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Édouard Mendy, le récit de sa folle histoire normande

Édouard Mendy, élu meilleur gardien du monde par la FIFA en 2021 et sacré champion d’Afrique avec le Sénégal il y a dix jours, vient de devenir champion du monde des clubs avec Chelsea. Il y a sept ans, le natif de Normandie, après un passage anonyme à Cherbourg, dans les championnats amateurs, était au chômage. Comment le destin hors normes de l’ancien Rennais a-t-il basculé vers la gloire ? Ses plus proches accompagnateurs dans la Manche racontent le début de l’histoire.
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Champion du monde des clubs depuis le week-end dernier, et champion d’Europe. Champion d’Afrique. Élu meilleur gardien du monde par la FIFA en 2021. Même en rêve, le conseiller Pôle emploi d’Édouard Mendy, croisé au Havre il y a sept ans, n’aurait pas pu dénicher meilleur boulot pour le gardien aujourd’hui âgé de 29 ans.
 
« Il a été touché par la grâce ! » Ted Lavie en rigole. Cet ancien coéquipier et ami proche de Mendy à l’AS Cherbourg, lors de la saison 2012-2013, à une époque où le club manchois naviguait en National, était parti au Stade Bordelais, quand le portier sénégalais né en Normandie s’était retrouvé au chômage.
 
À deux doigts de devenir vendeur dans le prêt-à-porter
C’était l’été 2014. Cherbourg est rétrogradé administrativement en DH. Le contrat fédéral de Mendy est coupé. Son agent lui fait miroiter une porte de sortie en League One (3e division anglaise), puis arrête de répondre à ses messages.
 
Le natif de Montivilliers, dans la banlieue du Havre, retourne dans sa ville, auprès de sa famille et de ses cousins. Le HAC, qui l’avait congédié de son centre de formation en 2005, avant que Mendy ne traîne ses gants six ans durant dans le petit club des Municipaux du Havre (DH), lui permet de s’entretenir avec son équipe réserve.
 
Il passe huit mois au chômage, et Pôle emploi ne sait que lui proposer. « Il était beaucoup préoccupé par la naissance imminente de sa fille, il cherchait des solutions financières », se rappelle Ted Lavie.
 
Mendy a un Bac pro commerce. Un ami au Havre lui propose de devenir vendeur dans une boutique de vêtements. « En avril 2015, il était tout près d’abandonner le foot », raconte le président de Cherbourg Gérard Gohel. Mendy refuse une offre du club de Fleury-Mérogis en CFA, pour 900 euros par mois. « Je lui avais déconseillé et proposé de revenir à Cherbourg. Deux semaines plus tard, il était mis en relation avec l’OM. » La providence, sous la forme d’un coup de fil de Ted Lavie.
 
"J’espère que tu as de la batterie, et que là où tu es, tu captes !"
L’histoire est connue, mais les détails ne manquent pas de sel. « Je connais bien Dominique Bernatowicz depuis que je suis gamin, j’avais intégré le centre de formation de Bordeaux grâce à lui, raconte Lavie, ancien défenseur. Dominique était parti ensuite à l’OM, en tant qu’entraîneur des gardiens. On s’appelait régulièrement pour prendre des nouvelles. Un jour, il me dit qu’il cherche un gardien assez grand, mais qui va vite au sol. Je lui dis : ne bouge pas, j’ai ce qu’il te faut ! Crois-moi, celui que je vais t’envoyer, c’est un monstre ! Je raccroche. J’appelle Édouard. Je lui demande s’il continue de s’entretenir avec Le Havre. Je lui dis : tu vas recevoir un appel de quelqu’un, j’espère que tu as de la batterie et que là où tu es, tu captes ! Il me dit ok. Je rappelle Dominique. Je lui donne le numéro d’Edouard. Deux ou trois jours après, il était à Marseille pour faire son essai. »
 
Des virées entre potes au McDo ou au resto chinois. Des parties de Playstation lors des longues soirées d’hiver. Une visite l’été dernier, auprès des jeunes du club. « Deux semaines avant la finale de la Ligue des champions, fin mai, il m’avait téléphoné pour prendre des nouvelles, rembobine Gohel. Il me racontait être totalement noyé par tout ce qui lui arrivait ! Et il m’avait promis que sa première visite après la finale, ce serait à Cherbourg. »
 
Des essais avortés, 317 000 euros pour l’AS Cherbourg
Abdoul Kader Diabaté, qui défend toujours les couloirs du club manchois, dans le dur en championnat N3, abonde. « Édouard sait d’où il vient. Les galères, c’est ce qui lui a permis de devenir grand. Il a beaucoup appris ici pour arriver là où il est aujourd’hui. » En héritage, il y a ces 317 000 euros perçus par Cherbourg, au titre du mécanisme de solidarité pour un club formateur dans le cadre d’un transfert international, grâce à la vente par Rennes de Mendy à Chelsea pour 30 millions d’euros à l’été 2020.
 
