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François-Henri Pinault : "La Bretagne, c’est nos racines"

Le P-DG du groupe de luxe Kering (Gucci, Saint Laurent, Boucheron) interviendra devant des lycéens le 13 octobre, à Rennes, dans le cadre des conférences "O21, s’orienter au XXIe siècle". L’occasion pour François-Henri Pinault, 58 ans, de revenir sur son parcours et sa passion pour le Stade Rennais.
DS 0103Vos prises de parole sont rares. Pourquoi avoir accepté l’invitation à ce dialogue le 13 octobre ?
Échanger à Rennes avec des lycéens de toute la Bretagne fait sens car c’est la ville où j’ai passé mon enfance. Je suis aussi sensible aux obstacles que rencontrent les jeunes en région pour réaliser leurs ambitions. On n’ose pas viser haut. Je l’ai vécu quand je suis arrivé à Paris en terminale : 90 % des élèves de ma classe visaient les grandes écoles, alors qu’en première, au lycée Saint-Vincent à Rennes, seule une petite minorité pensait en être capable ! Je veux les convaincre qu’ils ont raison d’avoir les plus hautes ambitions, d’où qu’ils viennent.

Quelles sont vos attaches avec la Bretagne ?
C’est nos racines. C’est pour cela que PPR a été rebaptisé Kering en 2013, avec "ker" qui signifie maison en breton et le mot anglais "care" pour prendre soin de nos collaborateurs, de nos maisons et de la planète. Enfant, je passais toutes mes vacances à Loctudy, à Damgan, à La Baule. Ma mère habite à côté de Dinard et mon père y a une maison où je vais régulièrement avec lui. J’ai aussi gardé de très bons amis à Rennes.

Et professionnellement ?
À l’origine, le groupe avait des activités en Bretagne d’importation de bois. Après HEC, j’ai démarré là ma carrière, à visiter tous les points de vente. Quand le groupe est sorti de ces métiers, notre implication est devenue le Stade Rennais. J’ajoute qu’avec la pandémie, une partie de la flotte de la Compagnie du Ponant, a été rapatriée en France. Les croisières au départ de Saint-Malo ont bien marché cet été. Elles pourraient être maintenues si la demande se confirme.

Comment a commencé votre histoire avec le Stade Rennais ?
J’ai eu la chance d’habiter en face du Stade de la Route de Lorient. J’y jouais tous les mercredis après-midi, de poussin à cadet. J’ai été ramasseur de balles les soirs de match pendant dix ans. À l’époque, il y avait une règle très stricte de ne jamais s’approcher du vestiaire des joueurs. Alors, la première chose que j’ai faite quand on a acheté le club en 1998, c’est d’aller voir les vestiaires !

Êtes-vous sensible aux chants de sirène des investisseurs qui rachètent des clubs ?
Nous n’avons jamais eu cette optique-là pour le Stade Rennais. Dès le départ, le projet était de redonner de la stabilité et de l’ambition. Aujourd’hui, c’est la lune de miel : le début de saison est bon, les recrutements sont prometteurs. L’objectif est de faire belle figure en Ligue des champions. On a des dirigeants très soudés et une équipe bien en place pour jouer les premiers rôles du championnat. Nous ne visons pas la rentabilité financière, et d’ailleurs nous n’avons jamais gagné d’argent. Le club a toujours été à part : au-delà d’une passion, l’idée est de rendre à la Bretagne ce qu’elle nous a apporté. Donc on continue.

Comment votre père, François Pinault, vous a-t-il transmis les clés du groupe qu’il a fondé ?
J’ai eu la très grande chance de vivre un passage de témoin d’une simplicité absolue. En 2003, il m’a dit : "Tu as 40 ans, tu as fait un long parcours dans le groupe. À ton âge, je voudrais avoir les commandes. Donc je te les donne". Il s’est imposé depuis, avec une discipline de fer, de ne jamais interférer. La confiance est totale. C’est un super-conseiller : je lui demande de regarder de plus près certains de nos actifs qu’il connaît bien. Pour le reste, j’ai la chance de l’avoir à mes côtés pour le faire réagir à des idées.

Quelle impulsion avez-vous donnée à Kering ?
Quand je prends la tête du groupe en 2005, c’est un conglomérat avec sept métiers différents. Le risque que nous avons pris, et c’est incroyable que mon père ait accepté, c’est de nous transformer en un groupe international spécialisé sur le luxe, donc en nous concentrant sur le métier le plus petit et celui qu’on connaissait le moins ! Quinze ans après, la rentabilité du groupe a triplé et sa dette a été réduite de moitié.

Quelle est votre vision du luxe ?
Le luxe, ce n’est pas uniquement un artisanat haut de gamme et des matières d’exception. C’est un domaine créatif. Cela revient à prendre des paris car ce n’est pas une science exacte. Pour des raisons de puissance et de cohérence, nous confions à un seul esprit créatif toutes les expressions de la marque (les produits, le concept de magasin, les campagnes…). Kering a recruté des directeurs artistiques peu connus comme Alessandro Michele pour Gucci ou Demna Gvasalia pour Balenciaga… cela ne nous a pas trop mal réussi ! J’ajoute que le développement durable fait partie intégrante de cette vision. Je considère que c’est une responsabilité essentielle pour chacune de nos marques.

Comment votre épouse, l’actrice Salma Hayek, s’implique-t-elle à vos côtés ?
Salma est certes actrice et productrice de cinéma mais, peut-être plus encore, activiste. C’est elle qui m’a fait prendre conscience du problème des violences faites aux femmes et c’est pour lutter contre ce fléau que j’ai créé, en 2008, la Fondation Kering.

