Généralisée cette saison, la sonorisation des arbitres se réduit à un gadget qui n'apporte aucune explication, et qui peut avoir des effets négatifs en les exposant toujours davantage.

Il n'est jamais trop tard pour s'apercevoir qu'une prétendue innovation est mauvaise, et il n'est pas trop tôt non plus pour penser déjà que la sonorisation des arbitres a tout de la fausse bonne idée. Les intentions étaient pourtant belles à l'orée de cette saison : grâce à l'arrivée des micros, dont les bonnes ondes allaient être diffusées dans les tribunes et à la télévision, la transparence allait révolutionner la vision de l'arbitrage et les décisions les plus opaques allaient être éclaircies dans un souffle irrésistible de modernité, celle qui enchante depuis longtemps le rugby, un sport dont il faut toujours s'inspirer même s'il n'a rien à voir avec le foot.
Prenons exemple sur une discipline qui passionne dix pays pour rendre plus populaire un jeu planétaire, et mettons encore plus en lumière les arbitres, alors qu'il nous a toujours semblé que les bons étaient ceux qu'on ne voyait pas. Cet adage est dépassé en 2026 puisqu'on ne peut plus les rater, au centre de tous les dispositifs, même quand ils n'ont rien demandé.
L'illusion pédagogique au service de la théâtralisation de l'arbitrage
Samedi à Lens, M. Vernice a ainsi dû examiner trois longues minutes une faute de main qui n'en était pas une, et que personne n'avait remarquée. Seul le VAR avait vu quelque chose, disséqué une petite éternité, dans le silence, et c'est là qu'on a du mal à suivre. M. Vernice a un micro mais on ne l'entend pas parler avec ses collègues dans la cabine du VAR, et on ne sait donc rien de leurs arguments. On entend seulement la fin, quand la décision tombe. « Après visionnage, annonce M. Vernice d'une voix bientôt recouverte par les sifflets, pas de main sanctionnable du numéro 42. »
« Pas de penalty », poursuit-il sur un ton toujours solennel, et c'est tout. Ce n'est pas une explication, c'est un pas de plus vers une théâtralisation qui se veut spectaculaire mais qui est simplement inutile. Tout ce qu'on a compris, c'est que la pédagogie était une illusion puisque l'arbitre nous a dit ce qu'il nous signifiait avant d'un geste de la main, assez clair pour qu'on n'ait pas besoin des sous-titres.
Depuis août, le même manège se répète et personne n'a appris pourquoi une faute était sifflée ou pas. Attention, on ne demande surtout pas aux arbitres de prendre deux minutes pour se lancer dans des plaidoyers qui transformeraient toujours plus les matches en assises de l'arbitrage. On aimerait seulement qu'ils reviennent à leur place, acteurs indispensables du jeu, mais secondaires, ce qui les aiderait beaucoup mieux à esquiver les critiques injustes dont ils sont trop souvent l'objet.



