L'entraîneur rennais Habib Beye, qui aurait envisagé une séparation avec le club breton mercredi, a décidé de se passer de son gardien international et vice-capitaine à Lens, ce samedi (17 heures), dans le cadre de la 21e journée de Ligue 1.
C'est un choix spectaculaire, qui n'est pas sans rappeler la crise rennaise de l'automne, quand Habib Beye avait décidé de ne pas convoquer Seko Fofana et Ludovic Blas à Toulouse (2-2, le 29 octobre) en raison d'un investissement jugé insuffisant à ses yeux à l'entraînement. Depuis, Fofana est parti en prêt au FC Porto, Blas ne joue qu'avec parcimonie et, vendredi, Brice Samba n'a pas fait le voyage avec le groupe rouge et noir à Lens pour l'affiche de ce samedi après-midi (17 heures).
Il n'aurait pas eu d'explication et cela ressemble donc à un choix sanction envers le vice-capitaine du groupe, au moment où Rennes tangue sérieusement et où Beye apparaît en difficulté. Son équipe n'a pris qu'un point contre Le Havre (1-1, le 18 janvier) et Lorient (0-2, le 24), avant d'être punie dans les grandes largeurs à Monaco (0-4, samedi dernier) et à Marseille (0-3, en Coupe, mardi), pourtant pas au top en ce moment, et il est difficile de ne pas relier ce choix à l'accrochage entre Beye et Samba sur le scénario du deuxième but au Vélodrome. « Ce n'est pas un accrochage, c'est une consigne de coach », voulait préciser Beye, vendredi. « C'est très très chaud entre les deux hommes », avait indiqué sur le moment le commentateur bord terrain de beIN Sports.
Beye joue son va-tout avec un vestiaire qui ne le suit pas toujours
Pour rappel, le deuxième but est venu après une relance longue de Samba sur Breel Embolo. L'attaquant suisse, entré en jeu, a perdu son duel, et l'OM a traversé en vitesse le milieu et la défense bretonne, un but qui rappelait le premier à Monaco. Mais toutes les équipes ne prennent pas un but sur des dégagements longs qui reviennent comme un boomerang, et il y avait sans doute matière à mieux défendre, aussi. « Ce n'est pas que ce n'est plus possible, ajoutait Beye au sujet des relances longues. À un moment donné, il y a une demande (pour une relance courte). Si on relance long, en fait, toute l'équipe est ouverte. Donc j'ai une exigence sur cette nécessité pour nous d'être disponible dans notre première relance. Et ça ne changera pas. »
Il arrive aussi aux Rennais de perdre des ballons après des relances courtes, mais Beye envoie donc un nouveau signe d'autorité à travers ce choix, envers un cadre qui a pourtant contribué par des arrêts salvateurs à la belle dynamique de novembre-décembre, qui n'a pas été pour rien pour améliorer la situation de son coach. Beye joue son va-tout avec un vestiaire qui ne le suit pas toujours, alors qu'il se retrouve lui aussi à nouveau dans l'oeil du cyclone, avec une communication qui peut parfois déconcerter.
Alors que l'impression collective laissée à Marseille était pauvre, Beye a relevé à la pause une « très belle première mi-temps » et à la fin « de bonnes choses dans le jeu » face à « un énorme adversaire ». Au centre de formation, certains auraient aussi tiqué sur ses propos récents sur la valorisation de Jacquet et Meïté, la semaine passée, « 100 M€ de plus-value sur deux joueurs qui en valaient peut-être 3 il y a six mois », alors qu'ils étaient déjà dans la ligne de mire de grands clubs l'été dernier.
La séance d'entraînement de jeudi aurait été tendue, le club et l'entourage de Beye démentent
Il se dit aussi que certains membres du staff songeraient à partir. Surtout, si le directeur sportif Loïc Désiré a indiqué mardi soir qu'il n'y avait « pas de débat » sur la question de l'avenir immédiat du coach sur le banc, Beye semble s'être lui-même interrogé sur sa capacité à relancer son équipe puisqu'il aurait envisagé une séparation mercredi, au lendemain de Marseille, selon plusieurs sources. Avec des indemnités de départ correspondant à un an et demi de salaire, en comptant sa prolongation automatique d'un an en cas de qualification européenne, puisque Rennes est actuellement sixième.
Sondé sur ce point, l'entourage de Beye n'a pu être joint, mais les discussions en ce sens seraient closes et le président du conseil d'administration, Guillaume Cerutti, nous a indiqué que « l'objectif (l'Europe) reste le même, il reste 14 matches pour l'atteindre et nous sommes tous mobilisés pour y parvenir ». Mais il règne donc un climat assez explosif. Jeudi après-midi, la séance d'entraînement aurait été particulièrement tendue, même si, à ce sujet, le club et l'entourage de Beye avaient démenti tout grabuge. Rennes se rend en tout cas à Lens en ordre troublé, et avec Mathys Silistrie pour garder le but, pour sa première en L1.
Quand Beye était déjà au pied du mur
Quand il n'avait compté qu'un seul succès de la 2e à la 9e journée, fin octobre, Habib Beye s'était retrouvé proche de la sortie, et c'est au bord du précipice qu'il avait ranimé son destin rennais et changé la trajectoire de l'équipe, jusqu'au premier succès chez un « gros », à Lille (2-0, le janvier). Toujours en 3-5-2, avec de la jeunesse et la trouvaille Mousa Al-Tamari comme piston gauche. Depuis, elle est repartie dans le mauvais sens.
Au lendemain de Nice (1-2, le 26 octobre), il était clairement sur la sellette, et alors qu'il devait être convoqué à un entretien l'après-midi avec son président Arnaud Pouille et son directeur sportif Loïc Désiré, il avait cru comprendre que c'en était fini. Avec ses adjoints, il s'était même dirigé vers son casier pour préparer ses affaires. La direction bretonne avait songé à nommer comme intérimaire Sébastien Tambouret, le coach de la réserve, pour le déplacement à Toulouse (2-2, le 29 octobre).
Mais il n'y avait pas non plus d'alternative évidente pour la suite, sur le marché, et après des échanges avec les actionnaires François et François-Henri Pinault, Beye avait pu plaider sa cause et être maintenu sur le banc. Il n'y avait toujours pas eu de succès à Toulouse, mais il avait lancé une série positive contre Strasbourg quatre jours plus tard (4-1). Depuis Lille, Rennes a donc flanché, au gré des aléas (blessure de Rongier, le point d'équilibre, de retour cet après-midi), secoué aussi sur les quinze derniers jours du mercato avec les départs de Kader Meïté et de Seko Fofana ou la vente de Jérémy Jacquet.
Un joueur comme Breel Embolo a également suscité des intérêts tout à la fin, de l'AC Milan et de la Juventus, avec une offre d'un club saoudien retoquée. Et de la jeunesse peut aussi découler de l'inconstance. « Peut-être qu'on aura un groupe qui sera irrégulier jusqu'à la fin de saison, avançait Beye, vendredi. C'est peut-être ce qui nous caractérise cette saison. Pour autant, on a toujours été capable d'avoir ce rebond-là et on a deux matches qui sont exceptionnels à jouer (Lens, PSG). » J. Ri.





