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Ce ne sont pas des sauvages

Jugés ce mercredi à Auxerre, trois jours après la blessure d'un policier en avant-match d'AJA-Rennes, deux supporters rennais ont été condamnés à de la prison ferme sous forme aménageable. Un soulagement pour la défense.
ds 2782

Ils devaient juste faire l'aller-retour entre Rennes et Auxerre, dimanche, pour un match de leur équipe de coeur. Poursuivis pour avoir agressé un policier et intimidé deux autres avant AJA-Rennes (4-0), ces deux supporters du Stade Rennais ont prolongé leur premier séjour dans l'Yonne par une garde à vue, une nuit en détention provisoire et leur comparution immédiate jusque très tard dans la soirée de ce mercredi dans la salle froide et kitsch d'audience correctionnelle d'Auxerre.

Après plus de trois heures de débats et une petite heure de plus le temps de délibérer, le tribunal a rendu sa décision peu avant 22h30. Les deux prévenus, nés à Rennes et âgés de 25 ans, ont été relaxés du délit de menace de mort et reconnus coupables de violences, et d'outrage pour l'un d'eux. Le premier a été condamné à huit mois d'emprisonnement et deux ans d'interdiction de stade, le second à deux ans de prison, dont un avec sursis, et trois ans d'interdiction de stade. Deux peines aménageables sur la partie ferme avec une détention à domicile sous surveillance électronique.

Deux récits face à face
L'audiencement du dossier à la nuit tombée et devant de nombreuses forces de l'ordre dans le public a au moins permis d'éclaircir les circonstances des faits, et, surtout, l'origine de l'altercation. Jusque-là, la seule version exposée médiatiquement était celle dénoncée dès dimanche soir sur ses réseaux sociaux par le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau en personne et détaillée depuis par les autorités locales : plus d'une centaine d'ultras rennais auraient contourné l'arrêté d'encadrement puis pris à partie des forces de l'ordre aux abords du stade. Des jets de projectiles, une balayette et des coups au sol.

Reprenons dans l'ordre. Jeudi dernier, à trois jours du match, alors qu'il n'y a pas d'antécédents entre les deux clubs et que la DNLH n'a pas procédé à un classement à risque, la préfecture de l'Yonne prend un arrêté d'encadrement du déplacement des supporters rennais, comme cela se fait très fréquemment désormais. Un "point de rendez-vous obligatoire" est fixé à une sortie d'autoroute, avant escorte jusqu'à l'enceinte icaunaise. Et, à partir de là, deux récits se font face. D'une part, les autorités considèrent que l'arrêté n'a pas été respecté. "Les Rennais ont volontairement sous-estimé leur nombre (4 cars officiellement) pour se déplacer comme ils le voulaient, nous confie un acteur local. Une centaine est arrivée à la mi-journée en centre-ville et cela a donné le ton du reste de la journée."

De l'autre côté, rennais, par manque d'anticipation en raison de la publication tardive et discrète de l'arrêté, on avance un accord oral avec la police à leur arrivée pour un fan walk du centre-ville au stade. Vers 13 heures, une dizaine de minibus notamment affrétés par le Roazhon Celtic Kop se stationne sur le parking d'un supermarché proche du centre-ville auxerrois. Une centaine d'ultras en descend, se rend dans les bars du coin. La police est alertée, patrouille et il est alors décidé de rediriger le groupe, dans le calme, vers le parking afin d'acheminer les véhicules et ses passagers, à pied, jusqu'au terrain de camping attenant au secteur visiteur.

Canette contre LBD
L'escorte, à faible allure, prévoit de contourner la route de Vaux, histoire d'éviter tout risque de heurts avec des fans locaux. Sauf qu'une moitié du groupe rennais dévie de la trajectoire initiale. Un policier se positionne devant eux et les invite à faire demi-tour. Un supporter exprime son refus de manière véhémente, par le geste - mouvements de bras - et la parole ("fils de pute"). Une canette de bière atteint le haut du crâne du policier, qui riposte par un tir de LBD touchant le supporter précité au torse, projeté vers l'arrière et porté dans un minibus. Les forces de l'ordre font usage de gaz lacrymo et de grenades de désencerclement. Un épais nuage de fumée se forme. L'agitation perdure.

Le même policier est ensuite crocheté, mis au sol et frappé par de nombreux supporters à la tête. Il se met en boule. Bouche en sang, fracture du nez. Dix jours d'ITT. La sortie des armes de poing permettra l'éloignement des assaillants et les deux prévenus seront interpellés plus tard, l'un, fortement alcoolisé, en début de match et l'autre le lendemain. Trois jours plus tard, les voilà debout dans le box, entre deux agents pénitentiaires et face aux trois policiers assis en rang.

