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Personne n'aurait pu faire mieux

Vincent Labrune, le président de la Ligue de football professionnel (LFP), sous le feu des critiques depuis l'échec de la vente des droits de la Ligue 1, explique dans un entretien à "L'Équipe" avoir tout tenté dans un marché en déflation. Il défend son bilan et assure être le meilleur candidat à sa succession.
ds 2529

Spécialiste de la gestion de crise dans une vie antérieure, Vincent Labrune est servi. À l'issue de l'interminable feuilleton des droits télé qui n'a pas donné les résultats escomptés, le président de la Ligue de football professionnel (LFP) encaisse les critiques. Qu'il juge souvent injustes. Selon lui, la balance penche néanmoins toujours en sa faveur pour la prochaine élection à la présidence de la LFP, le 10 septembre. Il reste donc très offensif et n'a pas l'intention de passer la main.

L'échec de l'appel des droits TV et la crise à la LFP : "On a affronté des vents contraires d'un autre temps avec des ennemis puissants"

"Entre la fin des droits télé, la reprise de la saison et la préparation agitée de l'élection à présidence de la LFP, vous avez vécu un été sous haute tension.
Ce n'est pas qu'un été que j'ai vécu sous tension. Cela fait plus d'un an que le football français, la LFP et moi-même sommes l'objet d'attaques d'une rare violence orchestrées par un groupe d'individus avec le double objectif de saboter l'appel d'offres sur les droits audiovisuels et de faire exploser la gouvernance. On a coutume de dire : "les chiens aboient et la caravane passe". C'est tout à fait d'actualité. Il est insupportable de lire et d'entendre de telles contre-vérités, d'avoir une telle réécriture de l'histoire qui relève de la malhonnêteté, du mensonge et du complotisme pur et simple. Voilà mon état d'esprit du moment.

Du complotisme ?
Avec Arnaud Rouger (le directeur général de la LFP) et de nombreux acteurs du football, on ne partage pas l'analyse caricaturale qui est faite de notre bilan. Depuis notre arrivée, on fait face à une crise majeure sans précédent dans l'histoire du football français. Le fait générateur de cette crise a un seul nom : Mediapro, qui est la plus grande erreur stratégique dans notre histoire et dont nous payons encore aujourd'hui les conséquences. La réalité absolue est que le football français aurait pu mourir il y a trois ans. Avec la crise du Covid-19, il a été le seul grand Championnat à arrêter sa saison en mars 2020. Normalement, personne ne se remet d'une dette totale de 340 millions d'euros. Personne ne se relève non plus d'un diffuseur incapable d'honorer ses engagements et qui se place sous la protection du tribunal de commerce 15 jours après l'élection. Cela a transformé 1,3 milliard de recettes audiovisuelles budgétées par les clubs en 730 millions de revenus... Personne ne devrait se remettre, non plus, de la guerre atomique que l'épisode Mediapro a provoquée, en coulisses, avec l'acteur dominant (Canal+).

Le résultat des droits télé (500 millions d'euros de droits domestiques en L1, 150 millions de droits internationaux et 40 millions en L2 (*)) est loin de l'objectif initial...
Je vous confirme qu'il est décevant et éloigné de notre objectif, qui n'était pas celui de notre communication (autour du milliard d'euros). Mais il est là et bien réel. Quand le clan des acheteurs (les médias) vous explique que vos droits, ça vaut zéro, celui des vendeurs (la LFP), dans le cadre d'une stratégie de négociation, dit plutôt que cela vaut environ un milliard... Si quelqu'un veut vendre son appartement 100 000 euros, il dit plutôt qu'il vaut 120 000 que 80 000... C'était une stratégie de communication pragmatique que j'assume. On a affronté des vents contraires d'un autre temps avec des ennemis puissants.

(*) Selon le guide de répartition provisoire envoyé aux clubs en début de saison, le montant des droits télé internationaux n'atteint pour le moment que 57,8M€. Et le montant total (droits domestiques + droits internationaux + droits L2) est annoncé pour cette saison à 501, 3M€.

