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Peur sur le village

Le Stade rennais a perdu son onzième match de la saison en championnat, contre Brest à domicile, et se met pour la première fois depuis très longtemps à craindre pour son maintien dans l’élite. Récit d’une soirée faite de contrastes, au sein d’une route de Lorient qui ne respire plus vraiment la joie.

Peur sur le village

Il est pas loin de 22h30, ce samedi soir, quand les derniers stands de galettes saucisses finissent de plier bagage route de Lorient. La rue qui se transforme en petit village les jours de match au Roazhon Park est calme, mais pas encore tout à fait déserte. Il reste des traînards dans les différents bars faisant face à l’enceinte bretonne, des lieux devenus des institutions quand on est un supporter du Stade rennais. Chez Marco, on ne nous cache pas que la mauvaise santé du club breton a une influence sur la fréquentation de l’établissement inévitablement lié au SRFC, en tout cas les soirs de match. Il y a encore deux ans en arrière, le trottoir devant l’enseigne était plein à craquer, même deux heures après le coup de sifflet final, et les soiffards rennais se lançaient parfois dans un clapping improvisé avec Benjamin Bourigeaud et Flavien Tait, perchés avec leurs familles dans la tribune Lorient. Une autre époque.

Ce n’est pas la température tournant autour de zéro degré qui a fait fuir les amoureux des Rouge et Noir, mais sans doute la nouvelle défaite de leurs protégés qui ne le sont pas vraiment cette saison. Un peu plus loin, au Roazhon Pub, la guinguette extérieure est moins animée que l’intérieur, où près d’une centaine de supporters désabusés se réchauffent à coups de pintes, entre un tube de Céline Dion et Dans les yeux d’Émilie de Joe Dassin. L’un d’eux avait même quitté le stade à la pause, préférant se mettre au chaud pour suivre la suite de la rencontre. C’est une troisième mi-temps comme une autre, au fond : des moments de tension, des chants de mecs bourrés et d’interminables débats sur la composition d’équipe de Jorge Sampaoli. Et ce refrain plus effrayant qu’entraînant : "On va aller en Ligue 2, tu crois ?"

Tant d’années sabotées en quelques mois…
Le prolongement d’une soirée dont le gros millier de supporters brestois n’avaient pas compris le thème : la déprime, la contestation et la colère. Dans leur parcage, les Ty Zefs ont préféré mettre de la couleur, de la vie et de la fête, contrastant avec l’atmosphère pesante régnant dans les autres tribunes. Dans la Mordelles, dont la partie basse est réservée au Roazhon Celtic Kop, les ultras rennais, la première banderole déployée à l’arrivée des joueurs à l’échauffement a donné le ton : "Vous ne valez rien, pas même notre soutien." La défaite à Troyes en Coupe de France en milieu de semaine aura été celle de trop pour le kop rennais, qui a ensuite profité des 20 premières minutes pour faire son "audit du club" (en réponse à celui commandé par le président Arnaud Pouille en novembre) dans le silence.

Six messages déroulés, plus ou moins salés : "Un club mal géré, un effectif mal pensé, des branquignols trop limités : c’est donc ça le nouveau SRFC ?", "Tant d’années sabotées en quelques mois, qui doit-on remercier pour cela ?", "On dépense des millions et on n’a toujours pas la moindre émotion", "Passer d’un club européen à une élimination contre l’ogre troyen", "Vous arrivez encore à vous regarder dans un miroir ? Car nous, on ne peut plus vous voir !", "Maintenant qu’on s’est tout dit, et peu importe votre mépris, on va chanter pour ce club à travers lequel on vit". Manque de pot : Hugo Magnetti a ouvert le score cinq minutes plus tard, stoppant net les encouragements rennais jusqu’au dernier quart d’heure où le public a parfois tenté de pousser une équipe qui aurait pu passer du 0-2 à 2-2. Seulement, Rennes a perdu, Brest a gagné, et le contraste était encore plus saisissant quand plusieurs supporters cagoulés menaçaient d’envahir la pelouse, provoquant l’intervention des CRS, pendant que les Finistériens célébraient leur succès en parfaite osmose avec leurs supporters.

