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IPTV, Telegram, les fans s'organisent pour contourner l'abonnement DAZN et suivre la Ligue 1

Face aux prix de plus en plus élevés des abonnements pour regarder le foot, notamment ceux de DAZN, nouveau diffuseur du Championnat, de nombreux fans se tournent vers l'illégalité. Une menace pour tout un écosystème.
ds 2449

« Je reçois des demandes de partout depuis quelques jours ! Mais je ne veux pas parler, je n'ai pas envie de me faire choper ! ». Ce twittos a vu son compte X (ex-Twitter) gagner 34 000 abonnés ces derniers jours. Vendredi, son profil renvoyait vers un lien publié sur son compte de l'application Telegram, une messagerie cryptée lancée en 2014 et devenue le repaire des pirates. Comme lui, ils sont plusieurs à surfer sur le hashtag #BoycottDAZN, tendance numéro 1 sur X cette semaine et plus globalement depuis l'annonce des tarifs d'abonnement à la plateforme (29,99€ par mois avec engagement d'un an ou 39,99€ mensuels sans engagement) pour voir huit des neuf matches de Ligue 1 par journée (beIN Sports retransmet une affiche).

Pour le match d'ouverture de la Ligue 1 Le Havre-PSG, premier retransmis par DAZN, plus de 200 000 personnes étaient ainsi connectées sur des flux illégaux de Telegram. Sur les applications et boîtiers IPTV, ils étaient aussi très nombreux à regarder la rencontre en toute illégalité... et à l'assumer. Comme Nicolas (son prénom a été modifié), journaliste politique et abonné de la dernière heure à ce service pirate pour la première fois de sa vie, à 55 euros l'année : « Le tarif prohibitif de DAZN qui n'est pas du tout conforme à la qualité du produit m'a d'abord fait basculer. Ensuite, la couverture éditoriale low-cost annoncée (certains matches commentés en cabine, sans consultant, pas de multiplex et pour l'instant pas d'émissions) n'incite pas non plus à franchir le pas. Et enfin, au bout d'un moment, j'ai moins de scrupules lorsque je vois l'utilisation de l'argent reversé via nos abonnements. Il sert à surpayer des joueurs moyens, à goinfrer des agents et à autoriser les dirigeants à jongler avec les millions. Le spectacle du foot français serait le même, selon moi, si tout ce petit monde touchait deux fois moins. »

Peu de consommateurs de flux pirates semblent effrayés par la loi
Le streameur Serious Charly, spécialiste de l'Olympique Lyonnais, a directement constaté l'ampleur du phénomène. « En tant que créateur de contenus spécialisés Ligue 1, on est dépendant du fait que les gens voient les matches pour en parler, les analyser, les débriefer. Donc, la communauté a réagi en se disant : « Je ne vais plus rien comprendre à ce qu'il raconte si je ne vois pas les matches ». Ça s'organise, ça se refile les bons plans Telegram, les IPTV. Il y a une espèce de mouvement "Tout sauf 40 balles par mois". Sur les réseaux, c'est criant. Moi, je n'en fais pas la promotion parce que c'est illégal. Mais je peux pas non plus leur dire "abonnez-vous à DAZN" parce que j'estime aussi que le prix est trop élevé pour une couverture minimale. »

Ce tohu-bohu numérique autour du « coût » de la Ligue 1 pour les fans n'a évidemment pas échappé à la Ligue. Contactée, elle assure que le piratage est « une préoccupation majeure » et salue la décision du Tribunal judiciaire de Paris du 2 août, ordonnant le blocage par les fournisseurs d'accès à internet français de l'accès à des sites de streaming en direct et à des services IPTV. « Telegram, c'est le plus compliqué car ce sont les moins réactifs pour couper les flux, explique Xavier Spender, secrétaire général de l'APPS (Association pour la protection des programmes sportifs). Or l'efficacité vient de la réactivité. Pour l'IPTV, 2 à 2,5 millions de Français consommeraient illégalement des contenus par ce biais. Mais pour lutter, comme dans tout trafic, il faut surtout arriver à travailler sur les têtes de réseaux. Si on arrivait à couper en amont les fournisseurs de signaux, les petits distributeurs d'IPTV et liens Télégram ne pourraient plus les proposer. »

Peu de consommateurs de flux pirates semblent effrayés par la loi. À l'image de Sacha Mansouri, créateur de contenus sous le pseudo Sussucre, et abonné à un service IPTV depuis trois ans : « Je n'ai absolument pas peur. S'ils veulent s'attaquer à l'IPTV, il faut couper ceux qui fournissent le contenu, pas ceux qui le consomment... Parce que nous sommes des millions ! Financièrement, cela leur coûterait trop d'argent. »

« Il ne faut pas faire porter la responsabilité sur le consommateur mais sur les dirigeants qui n'évaluent pas la vraie valeur de leur Championnat. »