Qui étaient ces ennemis ?
L'épisode Mediapro a déclenché une rancoeur très forte de Canal+ contre la LFP et les clubs dont on paye encore aujourd'hui les conséquences. Le groupe Canal+ n'a pas participé à l'appel d'offres et n'a rien fait non plus pour que cela se passe bien... Sur les droits télé, c'est le marché qui dicte sa loi. On a été en contact avec tous les plus grands acteurs internationaux. Aucun n'a souhaité investir dans notre Ligue. Personne n'aurait pu pousser le marché jusqu'aux limites comme nous l'avons fait avec la venue de beIN Sports qui s'est faite, notamment, en raison des relations de confiance fortes entre ses dirigeants et ceux de la LFP. Ceux qui prétendent qu'ils auraient pu faire mieux sont soit des affabulateurs soit des diseurs de bonne aventure. Personne n'aurait pu faire mieux. Tous les droits sportifs baissent en Europe.

BeIN Sports a finalement acquis un match pour 100 millions d'euros annuels. Faut-il s'en féliciter ou regretter que le diffuseur franco-qatarien n'ait pas consenti un investissement plus important ?
Jamais beIN Sports n'avait imaginé investir de façon aussi importante dans le football français. Quand on a compris que l'on aurait de grandes difficultés à avoir un partenaire unique, qui était notre objectif, on a tout fait pour convaincre beIN Sports. Aujourd'hui, même si on a pu espérer qu'ils fassent plus, ils auraient pu ne rien faire. BeIN va verser un montant non négligeable supérieur à 200 millions d'euros par an si l'on agrège la L1, la L2 et les droits internationaux. Sans beIN Sports, le résultat obtenu aurait été bien pire.

Vous souhaitiez un seul diffuseur afin que les matches ne soient pas éparpillés et les fans obligés de souscrire plusieurs abonnements. C'est raté.
C'est un regret, mais le marché a parlé. On a tout fait pour avoir un seul diffuseur. On a fait 11 mois de gré à gré et personne n'a eu la capacité ou la volonté d'enchérir pour la totalité de nos matches. Les seuls qui l'ont fait, c'est DAZN en novembre, mais pour nous dire en mars que les montants qu'ils nous proposaient n'étaient plus possibles.

Le succès de DAZN semble incertain au vu, notamment, des tarifs élevés qui sont pratiqués...
Je ne suis pas le patron de DAZN. Je ne fixe pas leurs tarifs. Le football est un produit premium qui a un coût. Mais cette offre est moins chère que celle pratiquée par nos voisins, à part l'Italie. J'ai bien conscience de cette difficulté. Mais pour pouvoir baisser les prix, il faut laisser le temps à un nouvel acteur de s'installer dans la durée.

Vous avez affronté une crise trois semaines après votre élection, en septembre 2020, avec la défaillance de Mediapro, un contrat signé par vos prédécesseurs. Vous avez pris des garanties supérieures auprès de DAZN ?
Bien évidemment. Si on avait eu les mêmes garanties avec Mediapro, on aurait touché les 850 millions qui nous étaient dus la première année. Les garanties de DAZN sont solides. Au départ, on n'a pas considéré leur offre car nous n'avions pas les garanties de l'actionnaire que nous souhaitions. Début juillet, avec quelques présidents de club, nous avons passé une semaine à Londres et on a obtenu auprès de Len Blavatnik (le milliardaire propriétaire de DAZN) des garanties au niveau de sa holding. Ce qui est une première et qui a changé du jour au lendemain notre approche vis-à-vis de DAZN. Désormais, les priorités absolues de la LFP et de nos clubs doivent être la lutte contre le piratage et le succès de notre projet commun avec DAZN. Nous avons la chance d'avoir pour la première fois un partenaire digital qui doit nous permettre d'accélérer le changement de notre modèle.

Avez-vous tout fait pour renouer le dialogue avec Canal+ ?
On ne pouvait pas faire plus. Les dirigeants de beIN Sports, partenaires de Canal+, sont intervenus. J'ai moi-même essayé de contacter à plusieurs reprises Maxime Saada (le président de Canal+). On a même eu un rendez-vous qui a été annulé à la dernière minute. Les dirigeants de CVC (le fonds qui a investi 1,5 milliard dans le football français) ont également tout fait pour renouer le dialogue. Mais à aucun moment, Canal+ n'a souhaité participer à cet appel d'offres comme je l'avais d'ailleurs prévu dès le départ. Je le regrette.