En attendant l’union sacrée
Une quatrième défaite d’affilée pour les Rennais, mais surtout la onzième de la saison en championnat après dix-huit journées. Plus de 40 ans que ce n’était pas arrivé, selon les statisticiens d’Opta. À l’époque, le SRFC comptait douze revers au même stade, et avait fini relégué dans le costume de lanterne rouge, lors de l’exercice 1983-1984. Ce n’était pas tout à fait le même club. Pas du tout, même. Le Stade rennais avait donné des raisons d’être heureux à ses supporters ces dernières années, entre qualifications européennes successives et beau jeu, mais il s’est effondré bien plus vite qu’il ne s’est construit, malgré les millions alignés sur le mercato (environ 114 depuis cet été, et ce n’est a priori pas terminé). "Je suis très préoccupé, mais j’estime que l’évolution de l’équipe a été bonne dans le jeu, même si on n’avance pas au classement, glissait Sampaoli, qui n’a pas changé grand-chose et tourne à 0,86 point de moyenne par match en L1. On se bat contre des éléments adverses. […] C’est difficile de comprendre pourquoi on n’a pas gagné."

Seko Fofana, plus à l’aise une fois repositionné au milieu, est le seul joueur à s’être présenté en zone mixte. Son discours a ressemblé à celui d’un potentiel leader : "Je suis quelqu’un qui aime ce type d’épreuve, je suis persuadé qu’on va retourner les choses. Quand on est en difficulté comme ça, il faut accepter la réalité et le travail." La fin d’une semaine éprouvante à Rennes, où le président Pouille est sorti du bois en sollicitant un entretien à Ouest-France pour sonner la fin du "Club Med" et acter la création d’un loft dénoncé comme illégal par l’UNFP. C’était peut-être une semaine pour se dire les choses, comme aiment le répéter les footballeurs, avant de proclamer la fameuse union sacrée.

Il faut souvent un responsable dans ces moments de déliquescence : Bruno Genesio, Florian Maurice, Warmed Omari, Julien Stéphan, Steve Mandanda, Olivier Cloarec, Frederic Massara, et même Olivier Sorin, l’entraîneur des gardiens, tous sont passés dans la machine à responsabilités des supporters. C’est rarement la faute d’un seul homme et, ici, c’est un club tout entier qui s’est perdu en chemin, à force de ne pas prendre les décisions aux bons moments, ou de prendre les mauvaises aux mauvais moments, justement. Ce sont aussi les erreurs de la famille Pinault, toujours silencieuse et dont les deux petits-fils entrés au conseil d’administration au printemps, que l’on dit passionnés, étaient présents au Roazhon Park ce samedi soir. Ils n’ont pas connu la Ligue 2 à Rennes, comme toute une génération qui n’a pas envie d’y goûter et qui espère que la route de Lorient redeviendra très vite un village heureux.

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Peur sur le village

Il est pas loin de 22h30, ce samedi soir, quand les derniers stands de galettes saucisses finissent de plier bagage route de Lorient. La rue qui se transforme en petit village les jours de match au Roazhon Park est calme, mais pas encore tout à fait déserte. Il reste des traînards dans les différents bars faisant face à l’enceinte bretonne, des lieux devenus des institutions quand on est un supporter du Stade rennais. Chez Marco, on ne nous cache pas que la mauvaise santé du club breton a une influence sur la fréquentation de l’établissement inévitablement lié au SRFC, en tout cas les soirs de match. Il y a encore deux ans en arrière, le trottoir devant l’enseigne était plein à craquer, même deux heures après le coup de sifflet final, et les soiffards rennais se lançaient parfois dans un clapping improvisé avec Benjamin Bourigeaud et Flavien Tait, perchés avec leurs familles dans la tribune Lorient. Une autre époque.