"J'ai suivi la foule, je me suis retrouvé à l'avant et j'ai fait l'erreur stupide de provoquer bêtement"

Un des deux prévenus

Brun et barbu, la mine fermée, en bas de survêtement, le premier, celui qui a refusé de faire demi-tour, reconnaît avoir été "provocateur" et insultant. "Avec l'alcool, il y a eu des incivilités malpropres. Cela ne me ressemble pas. J'ai suivi la foule, je me suis retrouvé à l'avant et j'ai fait l'erreur stupide de provoquer bêtement." En revanche, il nie avoir jeté la canette et menacé de mort le policier. "J'étais sonné, désorienté", se défend-il, sûr de lui.

Le second, mince, crâne rasé et pull foncé, est davantage marqué et soucieux. Il l'assure néanmoins : "J'étais très lucide, pas alcoolisé, et il n'y a pas eu de provocation de ma part avant le tir de LBD. Ensuite, je vois le policier reculer en essayant de recharger et pas mal de personnes vont vers lui par énervement. Un fourgon arrive, je le contourne, mais je ne mets pas de coups. Je tire un gars et je suis touché à la main par un tir. Jamais je n'ai frappé un policier." Aucune caméra n'a filmé les scènes.

En face, les trois policiers, eux, sont formels. "Sans l'intervention rapide de mes collègues, je ne serais peut-être pas devant vous, soupire la victime principale, habituée au maintien de l'ordre en jour de match et ancien CRS. J'ai entendu un gars dire : ''Arrêtez, si vous continuez vous allez le tuer''. En légitime défense, je décide de l'impacter. C'est la première fois que je subis cela. Quand on se dissimule le visage, quand on porte des chaussures de sécurité, on ne vient pas voir un match mais en découdre. C'était très violent et organisé."

Une nuit en prison
"Ces deux-là étaient les instigateurs, je persiste et signe", appuie son voisin. Le troisième policier : "J'ai vu mon collègue inanimé, sans le distinguer au milieu de toutes ces jambes". L'intéressé a toujours le visage amoché et des douleurs persistantes à la barre. "Pour moi, ce sont des lâches, des pleutres. Des gens comme cela salissent tout", assène son avocat, Me David Kahn. "Il faut arrêter de se cacher derrière l'effet de groupe", ajoute Claire Dereusme au nom du parquet.

Les coprévenus n'ont toutefois pas vraiment le profil ni l'allure des hooligans décrits. L'un est ingénieur électrique depuis trois ans, l'autre paysagiste depuis sept ans et chef d'équipe. Les yeux embués et la voix tremblotante, tous deux expriment leurs excuses et leurs regrets. "Depuis dimanche, c'est un cauchemar, souffle le premier. Je me mets à sa place (de la victime principale), ce n'est pas normal. Ce n'est pas l'image que j'ai envie de donner d'un supporter. J'ai beaucoup trop à perdre." Et le second de le rejoindre : "Je n'avais jamais mis les pieds dans une prison, c'est vraiment un choc. J'ai passé la pire nuit de ma vie." Ils se prennent tour à tour la tête entre leurs mains à l'annonce des réquisitions du parquet qui souhaitait un maintien en détention (mais des peines inférieures à celles prononcées).

Leur conseil, Me Florian Grigis, clame que "ce dossier est grave et personne ne peut le nier". "Mais on vous demande, aujourd'hui, de condamner des sauvages (terme utilisé par Retailleau). Or, je n'ai pas des sauvages derrière moi, même si le box peut les apparenter à des animaux, tonne-t-il. Le sauvage ne pleure pas, ne regrette pas, n'est pas aussi stable dans sa vie. Ils n'ont pas leur place ici et eux non plus n'ont pas de raison de mentir. Cela aurait pu être évité. L'usage de l'arme était-il strictement nécessaire ? Vous voyez quelqu'un tomber à vos côtés après avoir pris un impact, bien sûr que vous intervenez. Vous les voyez, vous, là, les meneurs, qui se retiennent de chialer ?" Les deux clients fondent en larmes derrière lui. "La conscience demande de ne pas les faire payer pour tous les autres. Leurs yeux ne sont pas ceux de quelqu'un qui a des remords, mais qui peut voir sa vie basculer pour quelque chose qu'il n'a pas fait." Menottés une dernière fois, ses clients sont repassés par la prison pour récupérer leurs affaires, avant de regagner la Bretagne.

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Ils devaient juste faire l'aller-retour entre Rennes et Auxerre, dimanche, pour un match de leur équipe de coeur. Poursuivis pour avoir agressé un policier et intimidé deux autres avant AJA-Rennes (4-0), ces deux supporters du Stade Rennais ont prolongé leur premier séjour dans l'Yonne par une garde à vue, une nuit en détention provisoire et leur comparution immédiate jusque très tard dans la soirée de ce mercredi dans la salle froide et kitsch d'audience correctionnelle d'Auxerre.

