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Antoine, 22 ans : « Fan de foot, j’ai le job étudiant de mes rêves » ...

Antoine a 22 ans. Il est étudiant, à Rennes. Son récit a été élaboré avec les journalistes de la Zone d’expression prioritaire, lors d’ateliers avec des jeunes.
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La Zone d’expression prioritaire (Zep) élabore ces récits avec des jeunes de 14 à 28 ans lors d’ateliers d’écriture encadrés par des journalistes. Ces témoignages sont ensuite publiés par des médias. Ouest-France a choisi d’être l’un d’eux. Tous les mois, le premier mardi, dans le journal et sur ouest-france.fr, on peut lire ces récits de vie, comme celui d’Antoine, 22 ans.

« Il y a des soirs, dans le football, où vous marchez sur l’eau. Les supporters le sentent, les joueurs et le staff aussi. Rien ne peut arrêter une équipe qui rentre dans un état de grâce. Ce soir du 7 mars 2019, j’étais au Roazhon Park, le stade du club de ma cité, Rennes. Depuis deux décennies, le Stade Rennais était connu pour être « le club de la loose », l’équipe en haut de tableau à la trêve hivernale qui s’effondrait en seconde partie de championnat.

L’équipe aux trois finales de Coupe perdues (2009, 2013 et 2014). Ce soir-là, mon club de cœur, celui qui m’avait tant fait souffrir, m’a définitivement envoyé dans une autre galaxie. Le tout durant mon travail pour financer mes études… »

« Stadier au sein de mon stade préféré »

« Le Stade Rennais reçoit l’équipe londonienne d’Arsenal. À l’époque, je suis étudiant à Lannion. Ce soir-là, ce n’est pas depuis ma traditionnelle tribune Mordelles bas (la tribune des ultras rennais) que je suis le match, mais depuis les travées du virage Vilaine, à une vingtaine de sièges de ma tribune de cœur.

Ce n’est pas en tant que simple supporter que je vis ce match de légende : je suis stadier. Depuis deux ans, j’occupe ce poste au sein de mon stade préféré. Plus qu’un simple job étudiant, il me permet de concilier mon besoin de finances et mon amour inconsidéré pour le club qui m’a vu grandir dans les couloirs de son stade.

Papa est électricien et maman agente administrative au sein d’une grande entreprise de gestion de logements sociaux. Alors, l’argent, on n’en a jamais assez pour répondre aux envies de sorties de la vie trépidante et curieuse d’étudiant. J’ai besoin de ce job, d’un point de vue économique mais aussi pour m’épanouir. Hors de question de passer mes week-ends sans aller au stade au profit d’un autre emploi. »

« J’ai dû fouiner pour avoir ce job »

« Le Stade Rennais représente plus de douze ans de ma vie. Avant l’âge de 10 ans, je ne m’en rendais pas pleinement compte. C’est en m’effondrant sans comprendre devant la défaite du club contre Guingamp en finale de Coupe de France, en 2009, que j’ai su l’amour que j’avais pour le maillot rouge et noir.

Ce job étudiant de mes rêves, c’est par un ami qui connaît un ami qui connaît l’adresse mail de la cellule « organisation des soirs de match » que je l’ai eu. Autant dire qu’il a fallu fouiner et être résilient. Les contrats le week-end en rapport avec le football et le Stade Rennais, ça ne court pas les rues. Un CV, une lettre de motivation et plusieurs coups de téléphone m’ont finalement permis de remonter dans la longue liste d’attente. »

« Certains spectateurs sont devenus des copains »

« Lors du match Stade rennais – Arsenal, c’est vêtu de la parka jaune fluo des stadiers que j’accueille les supporters à la porte 2 du Roazhon Park. À moins d’une heure du coup d’envoi, les billets font sonner les automates des tourniquets et ouvrent le chemin aux tribunes. Je me situe au pied d’un escalier : « Bonsoir, bienvenue au stade… Bon match à vous ! » J’accueille les spectateurs du soir, certains sont devenus des copains.

