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La santé des footballeurs très affectée par la pollution de l'air ?

À l'origine de 48 000 décès en France chaque année, la pollution atmosphérique pourrait particulièrement impacter la santé des footballeurs, qui inhalent beaucoup de polluants puisqu'ils jouent souvent dans des stades situés près des axes routiers.
DS 0183"Il est plus que jamais nécessaire de protéger les joueurs. Nous devons prendre soin d'eux et les préserver contre les risques auxquels ils sont exposés." Pendant la première vague de Covid-19, Sylvain Kastendeuch, le coprésident de l'UNFP, avait délivré un message clair. La santé des joueurs doit passer avant tout le reste. Une prise de position forte qui vient se confronter, plus que jamais, à la réalité. Depuis la parution de sa tribune dans Le Monde, le 20 avril, nombre de joueurs ont été contaminés par le virus. Aucun n'a développé de forme grave, à l'exception de Junior Sambia. Admis en réanimation en avril dernier, le Montpelliérain de 24 ans a rapidement retrouvé l'intégralité de ses moyens physiques et enchaîne les matches depuis le début de la saison.

La deuxième vague est là, le Championnat se poursuit, mais une autre menace, plus sournoise, plane sur la santé des joueurs : la qualité de l'air. Car celui qu'ils respirent est loin d'être sain. Il est même tellement médiocre que notre pays a de nouveau été condamné le 30 octobre dernier, par la Cour de justice européenne, pour non-respect de sa qualité dans une douzaine d'agglomérations, notamment Paris, Marseille, Lyon, Nice, Strasbourg, Montpellier ou encore Reims (Toulouse, Grenoble, Clermont-Ferrand, Toulon et la vallée de l'Arve, au pied du mont Blanc, sont les autres zones concernées). Autant de villes qui comptent des clubs de Ligue 1.

Tous les joueurs de notre Championnat ont été exposés à une forte pollution atmosphérique et ils en ont absorbé beaucoup plus que le commun des mortels. "Plus on fait d'exercice, plus on inhale d'air, donc plus on absorbe de polluants", explique Gilles Dixsaut, médecin et président de la Fondation du souffle. "Durant un exercice intense, les athlètes peuvent respirer plus de 6 000 litres par heure. C'est six fois plus que pendant un exercice léger, celui d'un sportif amateur, et c'est jusqu'à douze fois plus qu'au repos. Un sportif inhale donc douze fois plus de polluants qu'un citadin lambda", détaille Rachel Nadif, responsable de l'équipe d'épidémiologie respiratoire intégrative à l'INSERM, qui effectue des recherches sur le lien entre la qualité de l'air et la santé des athlètes.

Ces polluants pénètrent directement dans le corps des footballeurs, puisqu'ils respirent par la bouche et ne bénéficient pas de la protection - relative - de leurs filtres nasaux. Pêle-mêle, ils inhalent de l'ozone, du dioxyde d'azote, des particules fines (PM10, PM2.5) et ultrafines (PM 0.1), dont le diamètre est inférieur à 10, 2,5 et 0,1 micromètres (millièmes de millimètre). À titre de comparaison, un cheveu humain est environ 20 fois plus gros qu'une particule PM2,5.

Dans ce cocktail, ces dernières particules, formées principalement par le trafic routier, sont les plus problématiques. "Plus elles sont fines, plus elles vont descendre profondément dans l'arbre bronchique, jusqu'à passer dans la circulation sanguine", éclaire Rachel Nadif. Elles sont particulièrement présentes dans les stades de Ligue 1 situés à quelques mètres d'axes routiers à très fort trafic pour en faciliter l'accès : des périphériques (Rennes, Nantes et Paris), des routes nationales (Dijon, Montpellier et Lille) et des autoroutes (c'est le cas de 12 stades, dont Lyon, Nîmes ou de nouveau Lille). "C'est une ânerie de les avoir construits à ces endroits, peste le Dr Dixsaut. On met en danger la santé des joueurs." Même si, reconnaît-il, "à l'époque de la construction de certains stades, on ne connaissait pas les risques liés à la pollution atmosphérique".

"Inhaler des polluants à doses trop importantes, de manière fréquente et régulière, a des incidences sur la santé. Ça a été démontré", avance Rachel Nadif. Et comme les footballeurs en absorbent plus que les autres, ils sont davantage à risques. Pascal Andujar, professeur des universités et praticien hospitalier, les énumère : "Il y a des risques de survenue ou d'aggravation de maladies respiratoires, telles que les asthmes, la bronchopneumopathie chronique obstructive, mais aussi des pathologies cardio-vasculaires, des accidents vasculaires cérébraux ou infarctus du myocarde, et le cancer du poumon." Autant de maladies qui augmentent le risque de développer des formes graves du Covid-19.

