Plutôt fluet à la base, le prolifique buteur rennais, qui se déplace à Angers ce dimanche (17 h 15), s'est étoffé physiquement en suivant un programme de renforcement particulier depuis son arrivée dans le club breton.

"On a presque vu ses triceps sortir de la télé, il est tanqué", s'amuse Marc Laurent, ex-défenseur et coéquipier d'Estéban Lepaul à Épinal (2020-2021, N2 ; 2023-décembre 2024, N). Le buteur rennais (26 ans) a enlevé le haut pour célébrer le troisième but rennais le 30 août contre Le Mans (3-2), ce qui lui a valu un carton jaune. De quoi constater aussi qu'il n'est plus le frêle attaquant qu'il était à Lyon durant sa formation, et même avant Rennes où il est arrivé l'été dernier.
Depuis un an, il s'est nettement étoffé sur le haut et le bas du corps (cuisses, mollets), suivant un programme de renforcement adapté par la cellule performance chapeautée par Laurent Bessière. Avec passage en salle de muscu avant et après les séances terrain. S'il a ajouté à son instinct dans la finition et à sa qualité de déplacement des progrès sur l'aspect technique, dans les connexions et dos au jeu, il lui fallait aussi ce gain pas si marginal sur l'aspect physique, sujet à quelques réserves par le passé dans les divisions inférieures et même à Angers après la montée en L1 (2024), quand il avait peu joué sur la première partie de saison.
"Les duels, ce n'était pas sa qualité première"
Fabien Tissot, ancien entraîneur d'Épinal
"J'ai en tête sa période à Orléans et Épinal où je m'étais posé la question de le faire venir ou pas à Strasbourg, relève le directeur sportif rennais Loïc Désiré, auparavant au Racing. C'était dur à l'époque de se projeter sur un profil comme le sien dès lors que morphologiquement, il lui en manquait dans les duels. Peut-être qu'on s'attache un peu trop à ça, qu'on devrait, dans le foot français, avoir une vision un peu différente des profils. Mais il a beaucoup évolué sur ce plan, notamment depuis un an."
"Il était frêle lors de son premier passage à Épinal, quand il sortait de Lyon (à 20 ans), mais il ne se faisait pas bouger pour autant car il avait la hargne, remarque Marc Laurent. Après, il avait déjà un peu changé à son deuxième passage, après Orléans (2021-2023, N), et il a performé dans un Championnat physique. De toute façon, il était déterminé dans tout. Mais là, ça s'est décuplé."
Avec Concarneau, le défenseur Guillaume Jannez l'a pratiqué en National contre Orléans et en L2 contre Angers : "C'est vrai qu'il n'était pas spécialement impressionnant dans sa dimension athlétique à Orléans (qui ne l'avait pas conservé), mais ça jouait en transition et seul en pointe, ça ne l'avantageait pas. Par contre, sur un match contre le SCO (2-4, le 30 mars 2024), il avait tout changé. Souvent, comme défenseur, on essaie de vite mettre le contact mais il était entre les lignes et je crois qu'on n'avait jamais réussi à l'attraper. Et il s'est adapté à la L1 en devenant plus complet."
Ex-coach d'Épinal aujourd'hui à Jura Dolois football (N2), Fabien Tissot reconnaît qu'il "fallait sans doute qu'il prenne de la masse (poids estimé entre 75 et 80 kg). Mais les duels, ce n'était pas sa qualité première, c'était son sens de l'anticipation, sa capacité à se déplacer dans des zones libres, et son côté renard des surfaces prenait le dessus".
"Comme attaquant de pointe, à un moment, tu te fais charger derrière, tu prends des coups, tu dois résister"
Loïc Désiré, directeur sportif de Rennes
"On n'est pas là pour le changer, poursuit Désiré. Il a plutôt tendance à fuir les duels, décroche et se déplace pour piquer devant les défenseurs ou derrière, il a cet instinct de buteur qu'on ne voit plus trop dans le foot. Maintenant, pour franchir un cap, il fallait un petit changement quand même dans ce qu'il peut proposer dans la résistance au duel, car comme attaquant de pointe, à un moment, tu te fais charger derrière, tu prends des coups, tu dois résister. Et puis Estéban était très demandeur, il savait que c'était nécessaire pour arriver à un plus haut niveau. Ça s'accorde aussi avec ce qui est mis en place sur la diététique, l'attention qu'il porte à ce qu'il mange matin, midi et soir."
Mieux taillé pour l'aventure, Lepaul revient ce dimanche (17 h 15) sur le terrain d'Angers, qui l'avait chipé à Épinal quand Metz et Utrecht (HOL) y pensaient aussi, en janvier 2024. Avec forcément le désir de prolonger sa condition de serial buteur (sur les sept derniers matches de L1).