Avec d’autres stadiers, on discute sur le match du soir entre deux passages de spectateurs à l’entrée. Comme moi, ils sont fans du Stade Rennais et, pour la plupart, étudiants. Avec nous, quelques collègues de plus de 40 ans complètent les équipes. Certains ont plus de dix ans de maison et en ont connu des revers du club lors des longues et froides soirées d’hiver. Ce soir sera différent. »

« Tout le monde ne rentrera pas à temps »

« Le coup d’envoi est dans moins d’une minute. Devant ma porte 2, la file est encore longue, la faute à des embouteillages sur la rocade de Rennes, tout le monde ne rentrera pas à temps. « Personne ne monte tant que tout le monde n’est pas passé ! », hurle mon chef de secteur en s’adressant à moi et mes camarades stadiers. Je suis très pressé de monter en tribune.

Les minutes passent, puis j’entends le coup de sifflet de l’arbitre, le stade fait encore plus de bruit, le match est lancé, il est 21 h. Les spectateurs retardataires se pressent aux portes, l’excitation laisse place à l’impatience de rejoindre son siège, les chants s’intensifient, les clappements de main aussi, la foule est debout, l’ambiance gagne jusqu’à l’extérieur du stade.

Quelques minutes de jeu passent. À en croire les sifflements, c’est Arsenal qui a le ballon. J’entends une frappe… C’est la douche froide. Alex Iwobi vient de marquer. Arsenal mène 1 à 0 au bout de seulement trois minutes de jeu. Le gamin de 10 ans en moi sent ses yeux se tremper, le Stade Rennais va-t-il retomber dans ses travers ? »

« Je peux enfin monter en tribune »

« Quinze minutes de jeu se sont écoulées, je peux enfin monter en tribune, certaines personnes sont assises dans les escaliers, ils n’ont pas trouvé leurs places, c’est à moi de les diriger, je ne peux toujours pas m’asseoir et apprécier le spectacle. Sur la pelouse, les Rennais ont le ballon et font le jeu, c’est bon signe. Le tableau d’affichage indique vingt et une minutes de jeu lorsque je m’assois enfin au milieu d’un escalier pour observer les spectateurs. Finalement, je veillerai beaucoup plus sur le match qu’à ma tâche. Le public reprend du galon et je commence à y croire. « Ils vont le faire ! », je lance à un habitué à côté de moi.

La mi-temps approche et les Rennais bénéficient d’un coup franc à l’entrée gauche de la surface de réparation du gardien d’Arsenal. Benjamin Bourigeaud pose le ballon, quelques pas d’élan suffisent au natif de Lens pour armer sa frappe. Le ballon part directement dans le mur mais il revient dans les pieds du milieu rennais. « Bourige » arme une seconde fois sa frappe et envoie une reprise de volée cathartique en pleine lucarne opposée du gardien d’Arsenal. »

« C’est un moment historique du club »

« Le stade exulte. À ce moment précis, je ne suis plus stadier, le masque tombe, je troque ma veste jaune fluo pour mon maillot du Stade et je célèbre avec le public comme n’importe quel autre supporter.

Quelques secondes passent, je reprends mon rôle, je suis payé pour ce job et j’en ai besoin. 50 € le match, ce n’est pas énorme, mais ça suffit déjà à financer mes sorties au bar et mes courses hebdomadaires. Ajoutez à cela les aides financières de l’État, on pourrait presque dire que je mène la grande vie.

La suite du match appartient à la légende. S’en suivra un but contre son camp du défenseur londonien Nacho Monreal et une tête rageuse de Ismaïla Sarr à la 88e minute à la suite d’un centre venu côté gauche, mon côté du stade. Sur ce dernier but, je n’ai encore pas pu me retenir de prendre dans mes bras les supporters autour de moi. Ce n’est pas mon rôle mais mince, c’est un moment historique du club, quelle joie. »

« Le coup de sifflet final est proche, je descends en bord de stade pour « tenir la corde ». Je me tiens au pied de la tribune Mordelles avec une quinzaine de mes collègues stadiers, une corde à la main pour empêcher les supporters d’envahir la pelouse. Les joueurs et le staff rennais s’approchent de la tribune ultra pour célébrer la victoire. Benjamin Bourigeaud, le héros du soir prend le micro et entame un clapping avec le stade. Les mains se lèvent et, en même temps, joueurs et supporters frappent dans leurs mains de plus en plus fort pour finir dans un nuage de bruits et de chants. »