Il reste, aussi, l’image d’un grand échalas « qui prenait déjà presque toute la cage » (Lavie), à la relance au pied encore approximative. Mendy était arrivé dans le Nord-Cotentin en 2011 comme 3e gardien, après un essai avorté à… Rennes. « Avant sa dernière saison à Cherbourg, pareil, il avait fait un essai à Istres, alors en Ligue 2, qui n’avait pas abouti », raconte Jérôme Le Moigne, son entraîneur des gardiens à l’époque.
 
Mendy fut remplaçant de Simon Lugier en National. Puis titulaire plus régulier en CFA, lors de sa dernière saison en 2013-2014. « Cela s’était un peu compliqué sur la fin, on encaissait des buts, on perdait des matches, et Nicolas Radovic lui avait pris la place, se souvient Abdoul Kader Diabaté. Cela ne l’empêchait pas de garder la banane, d’être ambianceur dans le groupe. C’était surtout un très gros bosseur. C’est son mental qui m’impressionnait le plus, avec sa grosse voix ! »
 
« Quelque part, son histoire peut faire mal à la jeune génération »
Ted Lavie : « A Cherbourg au début, c’était l’un des plus jeunes, il était un peu introverti, il parlait peu malgré son gros caractère. Là, quand je le vois à Chelsea, avec le Sénégal… Il mène les troupes, il s’impose. C’est sur sa prestance qu’il a le plus progressé. »
 
Jérôme Le Moigne se rappelle aussi des exercices de finition à l’entraînement. « Édouard ne refusait jamais le duel. Sur un ballon centré, non seulement il ne reculait jamais, mais au contraire, il s’avançait un mètre de plus que les autres. »
 
Mendy est devenu un modèle, malgré lui. « Quelque part, dit Le Moigne, son histoire peut faire mal à la jeune génération, car des joueurs non conservés dans les centres de formation, qui n’ont pas le niveau, vont entendre leur agent leur dire : « Regarde Mendy, il est passé par le chômage et il est à Chelsea… » Je ne doutais pas qu’Edouard puisse vivre du foot, en championnat national ou avec des contrats fédéraux. Mais de là à aller jusque-là… »
 
Gérard Gohel, pour finir : « Son évolution est très étonnante, entre réussite et humilité. Il fait partie des exceptions. Il m’a dit qu’il essayerait de revenir à Cherbourg si Chelsea rencontre le PSG en Ligue des champions. » Le chemin passera d’abord par Lille en 8e de finale, match aller dans une semaine à Londres.

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C’était l’été 2014. Cherbourg est rétrogradé administrativement en DH. Le contrat fédéral de Mendy est coupé. Son agent lui fait miroiter une porte de sortie en League One (3e division anglaise), puis arrête de répondre à ses messages.
 
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L’histoire est connue, mais les détails ne manquent pas de sel. « Je connais bien Dominique Bernatowicz depuis que je suis gamin, j’avais intégré le centre de formation de Bordeaux grâce à lui, raconte Lavie, ancien défenseur. Dominique était parti ensuite à l’OM, en tant qu’entraîneur des gardiens. On s’appelait régulièrement pour prendre des nouvelles. Un jour, il me dit qu’il cherche un gardien assez grand, mais qui va vite au sol. Je lui dis : ne bouge pas, j’ai ce qu’il te faut ! Crois-moi, celui que je vais t’envoyer, c’est un monstre ! Je raccroche. J’appelle Édouard. Je lui demande s’il continue de s’entretenir avec Le Havre. Je lui dis : tu vas recevoir un appel de quelqu’un, j’espère que tu as de la batterie et que là où tu es, tu captes ! Il me dit ok. Je rappelle Dominique. Je lui donne le numéro d’Edouard. Deux ou trois jours après, il était à Marseille pour faire son essai. »
 
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« Quelque part, son histoire peut faire mal à la jeune génération »
Ted Lavie : « A Cherbourg au début, c’était l’un des plus jeunes, il était un peu introverti, il parlait peu malgré son gros caractère. Là, quand je le vois à Chelsea, avec le Sénégal… Il mène les troupes, il s’impose. C’est sur sa prestance qu’il a le plus progressé. »
 
Jérôme Le Moigne se rappelle aussi des exercices de finition à l’entraînement. « Édouard ne refusait jamais le duel. Sur un ballon centré, non seulement il ne reculait jamais, mais au contraire, il s’avançait un mètre de plus que les autres. »
 
Mendy est devenu un modèle, malgré lui. « Quelque part, dit Le Moigne, son histoire peut faire mal à la jeune génération, car des joueurs non conservés dans les centres de formation, qui n’ont pas le niveau, vont entendre leur agent leur dire : « Regarde Mendy, il est passé par le chômage et il est à Chelsea… » Je ne doutais pas qu’Edouard puisse vivre du foot, en championnat national ou avec des contrats fédéraux. Mais de là à aller jusque-là… »
 
Gérard Gohel, pour finir : « Son évolution est très étonnante, entre réussite et humilité. Il fait partie des exceptions. Il m’a dit qu’il essayerait de revenir à Cherbourg si Chelsea rencontre le PSG en Ligue des champions. » Le chemin passera d’abord par Lille en 8e de finale, match aller dans une semaine à Londres.

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