Comment régler le différend entre beIN Sports et les supporters de Ligue 2 au sujet de la programmation des matches ?
BeIN Sports a souhaité modifier la programmation de la L2 en dernière minute. Cela s'est fait le jour de la validation du contrat L1. Je comprends la colère d'un certain nombre de fans de L2 qui s'étaient organisés différemment. Après, le vendredi soir, à l'exception du dernier cycle, a toujours été la case historique de la L2. Il faut aussi savoir ce que l'on veut. On a fait un exploit pour ramener 40 millions par an pour la L2, alors qu'il n'y avait pas d'autre acquéreur que beIN Sports. BeIN a envoyé un message fort de soutien financier à la L2. Heureusement que l'on écoute la volonté des partenaires... Et je regrette certains dérapages (le week-end dernier contre des car-régies). J'ai entamé des négociations constructives avec les dirigeants de beIN. Ils sont ouverts à tout. Mais, contrairement à une idée reçue, un certain nombre de clubs de L2 apprécient la case du vendredi soir, favorable pour leurs sponsors.

Son avenir et l'élection à la présidence de la LFP : "Ce n'est pas un nouveau mandat, mais la suite du précédent"

On vous a aussi reproché l'accord avec CVC, qui a apporté 1,5 milliard d'euros au football français, car le fonds récupère 13 % à vie des recettes commerciales de la LFP.
Cette critique n'a aucun sens. On a valorisé la LFP et sa société commerciale à plus de 11 milliards d'euros en pleine crise majeure. On a un partenaire qui a fait un geste exceptionnel permettant de sauver l'économie de nos clubs. On vient nous expliquer, notamment un des candidats à la présidence (Christophe Bouchet) que c'était le casse du siècle. Malheureusement, au vu des résultats de l'appel d'offres, j'ai plutôt l'impression que c'est le contraire...

Pourquoi souhaitez-vous un nouveau mandat à la tête de la Ligue, si ce n'est par intérêt personnel ?
Avec Arnaud Rouger, on souhaite poursuivre notre action pour finaliser notre plan de réformes. Malheureusement, quatre ans n'ont pas été suffisants pour régler l'ensemble des crises que l'on a dû affronter. Pour nous, ce n'est pas un nouveau mandat, mais la suite du précédent. Et j'estime que nos réussites ne sont pas valorisées...

Lesquelles ?
Malgré une crise majeure, on a pris le taureau par les cornes avec un double objectif : assurer la survie et refondre notre modèle. On a passé la L1 et la L2 à 18 clubs pour alléger le calendrier, on a renforcé nos relations avec l'État, modernisé la gouvernance, amélioré la sécurité dans nos stades, qui porte ses fruits avec des incidents en baisse, on a créé une filiale commerciale, amené 1,5 milliard, on a une Ligue modèle en Europe dans la lutte contre le racisme et l'homophobie... Personne n'en parle. Cela a permis de maintenir la performance des clubs français sur la scène européenne, d'avoir cette année pour la première fois quatre places en Ligue des champions, alors qu'il y a deux ans on était un patient dans le coma. On a amené McDonald's (comme sponsor), on a battu nos records d'affluence (14 % de plus). On ne peut pas réduire le travail d'une Ligue à l'analyse des droits média. Diriger une ligue européenne n'est pas donné à tout le monde. Il ne faut pas jouer au pompier pyromane en vendant un mirage.

L'élection est-elle réellement ouverte ?
Bien sûr ! Certains réclament un report. J'en entends d'autres vouloir modifier des règles de parrainage qui seraient soudain devenues injustes. Comme je l'ai expliqué vendredi au comex de la FFF, qui nous soutient totalement, la Ligue est une institution libre, garante des intérêts des clubs. Les règles, je ne les ai pas inventées, ni faites à mon image. On ne se soumettra à aucun de ceux qui font pression pour qu'elles soient bafouées à l'aune de leurs intérêts personnels.

Est-ce que Cyril Linette ou Christophe Bouchet, qui visent la présidence, vont pouvoir concourir ?
C'est à eux de convaincre les parrains, le syndicat des clubs et les "familles" (joueurs, entraîneurs,...). Mais ce qui compte, ce n'est pas d'être candidat, mais d'avoir le bon profil. Présider la Ligue, ce n'est pas l'école des fans. Ce n'est pas : "Tiens je ne sais pas quoi faire, donc je vais être président de la Ligue".

Pensez-vous bénéficier d'un large soutien pour un second mandat ?
Je pense que les dirigeants du football français ont de la mémoire... On a perdu une bataille importante sur les droits domestiques, mais on en a gagné d'autres. Avec Arnaud et les équipes, on est fiers de notre bilan. Et on pense que l'on est les plus à mêmes de gérer le football professionnel français dans toute sa complexité."