« Ce soir-là, j’étais fier… »

« J’ai des frissons, je regrette un peu de ne pas être avec le reste des ultras dans les travées. Je lance un dernier regard vers les tribunes et je ressens de la fierté. Ça y est, le petit enfant de 10 ans que je garde en moi est en larmes. Il scande son chant préféré : « Un jour, il y a longtemps, je suis tombé fou de toi. Ne me demande pas comment c’est arrivé comme ça. Puis, le temps passait et je suis toujours là, toujours à tes côtés, ce soir gagne pour moi ! »

Mon job reste primaire et ne nécessite pas de formation particulière, je me contente d’aider les gens à se repérer dans un stade que je connais déjà par cœur depuis mes 12 piges. Pourtant, ce soir-là, j’étais fier… Fier de porter cette parka immonde floquée de l’écusson de l’entreprise qui me rend heureux pour la première fois depuis longtemps. Fier de porter l’uniforme de mon club de cœur et de participer, à mon humble niveau, à l’organisation d’un match qui reste, depuis, dans les têtes de tout Rennais. »

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« Il y a des soirs, dans le football, où vous marchez sur l’eau. Les supporters le sentent, les joueurs et le staff aussi. Rien ne peut arrêter une équipe qui rentre dans un état de grâce. Ce soir du 7 mars 2019, j’étais au Roazhon Park, le stade du club de ma cité, Rennes. Depuis deux décennies, le Stade Rennais était connu pour être « le club de la loose », l’équipe en haut de tableau à la trêve hivernale qui s’effondrait en seconde partie de championnat.

L’équipe aux trois finales de Coupe perdues (2009, 2013 et 2014). Ce soir-là, mon club de cœur, celui qui m’avait tant fait souffrir, m’a définitivement envoyé dans une autre galaxie. Le tout durant mon travail pour financer mes études… »

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« Le Stade Rennais reçoit l’équipe londonienne d’Arsenal. À l’époque, je suis étudiant à Lannion. Ce soir-là, ce n’est pas depuis ma traditionnelle tribune Mordelles bas (la tribune des ultras rennais) que je suis le match, mais depuis les travées du virage Vilaine, à une vingtaine de sièges de ma tribune de cœur.

Ce n’est pas en tant que simple supporter que je vis ce match de légende : je suis stadier. Depuis deux ans, j’occupe ce poste au sein de mon stade préféré. Plus qu’un simple job étudiant, il me permet de concilier mon besoin de finances et mon amour inconsidéré pour le club qui m’a vu grandir dans les couloirs de son stade.

Papa est électricien et maman agente administrative au sein d’une grande entreprise de gestion de logements sociaux. Alors, l’argent, on n’en a jamais assez pour répondre aux envies de sorties de la vie trépidante et curieuse d’étudiant. J’ai besoin de ce job, d’un point de vue économique mais aussi pour m’épanouir. Hors de question de passer mes week-ends sans aller au stade au profit d’un autre emploi. »

« J’ai dû fouiner pour avoir ce job »

« Le Stade Rennais représente plus de douze ans de ma vie. Avant l’âge de 10 ans, je ne m’en rendais pas pleinement compte. C’est en m’effondrant sans comprendre devant la défaite du club contre Guingamp en finale de Coupe de France, en 2009, que j’ai su l’amour que j’avais pour le maillot rouge et noir.

Ce job étudiant de mes rêves, c’est par un ami qui connaît un ami qui connaît l’adresse mail de la cellule « organisation des soirs de match » que je l’ai eu. Autant dire qu’il a fallu fouiner et être résilient. Les contrats le week-end en rapport avec le football et le Stade Rennais, ça ne court pas les rues. Un CV, une lettre de motivation et plusieurs coups de téléphone m’ont finalement permis de remonter dans la longue liste d’attente. »

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« Lors du match Stade rennais – Arsenal, c’est vêtu de la parka jaune fluo des stadiers que j’accueille les supporters à la porte 2 du Roazhon Park. À moins d’une heure du coup d’envoi, les billets font sonner les automates des tourniquets et ouvrent le chemin aux tribunes. Je me situe au pied d’un escalier : « Bonsoir, bienvenue au stade… Bon match à vous ! » J’accueille les spectateurs du soir, certains sont devenus des copains.

