Si la chute des droits TV fait du mal à beaucoup de clubs de L1, certains s'en sortent bien, grâce à leur propriétaire ou à la Ligue des champions.
La star, c'est tellement l'équipe que bientôt, le joueur le mieux payé de Ligue 1 ne sera même plus un joueur en activité. Avec sa prolongation future à quelque 20 M€ annuels, l'entraîneur du PSG Luis Enrique sera prochainement l'acteur le mieux payé de notre Championnat. C'est plus que le Ballon d'Or France Football en personne Ousmane Dembélé, qui émarge à 18 M€ annuels hors primes. Un total qui ne le placerait même pas dans le top 5 en Espagne, d'où il est revenu à l'été 2023. Et qui ne pourra pas forcément aller beaucoup plus haut, tout Ballon d'Or qu'il est, si l'on en croit les déclarations en janvier du président Nasser al-Khelaïfi : "On a un salary-cap, comme tout le monde le sait. L'équipe et le club sont les plus importants."
Hormis donc pour son entraîneur, le club de la capitale ne fait plus vraiment de folies, à son échelle évidemment, et les seuls changements dans le top 10 de notre Championnat concernent l'apparition de Joao Neves, Willian Pacho et Fabian Ruiz, dont les prolongations ont été assorties de revalorisations pour coller à leur statut d'indiscutables dans le onze du technicien asturien.
Méthodologie : comment "L'Équipe" calcule les estimations des salaires
Sans surprise, le PSG reste seul sur sa planète, avec seize des vingt joueurs les mieux rémunérés du Championnat et une moyenne plus de deux fois supérieure à son premier poursuivant, l'OM, qui n'a pourtant pas lésiné, grisé par sa présence en Ligue des champions et le joli pactole qui va avec. Huit Marseillais figurent dans le top 30, soit un de plus que la saison passée, et certaines recrues ont multiplié leur salaire par cinq.
Monaco et les limitations de l'UEFA
Derrière, il reste quelques derniers des Mohicans. Corentin Tolisso (16e), revenu à l'OL avant la drastique cure d'austérité survenue l'an dernier afin d'éviter la banqueroute. Et Sofiane Diop (24e), arrivé à Nice à l'époque où Jean-Pierre Rivère avait convaincu Jim Ratcliffe qu'il fallait essayer de concurrencer le PSG... Quelques Rennais sont là également, malgré l'absence de Coupe d'Europe, et quelques Monégasques, car l'avantage fiscal de club de la Principauté lui permet d'attirer des joueurs étrangers (la règle ne s'applique pas pour les Français) à des salaires défiant toute concurrence. Avec deux bémols.
Qui sont les 30 joueurs les mieux payés de Ligue 1 ?
D'abord, si l'ASM a pu offrir des salaires confortables à plusieurs de ses recrues estivales, c'est parce qu'elle avait attiré des joueurs libres (Dier, Pogba), en prêt (Fati) ou avec une indemnité de transfert faible (Hradecky, 2,5 M€), et vendu pour plus de 100 M€ (Ben Seghir, Singo, Embolo, Bouabré...).
Ensuite, il n'est pas sûr qu'elle puisse poursuivre dans cette voie, handicapée par le nouveau fair-play financier de l'UEFA, qui impose une limitation des dépenses consacrées aux salaires des joueurs et entraîneurs, aux transferts et aux commissions des agents à 70 % des recettes du club. Or avec la dégringolade des droits TV, qui va se poursuivre l'an prochain, les recettes se sont en partie évaporées.
Un écart de plus en plus important entre les clubs
Et si c'est dur même en Principauté, on peut imaginer que c'est pareil presque partout, sauf chez les nouveaux riches (Strasbourg, voire le Paris FC). Si Lens a trouvé un compromis consistant à bien payer son onze titulaire et être beaucoup plus restreint sur le banc, une stratégie nécessitant d'être épargné par les blessures, beaucoup de clubs se serrent la ceinture, et pas seulement les plus pauvres.
De plus en plus vers un Championnat à deux vitesses
"On ne peut plus offrir 200 000 € mensuels à un joueur acheté 7 M€", explique le directeur sportif de Nice Florian Maurice. "Les clubs nous disent souvent que pour équilibrer leurs comptes, ils doivent d'abord faire une vente avant de penser à recruter", confirme Ousmane Sall, agent FFF.
En Arkema Première Ligue, des salaires de plus en plus élevés
Un coup d'oeil à la moyenne par club suffit par ailleurs à comprendre que la prophétie du Championnat à deux vitesses commence à se réaliser. Le 10e budget de L1 affiche 80 000€ de salaire moyen brut (Lens), les 11es à 50 000 € (Nantes et Brest) : ça y est, le trou est fait. "Certains veulent proposer des petits salaires de base et les compenser par des primes en tout genre, reprend Sall. Par exemple, avant, les clubs qui jouaient le maintien pouvaient proposer des salaires entre 70 et 100 000 € brut. Maintenant, on parle davantage de 30 à 40 000 € avec des augmentations au bout de 40 matches. Mais ils espèrent revendre le joueur avant qu'il n'atteigne cette barre."

Et si les droits TV internationaux sont réservés aux clubs ayant disputé récemment la Coupe d'Europe, cela ne veut pas dire qu'il n'y aura plus de belles histoires, l'épopée de la bande à Pierre Sage est là pour le prouver. Juste qu'il s'agira d'un exploit chaque fois plus grand, désormais.





