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Adrien Truffert : Je ne me considère plus du tout comme un jeune joueur

Il y a presque deux ans, Adrien Truffert se révélait aux yeux du grand public, à la faveur d’une première inoubliable en pro. Avant de débuter sa 3e saison dans l’élite avec le Stade rennais, le défenseur s’est confié à SRO. Ses débuts, son poste, l'éclosion des jeunes, première partie d’entretien avec un joueur déjà plus tout jeune, à seulement 20 ans.

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Comment arrives-tu à Rennes ?

J’ai été recruté sur un match par Armand Djire et Philippe Barraud. J’ai fait des premiers tests plutôt bons, puis j’ai signé un ANS (Accord de Non-Sollicitation) à 12 ans. J’ai failli aller au pôle espoirs de Châteauroux mais j’ai refusé. Mes parents ont préféré que je vienne un an en avance à Rennes, ils ont déménagé pour moi, pour que je puisse m’intégrer en préformation. Ça collait avec leur travail, ils faisaient des aller-retours entre Rennes et Chartres. Ils faisaient chacun une semaine sur deux avec moi, ils ne se voyaient pas beaucoup. C’est un sacrifice, et je leur les en remercierai toute ma vie. Mes parents sont énormément auprès de moi. Après un an, je suis rentré au centre de formation.

Quelle image avais-tu du Stade rennais au moment de le rejoindre ?

C’était un gros centre de formation, bien réputé tant pour le niveau footballistique, humain, et scolaire. Mes parents attachaient beaucoup d’importance à ma scolarité. C’est un tout qui fait qu’on a préféré choisir le Stade rennais. J’avais d’autres clubs intéressés, Monaco, Lorient, Bordeaux, Nantes ou Paris entre autres. Mais on a pensé que Rennes était un bon choix, et je ne le regrette pas aujourd’hui.

Qu’est-ce qui selon toi fait la qualité de centre de formation du SRFC ?

Il y a de super bons coachs. Ils nous font grandir footballistiquement, mais aussi humainement. C’est un tout qui fait qu’on devient bon dans ces deux domaines. C’est aussi important dans le foot, de savoir ce qui nous attend. Rennes nous apprend beaucoup là-dessus. On m’a parlé d’autres centres de formation, j’ai appris que certains arrêtaient carrément l’école dès qu’on passait en CFA. À Rennes, ils ne veulent pas brûler les étapes, même si les jeunes signent pro vite et que ça devient compliqué de suivre l’école avec les entraînements et horaires des pros. Rennes fait en sorte qu’on rattrape les cours si on les loupe, pour qu’on puisse avoir une stabilité scolaire.

Tu fais partie d’une belle génération. Quels souvenirs gardes-tu de ta formation ?

Mon meilleur souvenir, c’est le championnat U17 qu’on gagne. J’ai fait une bonne saison, ma première en latéral gauche. On a fait de bons matchs, on est allés la chercher. Elle n’était pas si facile que ça. J’ai un bon souvenir du Tournoi de Montaigu aussi, qu’on a remporté, même si personnellement je n’ai pas été très performant. On avait une super génération 2000-2001-2002, beaucoup sont sortis pros.

Ça ressemble à quoi des années de formation au Stade rennais ?

L’internat, forcément. Le lever un peu tôt pour aller à l’école puis l’entrainement, et parfois doubler l’après-midi, entrainement ou école. C’est profiter des amis qu’on se fait aussi. On se pousse tous vers le haut. On fait de petites conneries de temps en temps. Par exemple, on faisait des cache-cache dans le stade, ou on jouait dans les couloirs au foot, des soirées Halloween marrantes. J’ai de supers souvenirs.

C’est quelque chose que tu as vécu avec Lorenz Assignon, avec toi dans le groupe pro aujourd’hui.

Oui, on en parle encore aujourd’hui. Avec Lorenz, on a une super relation, on en reparle souvent, on en rigole. Lui en a un bon souvenir.

On répète souvent que les jeunes sont l’ADN du club. Penses-tu avoir l’ADN Stade rennais ?

Oui je pense. Ça fait longtemps que je suis ici, je n’ai connu que Rennes. J’ai l’ADN Stade rennais, les jeunes ici l’ont. C’est un peu comme une famille. Le centre de formation fait en sorte qu’on se sente bien, qu’on s’entende bien avec tout le monde. Même avec les surveillants j’ai de super souvenirs, je suis toujours en contact avec certains. Le Stade rennais fait en sorte qu’on soit pleinement épanouis pour être le plus performant possible sur le terrain.

"JE SAVAIS QUE J’ALLAIS FINIR LATÉRAL"

Tu as commencé ailier, avant de redescendre latéral. Ça a été difficile à accepter ?