Avec d’autres stadiers, on discute sur le match du soir entre deux passages de spectateurs à l’entrée. Comme moi, ils sont fans du Stade Rennais et, pour la plupart, étudiants. Avec nous, quelques collègues de plus de 40 ans complètent les équipes. Certains ont plus de dix ans de maison et en ont connu des revers du club lors des longues et froides soirées d’hiver. Ce soir sera différent. »

« Tout le monde ne rentrera pas à temps »

« Le coup d’envoi est dans moins d’une minute. Devant ma porte 2, la file est encore longue, la faute à des embouteillages sur la rocade de Rennes, tout le monde ne rentrera pas à temps. « Personne ne monte tant que tout le monde n’est pas passé ! », hurle mon chef de secteur en s’adressant à moi et mes camarades stadiers. Je suis très pressé de monter en tribune.

Les minutes passent, puis j’entends le coup de sifflet de l’arbitre, le stade fait encore plus de bruit, le match est lancé, il est 21 h. Les spectateurs retardataires se pressent aux portes, l’excitation laisse place à l’impatience de rejoindre son siège, les chants s’intensifient, les clappements de main aussi, la foule est debout, l’ambiance gagne jusqu’à l’extérieur du stade.

Quelques minutes de jeu passent. À en croire les sifflements, c’est Arsenal qui a le ballon. J’entends une frappe… C’est la douche froide. Alex Iwobi vient de marquer. Arsenal mène 1 à 0 au bout de seulement trois minutes de jeu. Le gamin de 10 ans en moi sent ses yeux se tremper, le Stade Rennais va-t-il retomber dans ses travers ? »

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La mi-temps approche et les Rennais bénéficient d’un coup franc à l’entrée gauche de la surface de réparation du gardien d’Arsenal. Benjamin Bourigeaud pose le ballon, quelques pas d’élan suffisent au natif de Lens pour armer sa frappe. Le ballon part directement dans le mur mais il revient dans les pieds du milieu rennais. « Bourige » arme une seconde fois sa frappe et envoie une reprise de volée cathartique en pleine lucarne opposée du gardien d’Arsenal. »

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La suite du match appartient à la légende. S’en suivra un but contre son camp du défenseur londonien Nacho Monreal et une tête rageuse de Ismaïla Sarr à la 88e minute à la suite d’un centre venu côté gauche, mon côté du stade. Sur ce dernier but, je n’ai encore pas pu me retenir de prendre dans mes bras les supporters autour de moi. Ce n’est pas mon rôle mais mince, c’est un moment historique du club, quelle joie. »

« Le coup de sifflet final est proche, je descends en bord de stade pour « tenir la corde ». Je me tiens au pied de la tribune Mordelles avec une quinzaine de mes collègues stadiers, une corde à la main pour empêcher les supporters d’envahir la pelouse. Les joueurs et le staff rennais s’approchent de la tribune ultra pour célébrer la victoire. Benjamin Bourigeaud, le héros du soir prend le micro et entame un clapping avec le stade. Les mains se lèvent et, en même temps, joueurs et supporters frappent dans leurs mains de plus en plus fort pour finir dans un nuage de bruits et de chants. »

« Ce soir-là, j’étais fier… »

« J’ai des frissons, je regrette un peu de ne pas être avec le reste des ultras dans les travées. Je lance un dernier regard vers les tribunes et je ressens de la fierté. Ça y est, le petit enfant de 10 ans que je garde en moi est en larmes. Il scande son chant préféré : « Un jour, il y a longtemps, je suis tombé fou de toi. Ne me demande pas comment c’est arrivé comme ça. Puis, le temps passait et je suis toujours là, toujours à tes côtés, ce soir gagne pour moi ! »

Mon job reste primaire et ne nécessite pas de formation particulière, je me contente d’aider les gens à se repérer dans un stade que je connais déjà par cœur depuis mes 12 piges. Pourtant, ce soir-là, j’étais fier… Fier de porter cette parka immonde floquée de l’écusson de l’entreprise qui me rend heureux pour la première fois depuis longtemps. Fier de porter l’uniforme de mon club de cœur et de participer, à mon humble niveau, à l’organisation d’un match qui reste, depuis, dans les têtes de tout Rennais. »

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