Le foot français est en deuil ce lundi 12 janvier, après avoir appris le décès de Rolland Courbis, coach emblématique pendant près de 40 ans. Le Stade Rennais a fait partie des innombrables clubs où cette figure truculente est passée, entre janvier et mai 2016. Une période agitée, parfois lunaire, marquée notamment par l’éclosion comme titulaire d’un certain Ousmane Dembélé. René Ruello, le président de l’époque, se souvient…
Ce fut une courte mais sacrée période, à l’image finalement de ce personnage très haut en couleur. Rolland Courbis, qui s’est éteint ce lundi 12 janvier à l’âge de 72 ans, a marqué le foot français, et un peu aussi le Stade Rennais. C’était un vrai personnage, avec des qualités et des défauts, sa part d’ombre et de lumière, des détracteurs. Mais c’était surtout un homme de cœur avec une grande sensibilité, qui pouvait parfois être submergé par ses émotions, raconte René Ruello, trois fois président du SRFC (1990-1998, 2000-2022, 2014-2017), qui l’avait appelé à Rennes il y a dix ans. On prenait aussi un grand plaisir à parler foot avec Rolland, avec lui la passion pouvait prendre le dessus sur tout le reste. Il a eu un peu la vie d’un héros de roman, avec tout ce que cela peut comporter !
Le club rouge et noir a fait partie des innombrables clubs où "coach Courbis" est passé. Cela aura duré cinq mois exactement, entre janvier et mai 2016. Mais les supporters et les suiveurs des Rouge et Noir n’ont pas oublié.
La scène de la gare dans les mémoires
Tout le monde se souvient notamment de la manière dont il avait débarqué au SRFC, d’abord en tant que "conseiller du président" René Ruello, avec Philippe Montanier (le coach qu’il allait remplacer huit jours plus tard) venant le chercher à la gare de Rennes aux côtés de Mikaël Silvestre, alors chargé de mission auprès de Ruello.
Une scène lunaire. Au départ, il était prévu qu’ils fonctionnent ensemble avec Philippe, Rolland n’était pas venu pour entraîner mais pour compléter le staff, assure René Ruello. C’est Philippe qui était rapidement venu me voir pour me dire que ça ne pouvait pas fonctionner avec Rolland, un peu sous influence de son adjoint je pense. Et après une défaite en Coupe de France contre Bourg (le 19 janvier), le groupe avait vraiment lâché Philippe, donc j’avais nommé Rolland à sa place.
Intronisé le 20 janvier 2016, Courbis restera notamment comme celui qui avait installé dans l’équipe Ousmane Dembélé, le propulsant comme révélation de la saison en Ligue 1, le plus souvent dans une position de numéro 10.
Dembélé révélé, mais une fin en eau de boudin
Avec le premier grand coup d’éclat du Ballon d’Or 2015 en mars 2016 : un triplé contre Nantes dans le derby (4-1) au Roazhon Park. Cela n’avait pas été une période simple à gérer, car Ousmane ne voulait plus jouer, mais on avait fini par raccrocher les bidons avec Moussa Sissoko (l’agent de Dembélé) pour le réintégrer, raconte René Ruello. Philippe Montanier avait aussi exigé des excuses d’Ousmane face au vestiaire… À cette époque, je me souviens qu’il avait fallu aussi gérer certains problèmes avec Kamil Grosicki, qui lui aussi avait été relancé.
Courbis à Rennes, sur le plan sportif, ce fut 5 victoires en 7 matches pour démarrer, dont une mémorable face à l’OM (5-2), et une place de 4e au terme de la 32e journée, après un succès face à Reims. Rolland m’avait notamment marqué par des causeries d’avant-match, il était capable d’enflammer le vestiaire par son verbe, jusqu’à parfois même le faire rire aux éclats, sourit Ruello. Si cela suffisait pour gagner les matches, il aurait été champion du monde !
Cette saison-là, les ennuis avaient fini par rattraper le Stade Rennais, plombé par 5 défaites et un nul lors des six dernières journées, pour finir 8e, hors des places européennes. Guingamp (défaite 3-0 le 17 avril) avait été le match bascule. Je me souviens que ce jour-là, Rolland était fou furieux contre Ousmane. Il me disait que le gamin se protégeait en prévision de son transfert, et il était devenu l’ombre de lui-même. Pour lui, il nous avait plombé la fin de saison !
Rennes était 6e à l’arrivée de Courbis, et le mandat du coach allait s’arrêter en mai 2016, Christian Gourcuff étant promu à sa place pour la saison 2016-2017. C’était prévu comme ça bien avant pour l’arrivée de Gourcuff, et Rolland savait qu’il ne faisait qu’une transition.