Je ne dirai pas difficile. En fait, je savais que j’allais finir latéral. Depuis le début, je sais que j’ai un profil de "latéral moderne" et je savais que j’allais finir latéral. J’ai donc voulu jouer le plus possible excentré, pour profiter, d’être toujours offensif. À un moment en club je jouais latéral, et en sélection excentré. Parfois je demandais de jouer excentré en club, mais il n’y avait pas grand monde en latéral. Je savais que j’allais finir latéral, et que c’était là où je serais le plus performant, mais ça ne m’empêche pas d’aimer jouer excentré aujourd’hui aussi ! En fait, plus j’avançais en âge, plus je descendais sur le terrain.

Ce n’est pas dur de devenir défenseur quand on est fan de Lionel Messi ?

(Sourire) Non car je m’y étais préparé. Après je suis quelqu’un qui adore jouer offensivement. J’ai appris à bien aimer défendre. Aujourd’hui j’aime faire les deux.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton poste ?

Attaquer (rires). Il faut le dire. C’est ma formation d’excentré aussi. Après, si tu demandes à un joueur s’il préfère attaquer tout le match ou défendre tout le match, très peu te diront qu’ils préfèrent défendre. C’est mieux de courir avec le ballon qu’après lui.

Tu as toujours eu une bonne VMA ?

Oui, depuis petit je gagnais les cross à l’école, j’ai fait les championnats de France. Ce n’est pas quelque chose que j’ai travaillé, même si je continue de l’entretenir, fournir les efforts. Je pense que je peux encore évoluer là-dessus, mais de base j’ai toujours eu une facilité à renouveler les efforts. J’ai joué excentré, et même numéro 10 étant petit.

Tu avais déjà une bonne VMA, qu’est-ce que tu as dû travailler davantage en pro ?

Comme tout le monde je pense, le travail athlétique. La préparation sert à ça. Je n’ai pas forcément plus que certains, mais je n’ai pas fait moins.

Qu’est-ce qu’un "latéral moderne" aujourd’hui ?

Un latéral qui sait aussi bien attaquer que défendre. Par rapport à il y a 15 ans, on demande aux latéraux d’être beaucoup plus offensifs. Un latéral moderne sait bien défendre et bien participer, on lui demande d’être décisif. Savoir bien orienter un pressing et récupérer le ballon, ça aide. Plus on récupère le ballon haut, mieux c’est pour nous car on aura moins de chemin à faire pour aller marquer un but. Un latéral doit peut-être être davantage complet que d’autres postes.

Quels ont été tes modèles à ce poste ?

Marcelo, Jordi Alba, les meilleurs latéraux au monde. Aujourd’hui, encore Jordi Alba, Alphonso Davies, Lucas Hernandez.

"PEU DE GENS PENSAIENT QUE J’ALLAIS ARRIVER SI JEUNE EN PRO"

Le début pour toi, c’est ce match à Monaco le 19 septembre 2020, où tu délivres une passe décisive et inscris le but de la victoire. Est-ce qu’on peut faire mieux pour un premier match en pro que le tien ?

On peut faire mieux oui, on peut mettre un triplé (rires). On va dire que j’ai fait un bon début, ça me tenait à coeur de faire un bon match, c’est très important de montrer qu’on a le niveau sur un premier match.

Comment as-tu vécu les jours qui ont suivi ?

Comme d’habitude. J’ai eu du mal à réaliser, mais j’ai gardé mon quotidien. En réalité, je n’avais pas imaginé une première comme ça. Quand tu es jeune, et latéral, tu ne penses pas à marquer et faire une passe décisive sur ta première pro. Forcément, j’étais heureux, j’ai eu de nombreux messages et appels de ma famille. Mes parents, mes grands-parents, mes tantes, étaient les plus heureux du monde. Quand j’ai réalisé, je me suis dit "ouais, c’est pas mal". Mais 24 heures après, j’étais au taf (sourires). Ensuite, une semaine plus tard j’ai eu le covid, ça m’a fait redescendre vite.

À ce moment, tu t’installes dans l’équipe pro de Julien Stéphan. Comment est-ce qu’on gère ça à 18 ans ?

Je pense que j’ai réussi à bien gérer ça. Je voulais faire ça depuis tout petit, je me suis dit "joues ton football", j’étais dans l’optique de prendre le temps de jeu qu’on me donnait. Ils ont quand même recruté Dalbert. Mais cette première a montré que je pouvais jouer des matchs complets en pro.

Y a t-il certains joueurs qui t’ont aidé à gérer cette période ?

Bien sûr, on a toujours eu un super groupe ici, les cadres m’ont aidé à ce que la transition se passe le mieux possible. Les coachs, les kinés, les préparateurs physiques, tout le club est là pour aider à être performant même quand on passe de la formation à pro. J’ai toujours réussi à garder des repères. La formation nous prépare au monde adulte. Je pense que j’avais les bases, et en plus les gens ici favorisent ça, ils te poussent, veulent que tu ailles plus haut, que l’équipe soit la meilleure possible. Je pense que j’ai réussi à garder les pieds sur terre. Il y avait le coach Stéphan, et Mathieu Le Scornet que j’ai eu à la formation, ça a aidé à mon intégration au monde pro.

À quel moment disparait la fameuse "insouciance" du jeune joueur ?

