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On m'a dit que j'étais footballeur

Pascal Rousseau, l'un des meilleurs gardiens français de la fin des années 1980 (Matra Racing, Laval, OM, Rennes...) est devenu amnésique en mars 2019. Depuis, il a réappris sa vie.
On m'a dit que j'étais footballeur

La gouaille de titi parisien, désormais mâtinée d'accent suisse, est toujours là. L'esprit vif et la malice aussi. La dernière fois, c'était il y a trente ans (1994) au Stade de la Route de Lorient et Pascal Rousseau, gardien du Stade Rennais était l'un des artisans de la montée en D1 comme huit ans avant avec le Racing. Entre-temps, il avait été sacré meilleur gardien de Division 1 en 1988 avec Laval et champion de France 1990 le temps d'une pige avec l'OM de Bernard Tapie.

En plus de vingt ans de carrière, cette grande gueule avait connu aussi une sale blessure à un genou, des mises à l'écart et le chômage. Mais le 10 mars 2019, tout s'est effacé : « J'étais en train de discuter avec mon ex-femme. Quand elle a quitté la pièce, j'ai dû me lever au moment où mon cerveau a tiré la prise. Je suis tombé. Je me suis réveillé à l'hôpital. Je ne savais pas mon nom. Une infirmière est entrée : ''Salut La Rousse ! T'es enfin réveillé ?'' ''Je ne vous connais pas...'' C'était une copine de vingt ans... J'ai perdu toute ma mémoire. Toute ma vie effacée. »

Son parcours :

* Paris FC (1979-1982)
* Valenciennes (1982-1984)
* RC Paris (1984-1986)
* Lille (1986-1987)
* Laval (1987-1990)
* OM (1990)
* Reims (1990-1991)
* Rennes (1991-1995)
* Créteil (1995-1996)
* Erevan (Arm. 1997)
* Carouge (Sui. 1998-2000)
* Yverdon (2000-2001)

Ce jour-là, l'ancien joueur est devenu amnésique dissociatif rétrograde. « C'est une amnésie fonctionnelle, c'est-à-dire complètement psychologique, précise sa psychothérapeute en Suisse où il a terminé sa carrière. À un moment donné, l'organisme met en place un blocage dans la récupération des souvenirs. Des souvenirs qui peuvent être trop douloureux vont générer un stress insurmontable. C'est comme dans un circuit électrique quand les plombs sautent. Des amnésies sélectives touchent certains événements comme les abus sexuels (évoqué par Sarah Abitbol dans Un si long silence aux éditions Plon). Le cas de Pascal, une amnésie généralisée, est plus rare. Des souvenirs sont revenus assez rapidement après, d'autres peuvent resurgir grâce à une image, une anecdote, une ambiance, une émotion. C'est un peu la Madeleine de Proust. »

« J'ai réappris ma vie à travers les échanges, les journaux que ma mère avait gardés, les réseaux sociaux. J'ai fait un travail de recherche permanent sur ma vie »

« Ça a changé pas mal ma vie, reprend Rousseau. On m'a représenté ma femme, mes enfants... Je développe une espèce d'hyper-sensibilité alors quand je l'ai prise dans mes bras, je savais que c'était ma femme. J'ai le ressenti, l'émotionnel. J'ai eu deux ans et demi difficile... ma famille a explosé... C'est compliqué aussi pour les gens de comprendre que ça ne m'inquiète pas. Je dois accepter qu'ils me croient ou pas. Petit à petit, j'ai pris le parti d'avancer. J'ai réappris ma vie à travers les échanges, les journaux que ma mère avait gardés, les réseaux sociaux. J'ai fait un travail de recherche permanent sur ma vie. J'ai ma mémoire immédiate et quand on m'explique un truc, j'enregistre. On m'a dit que j'étais footballeur. Alors je ne connais pas ma carrière par coeur, mais pas loin. J'ai vu que j'avais joué avec des mecs incroyables ! Jean-Pierre Papin, Enzo Francescoli à l'OM ! En D2, je jouais derrière la charnière internationale Bossis-Mahut au Matra Racing ! Sur les photos, les films, je vois que c'est moi. Ok... J'étais gardien. Je me suis remis dans les buts, pour voir... alors oui, j'ai des aptitudes... c'est clair. Je sais plonger, je sais arrêter des ballons. J'entraîne même à nouveau les gardiens. Comment je fais ? Je ne sais pas. »

Sa thérapeute explique : « En général cette amnésie touche principalement les événements qui concernent le sujet. Pascal a pu reprendre le travail (conseiller en hypothèque et planification de retraite) assez rapidement parce qu'il a conservé toutes ses compétences et son corps se rappelle les mouvements, c'est la mémoire procédurale. »