Une étude publiée fin octobre par la revue Cardiovascular Research démontre d'ailleurs que la pollution de l'air est un facteur important et aggravant de comorbidité. "Des questions commencent à se poser pour des maladies neurodégénératives", ajoute Andujar. "La pollution de l'air peut aussi être à l'origine de démences, de type Alzheimer, acquiesce le Dr Dixsaut. Mais aussi de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), connue sous le nom de maladie de Charcot. C'est un gros problème chez les sportifs de haut niveau, notamment en Italie."

Cette maladie neurologique, qui entraîne une paralysie progressive du corps, a tué plusieurs dizaines d'anciens joueurs de Serie A. Pietro Anastasi, un des plus grands buteurs de l'histoire de la Juventus, en a été victime en début d'année. Pour le médecin, "il y a probablement un lien avec l'exposition à la pollution générée par le trafic de l'autoroute situé à côté de l'ancien stade de la Juve. On ne peut pas faire de relation de causalité étant donné qu'il n'y a pas eu d'étude, mais la relation parait logique." Une théorie pour l'instant impossible à confirmer.

En revanche, une étude réalisée par Santé publique France estime que la pollution de l'air est responsable de 48 000 décès prématurés en France chaque année. Ce mauvais air réduit également l'espérance de vie. La baisse est de l'ordre de 15 mois en moyenne dans les zones urbaines de plus de 100 000 habitants, soit toutes les villes où sont basés les clubs de notre Championnat.

Parmi les stades à l'air particulièrement nocif, ceux de Paris et Marseille ont déjà été pointés du doigt. Le 18 septembre 2019, soir de PSG - Real Madrid (3-0), le taux de microparticules à proximité du Parc des Princes avait été mesuré par l'association Airparif : il était de 16,3 g/m3. Soit plus que la valeur recommandée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui est de 10 g/m3. En 2018, Greenpeace avait également effectué des mesures dans des stades municipaux à Paris, Marseille et Lyon, et avait trouvé le taux assez démentiel de 109,9 g/m3 de dioxyde d'azote dans la ville de l'OM. Près de trois fois le taux préconisé par l'OMS (40 g/m3) !

Étant donné que l'OMS a préconisé ces taux, ne serait-il pas logique de les respecter pour jouer au foot ? "Le problème, c'est qu'on ne sait pas quel seuil considérer pour la pratique du sport", répond Gilles Foret, physico-chimiste de l'atmosphère. "Il n'y a pas de valeur en dessous de laquelle il n'y a aucun risque", complète Gilles Dixsaut, avant d'ajouter : "Il est plus facile de se protéger de ce coronavirus avec des moyens appropriés que de la pollution atmosphérique contre laquelle il n'existe aucune possibilité claire de protection."

Alors que le Championnat a repris avec d'extrêmes précautions pour limiter les contaminations au Covid-19, il n'existe aucun point de règlement consacré à la qualité de l'air dans les règlements de la LFP. Aucun match n'a été reporté à cause d'un pic de pollution.

Ce danger est pourtant suffisamment pris au sérieux, notamment par l'IAAF, la Fédération mondiale d'athlétisme, qui a installé des capteurs dans tous ses stades. Concernant le foot, une solution serait de limiter la circulation routière autour des enceintes : selon le ministère de la Transition écologique, le trafic routier est à lui seul responsable de 57 % des émissions d'oxyde d'azote et d'une part significative des émissions directes de particules fines. "Ce serait efficace en hiver ou au printemps, où l'on trouve les taux de particules les plus élevés, estime Gilles Foret. Mais ce serait inefficace l'été, lorsque le polluant principal est l'ozone." La seule solution serait donc de réduire les émissions à la source. "Il faudrait non seulement diminuer la circulation mais aussi rendre les véhicules plus propres", résume Gilles Foret.

De la théorie à la pratique, le premier confinement est passé par là. En Île-de-France, les concentrations de particules ultrafines ont baissé de 50 %. Du jamais vu en quarante ans. Les niveaux d'oxyde d'azote ont également diminué partout en France, a dévoilé l'AASQA, le réseau des associations qui, chaque jour, surveille, mesure et informe sur la qualité de l'air. Une baisse de 75 % à Nantes, 73 % à Paris ou encore 69 % à Marseille, ce qui aurait évité 1 230 morts dans notre pays, selon le Centre for Research on Energy and Clean Air. Depuis la fin du premier confinement, la reprise progressive du trafic a conduit à une remontée des quantités de polluants à des niveaux équivalents à 80 % des émissions observées auparavant.