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Vincent Labrune, le président de la Ligue de football professionnel (LFP), sous le feu des critiques depuis l'échec de la vente des droits de la Ligue 1, explique dans un entretien à "L'Équipe" avoir tout tenté dans un marché en déflation. Il défend son bilan et assure être le meilleur candidat à sa succession.
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Spécialiste de la gestion de crise dans une vie antérieure, Vincent Labrune est servi. À l'issue de l'interminable feuilleton des droits télé qui n'a pas donné les résultats escomptés, le président de la Ligue de football professionnel (LFP) encaisse les critiques. Qu'il juge souvent injustes. Selon lui, la balance penche néanmoins toujours en sa faveur pour la prochaine élection à la présidence de la LFP, le 10 septembre. Il reste donc très offensif et n'a pas l'intention de passer la main.

L'échec de l'appel des droits TV et la crise à la LFP : "On a affronté des vents contraires d'un autre temps avec des ennemis puissants"

"Entre la fin des droits télé, la reprise de la saison et la préparation agitée de l'élection à présidence de la LFP, vous avez vécu un été sous haute tension.
Ce n'est pas qu'un été que j'ai vécu sous tension. Cela fait plus d'un an que le football français, la LFP et moi-même sommes l'objet d'attaques d'une rare violence orchestrées par un groupe d'individus avec le double objectif de saboter l'appel d'offres sur les droits audiovisuels et de faire exploser la gouvernance. On a coutume de dire : "les chiens aboient et la caravane passe". C'est tout à fait d'actualité. Il est insupportable de lire et d'entendre de telles contre-vérités, d'avoir une telle réécriture de l'histoire qui relève de la malhonnêteté, du mensonge et du complotisme pur et simple. Voilà mon état d'esprit du moment.

Du complotisme ?
Avec Arnaud Rouger (le directeur général de la LFP) et de nombreux acteurs du football, on ne partage pas l'analyse caricaturale qui est faite de notre bilan. Depuis notre arrivée, on fait face à une crise majeure sans précédent dans l'histoire du football français. Le fait générateur de cette crise a un seul nom : Mediapro, qui est la plus grande erreur stratégique dans notre histoire et dont nous payons encore aujourd'hui les conséquences. La réalité absolue est que le football français aurait pu mourir il y a trois ans. Avec la crise du Covid-19, il a été le seul grand Championnat à arrêter sa saison en mars 2020. Normalement, personne ne se remet d'une dette totale de 340 millions d'euros. Personne ne se relève non plus d'un diffuseur incapable d'honorer ses engagements et qui se place sous la protection du tribunal de commerce 15 jours après l'élection. Cela a transformé 1,3 milliard de recettes audiovisuelles budgétées par les clubs en 730 millions de revenus... Personne ne devrait se remettre, non plus, de la guerre atomique que l'épisode Mediapro a provoquée, en coulisses, avec l'acteur dominant (Canal+).

Le résultat des droits télé (500 millions d'euros de droits domestiques en L1, 150 millions de droits internationaux et 40 millions en L2 (*)) est loin de l'objectif initial...
Je vous confirme qu'il est décevant et éloigné de notre objectif, qui n'était pas celui de notre communication (autour du milliard d'euros). Mais il est là et bien réel. Quand le clan des acheteurs (les médias) vous explique que vos droits, ça vaut zéro, celui des vendeurs (la LFP), dans le cadre d'une stratégie de négociation, dit plutôt que cela vaut environ un milliard... Si quelqu'un veut vendre son appartement 100 000 euros, il dit plutôt qu'il vaut 120 000 que 80 000... C'était une stratégie de communication pragmatique que j'assume. On a affronté des vents contraires d'un autre temps avec des ennemis puissants.

(*) Selon le guide de répartition provisoire envoyé aux clubs en début de saison, le montant des droits télé internationaux n'atteint pour le moment que 57,8M€. Et le montant total (droits domestiques + droits internationaux + droits L2) est annoncé pour cette saison à 501, 3M€.