En octobre 2023, avec ses amis Moune et Boubou, connus en rééducation en 1989, il est retourné à Rennes pour la première fois, pour la réception de Nantes : « Il nous a dit : ''Je n'ai plus de souvenirs avec vous, mais on se connaît depuis une éternité.'' C'est perturbant, mais on fait abstraction de ça très vite parce que c'est le même. Il est juste aux aguets pour capter de nouvelles informations. La veille, on a fait un tour autour du Roazhon pour peut-être faire un déclic. Mais le stade a bien changé ! Ça ne lui disait rien. Le jour du match, dans l'ambiance, en redécouvrant Olivier Dall'Oglio et d'autres, ça lui a fait des flashs. Il était de plus en plus à l'aise. »

« J'ai reçu un accueil de malade (à Rennes), une dose d'amour incroyable ! Le kop a scandé mon nom. Les supporters étaient très bienveillants. J'ai dû laisser une image de quelqu'un de très abordable »

Rousseau n'en revient toujours pas. « J'ai reçu un accueil de malade, une dose d'amour incroyable ! Le kop a scandé mon nom. Les supporters étaient très bienveillants. J'ai dû laisser une image de quelqu'un de très abordable. » Ses deux meilleurs potes footballeurs confirment. En 1988, Frank Leboeuf était stagiaire à Laval. « Après une victoire à domicile, tout le monde va manger et je rentre chez moi avec ma femme... Et là, Pascal m'appelle : ''Pourquoi tu viens pas ?''

- ''J'ai pas forcément l'argent pour aller au resto''.

- ''Tu viens, tu fais partie de l'équipe, je gère.'' »

Il était dans le partage. Ça m'a touché. J'ai toujours eu beaucoup de respect pour lui. C'est quelqu'un d'entier. Quand il a envie de te dire merde, il te dit merde. Quand il a envie de dire je t'aime, il te dit je t'aime. » En 1994, Dall'Oglio est arrivé de Perpignan à Rennes après le début du Championnat : « Dans le vestiaire, il n'y avait pas spécialement de place. Pascal m'a accueilli. Il a débarrassé ses affaires, son gardien de chiffon porte-bonheur et m'a dit : ''Viens à côté de moi''. Je n'ai jamais oublié ce premier jour... Ce n'est jamais simple d'intégrer un vestiaire quand on ne connaît personne. »

L'ancien Rennais, Patrick Guillou, consultant BeIn Sports, confirme : « Pascal était quelqu'un de très cash, qui prenait les choses en main. Il était très fédérateur. On a passé de super moments de partage avec lui et sa femme dans leur maison. Fort de son expérience, il avait une vision pointue dans l'analyse tactique, dans le vestiaire sa voix comptait. » De quoi lui parle-t-on le plus souvent ? « Les maillots que je dessinais. Le look atypique plaisait. » Jaune canari avec triangles bleu roi ou rose, il se lâchait. « Il y avait du bon et du moins bon ! sourit Dall'Oglio. De l'extravagant, du bariolé aussi. Il était avant-gardiste. C'était un garçon atypique, un artiste, il jouait de la guitare, il avait un studio chez lui. »

« Je n'avais plus de nouvelles jusqu'au jour où il me raconte ça, en pleurant à l'évocation de ses enfants dont il ne se souvenait pas... un truc de fou »

Frank Leboeuf, ancien coéquipier de Pascal Rousseau
« Mais j'espère qu'on me voit autrement qu'un mec qui portait des maillots ! s'amuse l'intéressé. Quand je vois ma longévité, je me dis que je devais pas être trop mauvais. » « Probablement en France le plus sûr dans les airs », selon L'Équipe en 1990. Champion d'Europe 1984, Maxime Bossis peut le rassurer : « Pascal avait pas mal de caractère. Il aimait chambrer et rire. Dans le but du Matra, il était rassurant, commandait très bien sa défense, nous parlait énormément sans peur d'élever la voix. Un des tout bons gardiens. Spectaculaire, il aimait parfois en rajouter pour faire des arrêts sympas. Comme pour ses maillots, il aimait être stylé. » Dall'Oglio décrit « un gros bosseur, pas très grand, très bondissant, téméraire dans les sorties. Un leader à sa manière. »

Qui a pu compter sur ses vieilles amitiés pour reconstruire sa mémoire. Leboeuf lui a ouvert sa boîte à souvenirs : « Je n'avais plus de nouvelles jusqu'au jour où il me raconte ça, en pleurant à l'évocation de ses enfants dont il ne se souvenait pas... un truc de fou... Alors je lui ai raconté qu'un soir il a ''tué'' une dizaine de vaches sur la route en rentrant, que j'étais là pour l'opération de son fils, qu'une autre fois j'étais chez lui quand il a raccroché trois fois au nez de Tapie qui voulait le faire venir et qu'il n'y croyait pas ! Je lui ai envoyé les images d'un PSG-Laval sur Canal où on prend 3-0... »