Kering est présent sur les cinq continents et son siège est à Paris. Pourquoi habiter à Londres ?
C’est un choix familial. S’installer à Londres était plus facile pour Salma et pour notre fille Valentina, qui a décidé que sa langue maternelle était l’anglais ! C’est la langue dans laquelle nous communiquons sa mère et moi. Je suis à Paris la moitié de la semaine. Je précise par ailleurs que je suis résident fiscal français.

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DS 0103Vos prises de parole sont rares. Pourquoi avoir accepté l’invitation à ce dialogue le 13 octobre ?
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Quelles sont vos attaches avec la Bretagne ?
C’est nos racines. C’est pour cela que PPR a été rebaptisé Kering en 2013, avec "ker" qui signifie maison en breton et le mot anglais "care" pour prendre soin de nos collaborateurs, de nos maisons et de la planète. Enfant, je passais toutes mes vacances à Loctudy, à Damgan, à La Baule. Ma mère habite à côté de Dinard et mon père y a une maison où je vais régulièrement avec lui. J’ai aussi gardé de très bons amis à Rennes.

Et professionnellement ?
À l’origine, le groupe avait des activités en Bretagne d’importation de bois. Après HEC, j’ai démarré là ma carrière, à visiter tous les points de vente. Quand le groupe est sorti de ces métiers, notre implication est devenue le Stade Rennais. J’ajoute qu’avec la pandémie, une partie de la flotte de la Compagnie du Ponant, a été rapatriée en France. Les croisières au départ de Saint-Malo ont bien marché cet été. Elles pourraient être maintenues si la demande se confirme.

Comment a commencé votre histoire avec le Stade Rennais ?
J’ai eu la chance d’habiter en face du Stade de la Route de Lorient. J’y jouais tous les mercredis après-midi, de poussin à cadet. J’ai été ramasseur de balles les soirs de match pendant dix ans. À l’époque, il y avait une règle très stricte de ne jamais s’approcher du vestiaire des joueurs. Alors, la première chose que j’ai faite quand on a acheté le club en 1998, c’est d’aller voir les vestiaires !

Êtes-vous sensible aux chants de sirène des investisseurs qui rachètent des clubs ?
Nous n’avons jamais eu cette optique-là pour le Stade Rennais. Dès le départ, le projet était de redonner de la stabilité et de l’ambition. Aujourd’hui, c’est la lune de miel : le début de saison est bon, les recrutements sont prometteurs. L’objectif est de faire belle figure en Ligue des champions. On a des dirigeants très soudés et une équipe bien en place pour jouer les premiers rôles du championnat. Nous ne visons pas la rentabilité financière, et d’ailleurs nous n’avons jamais gagné d’argent. Le club a toujours été à part : au-delà d’une passion, l’idée est de rendre à la Bretagne ce qu’elle nous a apporté. Donc on continue.

Comment votre père, François Pinault, vous a-t-il transmis les clés du groupe qu’il a fondé ?
J’ai eu la très grande chance de vivre un passage de témoin d’une simplicité absolue. En 2003, il m’a dit : "Tu as 40 ans, tu as fait un long parcours dans le groupe. À ton âge, je voudrais avoir les commandes. Donc je te les donne". Il s’est imposé depuis, avec une discipline de fer, de ne jamais interférer. La confiance est totale. C’est un super-conseiller : je lui demande de regarder de plus près certains de nos actifs qu’il connaît bien. Pour le reste, j’ai la chance de l’avoir à mes côtés pour le faire réagir à des idées.

Quelle impulsion avez-vous donnée à Kering ?
Quand je prends la tête du groupe en 2005, c’est un conglomérat avec sept métiers différents. Le risque que nous avons pris, et c’est incroyable que mon père ait accepté, c’est de nous transformer en un groupe international spécialisé sur le luxe, donc en nous concentrant sur le métier le plus petit et celui qu’on connaissait le moins ! Quinze ans après, la rentabilité du groupe a triplé et sa dette a été réduite de moitié.

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Le luxe, ce n’est pas uniquement un artisanat haut de gamme et des matières d’exception. C’est un domaine créatif. Cela revient à prendre des paris car ce n’est pas une science exacte. Pour des raisons de puissance et de cohérence, nous confions à un seul esprit créatif toutes les expressions de la marque (les produits, le concept de magasin, les campagnes…). Kering a recruté des directeurs artistiques peu connus comme Alessandro Michele pour Gucci ou Demna Gvasalia pour Balenciaga… cela ne nous a pas trop mal réussi ! J’ajoute que le développement durable fait partie intégrante de cette vision. Je considère que c’est une responsabilité essentielle pour chacune de nos marques.

Comment votre épouse, l’actrice Salma Hayek, s’implique-t-elle à vos côtés ?
Salma est certes actrice et productrice de cinéma mais, peut-être plus encore, activiste. C’est elle qui m’a fait prendre conscience du problème des violences faites aux femmes et c’est pour lutter contre ce fléau que j’ai créé, en 2008, la Fondation Kering.

Kering est présent sur les cinq continents et son siège est à Paris. Pourquoi habiter à Londres ?
C’est un choix familial. S’installer à Londres était plus facile pour Salma et pour notre fille Valentina, qui a décidé que sa langue maternelle était l’anglais ! C’est la langue dans laquelle nous communiquons sa mère et moi. Je suis à Paris la moitié de la semaine. Je précise par ailleurs que je suis résident fiscal français.

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