Ce n’est pas la température tournant autour de zéro degré qui a fait fuir les amoureux des Rouge et Noir, mais sans doute la nouvelle défaite de leurs protégés qui ne le sont pas vraiment cette saison. Un peu plus loin, au Roazhon Pub, la guinguette extérieure est moins animée que l’intérieur, où près d’une centaine de supporters désabusés se réchauffent à coups de pintes, entre un tube de Céline Dion et Dans les yeux d’Émilie de Joe Dassin. L’un d’eux avait même quitté le stade à la pause, préférant se mettre au chaud pour suivre la suite de la rencontre. C’est une troisième mi-temps comme une autre, au fond : des moments de tension, des chants de mecs bourrés et d’interminables débats sur la composition d’équipe de Jorge Sampaoli. Et ce refrain plus effrayant qu’entraînant : "On va aller en Ligue 2, tu crois ?"

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Le prolongement d’une soirée dont le gros millier de supporters brestois n’avaient pas compris le thème : la déprime, la contestation et la colère. Dans leur parcage, les Ty Zefs ont préféré mettre de la couleur, de la vie et de la fête, contrastant avec l’atmosphère pesante régnant dans les autres tribunes. Dans la Mordelles, dont la partie basse est réservée au Roazhon Celtic Kop, les ultras rennais, la première banderole déployée à l’arrivée des joueurs à l’échauffement a donné le ton : "Vous ne valez rien, pas même notre soutien." La défaite à Troyes en Coupe de France en milieu de semaine aura été celle de trop pour le kop rennais, qui a ensuite profité des 20 premières minutes pour faire son "audit du club" (en réponse à celui commandé par le président Arnaud Pouille en novembre) dans le silence.

Six messages déroulés, plus ou moins salés : "Un club mal géré, un effectif mal pensé, des branquignols trop limités : c’est donc ça le nouveau SRFC ?", "Tant d’années sabotées en quelques mois, qui doit-on remercier pour cela ?", "On dépense des millions et on n’a toujours pas la moindre émotion", "Passer d’un club européen à une élimination contre l’ogre troyen", "Vous arrivez encore à vous regarder dans un miroir ? Car nous, on ne peut plus vous voir !", "Maintenant qu’on s’est tout dit, et peu importe votre mépris, on va chanter pour ce club à travers lequel on vit". Manque de pot : Hugo Magnetti a ouvert le score cinq minutes plus tard, stoppant net les encouragements rennais jusqu’au dernier quart d’heure où le public a parfois tenté de pousser une équipe qui aurait pu passer du 0-2 à 2-2. Seulement, Rennes a perdu, Brest a gagné, et le contraste était encore plus saisissant quand plusieurs supporters cagoulés menaçaient d’envahir la pelouse, provoquant l’intervention des CRS, pendant que les Finistériens célébraient leur succès en parfaite osmose avec leurs supporters.

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Seko Fofana, plus à l’aise une fois repositionné au milieu, est le seul joueur à s’être présenté en zone mixte. Son discours a ressemblé à celui d’un potentiel leader : "Je suis quelqu’un qui aime ce type d’épreuve, je suis persuadé qu’on va retourner les choses. Quand on est en difficulté comme ça, il faut accepter la réalité et le travail." La fin d’une semaine éprouvante à Rennes, où le président Pouille est sorti du bois en sollicitant un entretien à Ouest-France pour sonner la fin du "Club Med" et acter la création d’un loft dénoncé comme illégal par l’UNFP. C’était peut-être une semaine pour se dire les choses, comme aiment le répéter les footballeurs, avant de proclamer la fameuse union sacrée.

Il faut souvent un responsable dans ces moments de déliquescence : Bruno Genesio, Florian Maurice, Warmed Omari, Julien Stéphan, Steve Mandanda, Olivier Cloarec, Frederic Massara, et même Olivier Sorin, l’entraîneur des gardiens, tous sont passés dans la machine à responsabilités des supporters. C’est rarement la faute d’un seul homme et, ici, c’est un club tout entier qui s’est perdu en chemin, à force de ne pas prendre les décisions aux bons moments, ou de prendre les mauvaises aux mauvais moments, justement. Ce sont aussi les erreurs de la famille Pinault, toujours silencieuse et dont les deux petits-fils entrés au conseil d’administration au printemps, que l’on dit passionnés, étaient présents au Roazhon Park ce samedi soir. Ils n’ont pas connu la Ligue 2 à Rennes, comme toute une génération qui n’a pas envie d’y goûter et qui espère que la route de Lorient redeviendra très vite un village heureux.

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