Qui étaient ces ennemis ?
L'épisode Mediapro a déclenché une rancoeur très forte de Canal+ contre la LFP et les clubs dont on paye encore aujourd'hui les conséquences. Le groupe Canal+ n'a pas participé à l'appel d'offres et n'a rien fait non plus pour que cela se passe bien... Sur les droits télé, c'est le marché qui dicte sa loi. On a été en contact avec tous les plus grands acteurs internationaux. Aucun n'a souhaité investir dans notre Ligue. Personne n'aurait pu pousser le marché jusqu'aux limites comme nous l'avons fait avec la venue de beIN Sports qui s'est faite, notamment, en raison des relations de confiance fortes entre ses dirigeants et ceux de la LFP. Ceux qui prétendent qu'ils auraient pu faire mieux sont soit des affabulateurs soit des diseurs de bonne aventure. Personne n'aurait pu faire mieux. Tous les droits sportifs baissent en Europe.

BeIN Sports a finalement acquis un match pour 100 millions d'euros annuels. Faut-il s'en féliciter ou regretter que le diffuseur franco-qatarien n'ait pas consenti un investissement plus important ?
Jamais beIN Sports n'avait imaginé investir de façon aussi importante dans le football français. Quand on a compris que l'on aurait de grandes difficultés à avoir un partenaire unique, qui était notre objectif, on a tout fait pour convaincre beIN Sports. Aujourd'hui, même si on a pu espérer qu'ils fassent plus, ils auraient pu ne rien faire. BeIN va verser un montant non négligeable supérieur à 200 millions d'euros par an si l'on agrège la L1, la L2 et les droits internationaux. Sans beIN Sports, le résultat obtenu aurait été bien pire.

Vous souhaitiez un seul diffuseur afin que les matches ne soient pas éparpillés et les fans obligés de souscrire plusieurs abonnements. C'est raté.
C'est un regret, mais le marché a parlé. On a tout fait pour avoir un seul diffuseur. On a fait 11 mois de gré à gré et personne n'a eu la capacité ou la volonté d'enchérir pour la totalité de nos matches. Les seuls qui l'ont fait, c'est DAZN en novembre, mais pour nous dire en mars que les montants qu'ils nous proposaient n'étaient plus possibles.

Le succès de DAZN semble incertain au vu, notamment, des tarifs élevés qui sont pratiqués...
Je ne suis pas le patron de DAZN. Je ne fixe pas leurs tarifs. Le football est un produit premium qui a un coût. Mais cette offre est moins chère que celle pratiquée par nos voisins, à part l'Italie. J'ai bien conscience de cette difficulté. Mais pour pouvoir baisser les prix, il faut laisser le temps à un nouvel acteur de s'installer dans la durée.

Vous avez affronté une crise trois semaines après votre élection, en septembre 2020, avec la défaillance de Mediapro, un contrat signé par vos prédécesseurs. Vous avez pris des garanties supérieures auprès de DAZN ?
Bien évidemment. Si on avait eu les mêmes garanties avec Mediapro, on aurait touché les 850 millions qui nous étaient dus la première année. Les garanties de DAZN sont solides. Au départ, on n'a pas considéré leur offre car nous n'avions pas les garanties de l'actionnaire que nous souhaitions. Début juillet, avec quelques présidents de club, nous avons passé une semaine à Londres et on a obtenu auprès de Len Blavatnik (le milliardaire propriétaire de DAZN) des garanties au niveau de sa holding. Ce qui est une première et qui a changé du jour au lendemain notre approche vis-à-vis de DAZN. Désormais, les priorités absolues de la LFP et de nos clubs doivent être la lutte contre le piratage et le succès de notre projet commun avec DAZN. Nous avons la chance d'avoir pour la première fois un partenaire digital qui doit nous permettre d'accélérer le changement de notre modèle.

Avez-vous tout fait pour renouer le dialogue avec Canal+ ?
On ne pouvait pas faire plus. Les dirigeants de beIN Sports, partenaires de Canal+, sont intervenus. J'ai moi-même essayé de contacter à plusieurs reprises Maxime Saada (le président de Canal+). On a même eu un rendez-vous qui a été annulé à la dernière minute. Les dirigeants de CVC (le fonds qui a investi 1,5 milliard dans le football français) ont également tout fait pour renouer le dialogue. Mais à aucun moment, Canal+ n'a souhaité participer à cet appel d'offres comme je l'avais d'ailleurs prévu dès le départ. Je le regrette.