« Quand Frank m'a vu, se souvient Rousseau, j'étais vraiment pas bien. Il a été d'un secours ce gars... » Un guide parmi d'autres sur le chemin de son passé. Une quête qu'il espère un jour évoquer dans un seul en scène dont Nicolas Vitiello, connu via le champion du monde, assurera la mise en scène. « J'ai besoin d'en parler... Plein de gens ne sont pas diagnostiqués. J'ai envie qu'ils sachent que ça existe. Si ça peut les aider... » Son titre : Souvenez-moi.

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La gouaille de titi parisien, désormais mâtinée d'accent suisse, est toujours là. L'esprit vif et la malice aussi. La dernière fois, c'était il y a trente ans (1994) au Stade de la Route de Lorient et Pascal Rousseau, gardien du Stade Rennais était l'un des artisans de la montée en D1 comme huit ans avant avec le Racing. Entre-temps, il avait été sacré meilleur gardien de Division 1 en 1988 avec Laval et champion de France 1990 le temps d'une pige avec l'OM de Bernard Tapie.

En plus de vingt ans de carrière, cette grande gueule avait connu aussi une sale blessure à un genou, des mises à l'écart et le chômage. Mais le 10 mars 2019, tout s'est effacé : « J'étais en train de discuter avec mon ex-femme. Quand elle a quitté la pièce, j'ai dû me lever au moment où mon cerveau a tiré la prise. Je suis tombé. Je me suis réveillé à l'hôpital. Je ne savais pas mon nom. Une infirmière est entrée : ''Salut La Rousse ! T'es enfin réveillé ?'' ''Je ne vous connais pas...'' C'était une copine de vingt ans... J'ai perdu toute ma mémoire. Toute ma vie effacée. »

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* Erevan (Arm. 1997)
* Carouge (Sui. 1998-2000)
* Yverdon (2000-2001)

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L'ancien Rennais, Patrick Guillou, consultant BeIn Sports, confirme : « Pascal était quelqu'un de très cash, qui prenait les choses en main. Il était très fédérateur. On a passé de super moments de partage avec lui et sa femme dans leur maison. Fort de son expérience, il avait une vision pointue dans l'analyse tactique, dans le vestiaire sa voix comptait. » De quoi lui parle-t-on le plus souvent ? « Les maillots que je dessinais. Le look atypique plaisait. » Jaune canari avec triangles bleu roi ou rose, il se lâchait. « Il y avait du bon et du moins bon ! sourit Dall'Oglio. De l'extravagant, du bariolé aussi. Il était avant-gardiste. C'était un garçon atypique, un artiste, il jouait de la guitare, il avait un studio chez lui. »

« Je n'avais plus de nouvelles jusqu'au jour où il me raconte ça, en pleurant à l'évocation de ses enfants dont il ne se souvenait pas... un truc de fou »

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« Mais j'espère qu'on me voit autrement qu'un mec qui portait des maillots ! s'amuse l'intéressé. Quand je vois ma longévité, je me dis que je devais pas être trop mauvais. » « Probablement en France le plus sûr dans les airs », selon L'Équipe en 1990. Champion d'Europe 1984, Maxime Bossis peut le rassurer : « Pascal avait pas mal de caractère. Il aimait chambrer et rire. Dans le but du Matra, il était rassurant, commandait très bien sa défense, nous parlait énormément sans peur d'élever la voix. Un des tout bons gardiens. Spectaculaire, il aimait parfois en rajouter pour faire des arrêts sympas. Comme pour ses maillots, il aimait être stylé. » Dall'Oglio décrit « un gros bosseur, pas très grand, très bondissant, téméraire dans les sorties. Un leader à sa manière. »

Qui a pu compter sur ses vieilles amitiés pour reconstruire sa mémoire. Leboeuf lui a ouvert sa boîte à souvenirs : « Je n'avais plus de nouvelles jusqu'au jour où il me raconte ça, en pleurant à l'évocation de ses enfants dont il ne se souvenait pas... un truc de fou... Alors je lui ai raconté qu'un soir il a ''tué'' une dizaine de vaches sur la route en rentrant, que j'étais là pour l'opération de son fils, qu'une autre fois j'étais chez lui quand il a raccroché trois fois au nez de Tapie qui voulait le faire venir et qu'il n'y croyait pas ! Je lui ai envoyé les images d'un PSG-Laval sur Canal où on prend 3-0... »

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