L'amélioration de la qualité de l'air profiterait à l'ensemble de la société, et donc en premier lieu aux footballeurs. Le gouvernement a d'ailleurs récemment promis la création d'une dizaine de zones à faibles émissions d'ici à 2021. Et a annoncé le renforcement du dispositif de surveillance en y intégrant les pesticides, que l'on retrouve dans toutes les pelouses des terrains de foot et qui présenteraient également des dangers pour la santé. Pour les footballeurs, les risques du métier sont peut-être bien plus élevés que ce qu'ils imaginent.

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Ces polluants pénètrent directement dans le corps des footballeurs, puisqu'ils respirent par la bouche et ne bénéficient pas de la protection - relative - de leurs filtres nasaux. Pêle-mêle, ils inhalent de l'ozone, du dioxyde d'azote, des particules fines (PM10, PM2.5) et ultrafines (PM 0.1), dont le diamètre est inférieur à 10, 2,5 et 0,1 micromètres (millièmes de millimètre). À titre de comparaison, un cheveu humain est environ 20 fois plus gros qu'une particule PM2,5.

Dans ce cocktail, ces dernières particules, formées principalement par le trafic routier, sont les plus problématiques. "Plus elles sont fines, plus elles vont descendre profondément dans l'arbre bronchique, jusqu'à passer dans la circulation sanguine", éclaire Rachel Nadif. Elles sont particulièrement présentes dans les stades de Ligue 1 situés à quelques mètres d'axes routiers à très fort trafic pour en faciliter l'accès : des périphériques (Rennes, Nantes et Paris), des routes nationales (Dijon, Montpellier et Lille) et des autoroutes (c'est le cas de 12 stades, dont Lyon, Nîmes ou de nouveau Lille). "C'est une ânerie de les avoir construits à ces endroits, peste le Dr Dixsaut. On met en danger la santé des joueurs." Même si, reconnaît-il, "à l'époque de la construction de certains stades, on ne connaissait pas les risques liés à la pollution atmosphérique".

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Une étude publiée fin octobre par la revue Cardiovascular Research démontre d'ailleurs que la pollution de l'air est un facteur important et aggravant de comorbidité. "Des questions commencent à se poser pour des maladies neurodégénératives", ajoute Andujar. "La pollution de l'air peut aussi être à l'origine de démences, de type Alzheimer, acquiesce le Dr Dixsaut. Mais aussi de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), connue sous le nom de maladie de Charcot. C'est un gros problème chez les sportifs de haut niveau, notamment en Italie."

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Alors que le Championnat a repris avec d'extrêmes précautions pour limiter les contaminations au Covid-19, il n'existe aucun point de règlement consacré à la qualité de l'air dans les règlements de la LFP. Aucun match n'a été reporté à cause d'un pic de pollution.

Ce danger est pourtant suffisamment pris au sérieux, notamment par l'IAAF, la Fédération mondiale d'athlétisme, qui a installé des capteurs dans tous ses stades. Concernant le foot, une solution serait de limiter la circulation routière autour des enceintes : selon le ministère de la Transition écologique, le trafic routier est à lui seul responsable de 57 % des émissions d'oxyde d'azote et d'une part significative des émissions directes de particules fines. "Ce serait efficace en hiver ou au printemps, où l'on trouve les taux de particules les plus élevés, estime Gilles Foret. Mais ce serait inefficace l'été, lorsque le polluant principal est l'ozone." La seule solution serait donc de réduire les émissions à la source. "Il faudrait non seulement diminuer la circulation mais aussi rendre les véhicules plus propres", résume Gilles Foret.

De la théorie à la pratique, le premier confinement est passé par là. En Île-de-France, les concentrations de particules ultrafines ont baissé de 50 %. Du jamais vu en quarante ans. Les niveaux d'oxyde d'azote ont également diminué partout en France, a dévoilé l'AASQA, le réseau des associations qui, chaque jour, surveille, mesure et informe sur la qualité de l'air. Une baisse de 75 % à Nantes, 73 % à Paris ou encore 69 % à Marseille, ce qui aurait évité 1 230 morts dans notre pays, selon le Centre for Research on Energy and Clean Air. Depuis la fin du premier confinement, la reprise progressive du trafic a conduit à une remontée des quantités de polluants à des niveaux équivalents à 80 % des émissions observées auparavant.

L'amélioration de la qualité de l'air profiterait à l'ensemble de la société, et donc en premier lieu aux footballeurs. Le gouvernement a d'ailleurs récemment promis la création d'une dizaine de zones à faibles émissions d'ici à 2021. Et a annoncé le renforcement du dispositif de surveillance en y intégrant les pesticides, que l'on retrouve dans toutes les pelouses des terrains de foot et qui présenteraient également des dangers pour la santé. Pour les footballeurs, les risques du métier sont peut-être bien plus élevés que ce qu'ils imaginent.

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