Comment régler le différend entre beIN Sports et les supporters de Ligue 2 au sujet de la programmation des matches ?
BeIN Sports a souhaité modifier la programmation de la L2 en dernière minute. Cela s'est fait le jour de la validation du contrat L1. Je comprends la colère d'un certain nombre de fans de L2 qui s'étaient organisés différemment. Après, le vendredi soir, à l'exception du dernier cycle, a toujours été la case historique de la L2. Il faut aussi savoir ce que l'on veut. On a fait un exploit pour ramener 40 millions par an pour la L2, alors qu'il n'y avait pas d'autre acquéreur que beIN Sports. BeIN a envoyé un message fort de soutien financier à la L2. Heureusement que l'on écoute la volonté des partenaires... Et je regrette certains dérapages (le week-end dernier contre des car-régies). J'ai entamé des négociations constructives avec les dirigeants de beIN. Ils sont ouverts à tout. Mais, contrairement à une idée reçue, un certain nombre de clubs de L2 apprécient la case du vendredi soir, favorable pour leurs sponsors.

Son avenir et l'élection à la présidence de la LFP : "Ce n'est pas un nouveau mandat, mais la suite du précédent"

On vous a aussi reproché l'accord avec CVC, qui a apporté 1,5 milliard d'euros au football français, car le fonds récupère 13 % à vie des recettes commerciales de la LFP.
Cette critique n'a aucun sens. On a valorisé la LFP et sa société commerciale à plus de 11 milliards d'euros en pleine crise majeure. On a un partenaire qui a fait un geste exceptionnel permettant de sauver l'économie de nos clubs. On vient nous expliquer, notamment un des candidats à la présidence (Christophe Bouchet) que c'était le casse du siècle. Malheureusement, au vu des résultats de l'appel d'offres, j'ai plutôt l'impression que c'est le contraire...

Pourquoi souhaitez-vous un nouveau mandat à la tête de la Ligue, si ce n'est par intérêt personnel ?
Avec Arnaud Rouger, on souhaite poursuivre notre action pour finaliser notre plan de réformes. Malheureusement, quatre ans n'ont pas été suffisants pour régler l'ensemble des crises que l'on a dû affronter. Pour nous, ce n'est pas un nouveau mandat, mais la suite du précédent. Et j'estime que nos réussites ne sont pas valorisées...

Lesquelles ?
Malgré une crise majeure, on a pris le taureau par les cornes avec un double objectif : assurer la survie et refondre notre modèle. On a passé la L1 et la L2 à 18 clubs pour alléger le calendrier, on a renforcé nos relations avec l'État, modernisé la gouvernance, amélioré la sécurité dans nos stades, qui porte ses fruits avec des incidents en baisse, on a créé une filiale commerciale, amené 1,5 milliard, on a une Ligue modèle en Europe dans la lutte contre le racisme et l'homophobie... Personne n'en parle. Cela a permis de maintenir la performance des clubs français sur la scène européenne, d'avoir cette année pour la première fois quatre places en Ligue des champions, alors qu'il y a deux ans on était un patient dans le coma. On a amené McDonald's (comme sponsor), on a battu nos records d'affluence (14 % de plus). On ne peut pas réduire le travail d'une Ligue à l'analyse des droits média. Diriger une ligue européenne n'est pas donné à tout le monde. Il ne faut pas jouer au pompier pyromane en vendant un mirage.

L'élection est-elle réellement ouverte ?
Bien sûr ! Certains réclament un report. J'en entends d'autres vouloir modifier des règles de parrainage qui seraient soudain devenues injustes. Comme je l'ai expliqué vendredi au comex de la FFF, qui nous soutient totalement, la Ligue est une institution libre, garante des intérêts des clubs. Les règles, je ne les ai pas inventées, ni faites à mon image. On ne se soumettra à aucun de ceux qui font pression pour qu'elles soient bafouées à l'aune de leurs intérêts personnels.

Est-ce que Cyril Linette ou Christophe Bouchet, qui visent la présidence, vont pouvoir concourir ?
C'est à eux de convaincre les parrains, le syndicat des clubs et les "familles" (joueurs, entraîneurs,...). Mais ce qui compte, ce n'est pas d'être candidat, mais d'avoir le bon profil. Présider la Ligue, ce n'est pas l'école des fans. Ce n'est pas : "Tiens je ne sais pas quoi faire, donc je vais être président de la Ligue".

Pensez-vous bénéficier d'un large soutien pour un second mandat ?
Je pense que les dirigeants du football français ont de la mémoire... On a perdu une bataille importante sur les droits domestiques, mais on en a gagné d'autres. Avec Arnaud et les équipes, on est fiers de notre bilan. Et on pense que l'on est les plus à mêmes de gérer le football professionnel français dans toute sa complexité."

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