Nicolas, nouveau consommateur d'un service pirate

En attendant, la menace planerait sur les clubs de Ligue 1 si les mesures et les campagnes antipiratage s'avéraient inefficaces, comme le rappelait Shay Segev, le DG de DAZN, dans L'Équipe ce jeudi : « Le consommateur doit comprendre qu'il ne paye pas DAZN, il paye la Ligue et les clubs. Si cela ne fonctionne pas, qu'est-ce que cela signifiera pour le football français ? » Une chute de ses revenus, de sa valeur et potentiellement de sa compétitivité européenne. « C'est probable mais inévitable, estime Nicolas, le nouveau venu dans la piraterie. Il ne faut pas faire porter la responsabilité sur le consommateur mais sur les dirigeants qui n'évaluent pas la vraie valeur de leur Championnat. Si personne ne veut acheter votre produit entre 30 et 40 euros par mois, il ne faut pas le mettre à ce prix-là. Et du côté de la Ligue, il ne faut pas chercher à récupérer 500 millions par saison si aucun diffuseur ne peut être rentable à ce montant. Donc on passera peut-être malheureusement par des faillites de clubs et une dévaluation du foot français, mais c'est lié à la distorsion entre la vision des dirigeants de leur Ligue et la réalité. »

Sacha Mansouri reconnaît s'être aussi interrogé sur les conséquences pour les clubs français. « Mais malheureusement, il faut quelque chose de fort pour qu'ils se remettent en question, assène-t-il. Avec la catastrophe annoncée de ce nouveau cycle, on tire la sonnette d'alarme, et c'est nécessaire ! Par moments, il faut un peu détruire pour mieux reconstruire. »

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Pour le match d'ouverture de la Ligue 1 Le Havre-PSG, premier retransmis par DAZN, plus de 200 000 personnes étaient ainsi connectées sur des flux illégaux de Telegram. Sur les applications et boîtiers IPTV, ils étaient aussi très nombreux à regarder la rencontre en toute illégalité... et à l'assumer. Comme Nicolas (son prénom a été modifié), journaliste politique et abonné de la dernière heure à ce service pirate pour la première fois de sa vie, à 55 euros l'année : « Le tarif prohibitif de DAZN qui n'est pas du tout conforme à la qualité du produit m'a d'abord fait basculer. Ensuite, la couverture éditoriale low-cost annoncée (certains matches commentés en cabine, sans consultant, pas de multiplex et pour l'instant pas d'émissions) n'incite pas non plus à franchir le pas. Et enfin, au bout d'un moment, j'ai moins de scrupules lorsque je vois l'utilisation de l'argent reversé via nos abonnements. Il sert à surpayer des joueurs moyens, à goinfrer des agents et à autoriser les dirigeants à jongler avec les millions. Le spectacle du foot français serait le même, selon moi, si tout ce petit monde touchait deux fois moins. »

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Ce tohu-bohu numérique autour du « coût » de la Ligue 1 pour les fans n'a évidemment pas échappé à la Ligue. Contactée, elle assure que le piratage est « une préoccupation majeure » et salue la décision du Tribunal judiciaire de Paris du 2 août, ordonnant le blocage par les fournisseurs d'accès à internet français de l'accès à des sites de streaming en direct et à des services IPTV. « Telegram, c'est le plus compliqué car ce sont les moins réactifs pour couper les flux, explique Xavier Spender, secrétaire général de l'APPS (Association pour la protection des programmes sportifs). Or l'efficacité vient de la réactivité. Pour l'IPTV, 2 à 2,5 millions de Français consommeraient illégalement des contenus par ce biais. Mais pour lutter, comme dans tout trafic, il faut surtout arriver à travailler sur les têtes de réseaux. Si on arrivait à couper en amont les fournisseurs de signaux, les petits distributeurs d'IPTV et liens Télégram ne pourraient plus les proposer. »

Peu de consommateurs de flux pirates semblent effrayés par la loi. À l'image de Sacha Mansouri, créateur de contenus sous le pseudo Sussucre, et abonné à un service IPTV depuis trois ans : « Je n'ai absolument pas peur. S'ils veulent s'attaquer à l'IPTV, il faut couper ceux qui fournissent le contenu, pas ceux qui le consomment... Parce que nous sommes des millions ! Financièrement, cela leur coûterait trop d'argent. »

« Il ne faut pas faire porter la responsabilité sur le consommateur mais sur les dirigeants qui n'évaluent pas la vraie valeur de leur Championnat. »

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En attendant, la menace planerait sur les clubs de Ligue 1 si les mesures et les campagnes antipiratage s'avéraient inefficaces, comme le rappelait Shay Segev, le DG de DAZN, dans L'Équipe ce jeudi : « Le consommateur doit comprendre qu'il ne paye pas DAZN, il paye la Ligue et les clubs. Si cela ne fonctionne pas, qu'est-ce que cela signifiera pour le football français ? » Une chute de ses revenus, de sa valeur et potentiellement de sa compétitivité européenne. « C'est probable mais inévitable, estime Nicolas, le nouveau venu dans la piraterie. Il ne faut pas faire porter la responsabilité sur le consommateur mais sur les dirigeants qui n'évaluent pas la vraie valeur de leur Championnat. Si personne ne veut acheter votre produit entre 30 et 40 euros par mois, il ne faut pas le mettre à ce prix-là. Et du côté de la Ligue, il ne faut pas chercher à récupérer 500 millions par saison si aucun diffuseur ne peut être rentable à ce montant. Donc on passera peut-être malheureusement par des faillites de clubs et une dévaluation du foot français, mais c'est lié à la distorsion entre la vision des dirigeants de leur Ligue et la réalité. »

Sacha Mansouri reconnaît s'être aussi interrogé sur les conséquences pour les clubs français. « Mais malheureusement, il faut quelque chose de fort pour qu'ils se remettent en question, assène-t-il. Avec la catastrophe annoncée de ce nouveau cycle, on tire la sonnette d'alarme, et c'est nécessaire ! Par moments, il faut un peu détruire pour mieux reconstruire. »

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