Après plus de trois heures de débats et une petite heure de plus le temps de délibérer, le tribunal a rendu sa décision peu avant 22h30. Les deux prévenus, nés à Rennes et âgés de 25 ans, ont été relaxés du délit de menace de mort et reconnus coupables de violences, et d'outrage pour l'un d'eux. Le premier a été condamné à huit mois d'emprisonnement et deux ans d'interdiction de stade, le second à deux ans de prison, dont un avec sursis, et trois ans d'interdiction de stade. Deux peines aménageables sur la partie ferme avec une détention à domicile sous surveillance électronique.

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Canette contre LBD
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"J'ai suivi la foule, je me suis retrouvé à l'avant et j'ai fait l'erreur stupide de provoquer bêtement"

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Le second, mince, crâne rasé et pull foncé, est davantage marqué et soucieux. Il l'assure néanmoins : "J'étais très lucide, pas alcoolisé, et il n'y a pas eu de provocation de ma part avant le tir de LBD. Ensuite, je vois le policier reculer en essayant de recharger et pas mal de personnes vont vers lui par énervement. Un fourgon arrive, je le contourne, mais je ne mets pas de coups. Je tire un gars et je suis touché à la main par un tir. Jamais je n'ai frappé un policier." Aucune caméra n'a filmé les scènes.

En face, les trois policiers, eux, sont formels. "Sans l'intervention rapide de mes collègues, je ne serais peut-être pas devant vous, soupire la victime principale, habituée au maintien de l'ordre en jour de match et ancien CRS. J'ai entendu un gars dire : ''Arrêtez, si vous continuez vous allez le tuer''. En légitime défense, je décide de l'impacter. C'est la première fois que je subis cela. Quand on se dissimule le visage, quand on porte des chaussures de sécurité, on ne vient pas voir un match mais en découdre. C'était très violent et organisé."

Une nuit en prison
"Ces deux-là étaient les instigateurs, je persiste et signe", appuie son voisin. Le troisième policier : "J'ai vu mon collègue inanimé, sans le distinguer au milieu de toutes ces jambes". L'intéressé a toujours le visage amoché et des douleurs persistantes à la barre. "Pour moi, ce sont des lâches, des pleutres. Des gens comme cela salissent tout", assène son avocat, Me David Kahn. "Il faut arrêter de se cacher derrière l'effet de groupe", ajoute Claire Dereusme au nom du parquet.

Les coprévenus n'ont toutefois pas vraiment le profil ni l'allure des hooligans décrits. L'un est ingénieur électrique depuis trois ans, l'autre paysagiste depuis sept ans et chef d'équipe. Les yeux embués et la voix tremblotante, tous deux expriment leurs excuses et leurs regrets. "Depuis dimanche, c'est un cauchemar, souffle le premier. Je me mets à sa place (de la victime principale), ce n'est pas normal. Ce n'est pas l'image que j'ai envie de donner d'un supporter. J'ai beaucoup trop à perdre." Et le second de le rejoindre : "Je n'avais jamais mis les pieds dans une prison, c'est vraiment un choc. J'ai passé la pire nuit de ma vie." Ils se prennent tour à tour la tête entre leurs mains à l'annonce des réquisitions du parquet qui souhaitait un maintien en détention (mais des peines inférieures à celles prononcées).

Leur conseil, Me Florian Grigis, clame que "ce dossier est grave et personne ne peut le nier". "Mais on vous demande, aujourd'hui, de condamner des sauvages (terme utilisé par Retailleau). Or, je n'ai pas des sauvages derrière moi, même si le box peut les apparenter à des animaux, tonne-t-il. Le sauvage ne pleure pas, ne regrette pas, n'est pas aussi stable dans sa vie. Ils n'ont pas leur place ici et eux non plus n'ont pas de raison de mentir. Cela aurait pu être évité. L'usage de l'arme était-il strictement nécessaire ? Vous voyez quelqu'un tomber à vos côtés après avoir pris un impact, bien sûr que vous intervenez. Vous les voyez, vous, là, les meneurs, qui se retiennent de chialer ?" Les deux clients fondent en larmes derrière lui. "La conscience demande de ne pas les faire payer pour tous les autres. Leurs yeux ne sont pas ceux de quelqu'un qui a des remords, mais qui peut voir sa vie basculer pour quelque chose qu'il n'a pas fait." Menottés une dernière fois, ses clients sont repassés par la prison pour récupérer leurs affaires, avant de regagner la Bretagne.

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