Roazhon Park pour suivre le rebond attendu de l'équipe de Franck Haise après le coup d'arrêt contre Lille (1-2), sous les yeux également, donc, de nombreux joueurs qui ont nourri l'histoire du club. En choisir trois qui l'ont plus particulièrement marqué est ardu : "Je dirais Laurent Pokou, arrivé en décembre 1973 sous l'impulsion de mon père. C'était une grande star, un joueur d'une élégance rare, très technique et tout simplement brillant. Petr Cech était un grand gardien, élégant sur le terrain et en dehors. J'ai pris beaucoup de plaisir à échanger avec lui lors de notre double confrontation en C1 (contre Chelsea, en novembre 2020, quand le Tchèque en était le conseiller technique.). Le duo Frei-Monterrubio était aussi exceptionnel. Je pense également à Dembélé, Nonda, Wiltord, Bourigeaud... Ils sont trop nombreux pour tous les citer."