Avec l’expérience. Plus on fait des matchs, moins on est insouciants. Je pense que c’est important de la garder tout au long de sa carrière. Si on réfléchit trop sur le terrain, on peut en perdre son football.

Y a t-il un contrecoup à gérer quand on explose aux yeux du grand public comme toi cette saison là ?

Peut-être que j’ai eu un contrecoup avec ma blessure. C’était ma première grosse blessure, j’ai été arrêté presque 3 mois. Sinon, je ne sais pas si j’ai vécu un contrecoup avant ça. J’ai vécu une saison "sans supporters" ou avec jauges. Cette saison, je pense que je me suis aguerri et j’ai montré que je n’étais plus un jeune de la formation. J’ai assez de matchs pour ne plus qu’on me considère comme quelqu’un qui vient d’arriver dans le monde pro. J’ai vécu mon truc à fond. Comme depuis tout petit je sais que c’est ce que je veux faire, je ne me suis pas dit "mais qu’est-ce que je suis en train de vivre". Dès que je suis arrivé à ce niveau, forcément j’étais heureux, mais je veux toujours aller chercher plus haut. Comme je veux toujours aller chercher plus, je ne me repose pas sur mes lauriers.

Est-ce que tu ne ferais pas partie des joueurs "programmés" comme on a pu le dire pour Mathys Tel ?

Je ne sais pas si je suis programmé, en tout cas je vais tout faire pour revivre ce genre d’émotions, de matchs.

Es-tu encore un jeune joueur ?

Non, je ne me considère plus du tout comme un jeune joueur. J’ai encore énormément de choses à travailler, et j’en aurais jusqu’à la fin de ma carrière. Aucun joueur n’est parfait. J’ai encore des étapes à franchir, je pense que j’en ai franchi une, celle de "ne plus être un jeune". J’ai assez d’expérience du monde professionnel pour ne plus être dans la découverte.

Est-ce qu’on a le temps d’être jeune dans ton métier ?

(Direct) Non. Pour moi tu n’as pas le temps d’être jeune. Les clubs font en sorte de former des jeunes pour qu’ils soient performants lorsqu’ils arrivent dans le monde pro. Le monde pro et le monde jeune ne sont pas du tout pareil. Quand on est jeunes, même si tu n’es pas performant un match, ce n’est pas grave, ils vont te faire avancer. En pro, il faut être performant chaque match. Jeune, c’est une formation que tu suis. Même s’il y a une année un peu plus difficile, ce n’est pas forcément très grave. En pro, des joueurs ont fait une année zéro et ils coulent. C’est un autre monde, tu as moins le droit à l’erreur, il faut te mettre dans le bain tout de suite.

Ton petit frère Florian est joueur ici au centre. Est-ce que c’est quelque chose que tu essayes de lui expliquer ?

Oui, mais j’ai envie de le laisser faire sa formation. Il est chez moi quasiment tous les week-ends, on est une famille super proche. Moi, je pense qu’il a plus de potentiel à son âge que j’en avais. Je lui dis de bien suivre sa formation, de ne pas vouloir aller trop vite. Les joueurs comme Mathys Tel n’ont qu’un an de plus que mon frère, mais il ne faut pas qu’il se focalise sur ça. Me concernant, je pense que peu de gens pensaient que j’allais arriver si jeune en pro. J’en suis même sûr. Tout petit j’étais encore assez frêle, on pensait que ça allait prendre plus de temps pour moi que pour d’autres. C’est ce qu’on m’a beaucoup dit étant jeune. Mon frère, il ne faut pas qu’il se précipite. Chacun a une formation différente. Chacun va à son allure. Mathys Tel est en avance, mais ça ne veut pas dire pour mon frère qu’il n’y arrivera pas plus tard s’il n’y arrive pas maintenant.

Est-ce qu’on ne va pas trop vite finalement ?

Je ne sais pas si ça va trop vite, mais il y en a surtout certains qui sont prêts de plus en plus tôt. C’est le ressenti que j’ai. Les jeunes comme Jeanuel (Belocian), et autres, ils sont prêts. C’est la vérité. Ils s’entrainent avec nous, ils ont fait de bons matchs amicaux. Maintenant ça concerne certains jeunes, toute l’Académie ne s’entraine pas avec nous.

Vous n’avez que quelques années d’écart avec ton frère. Jouer ensemble ici tu y penses ?

Oui, j’aimerais bien. On en parle, bien sûr. Je lui dit que je l’attends (rires). On y pense forcément, après est-ce que ça se fera ou pas, l’avenir nous le dira.

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ds 0950

Comment arrives-tu à Rennes ?

J’ai été recruté sur un match par Armand Djire et Philippe Barraud. J’ai fait des premiers tests plutôt bons, puis j’ai signé un ANS (Accord de Non-Sollicitation) à 12 ans. J’ai failli aller au pôle espoirs de Châteauroux mais j’ai refusé. Mes parents ont préféré que je vienne un an en avance à Rennes, ils ont déménagé pour moi, pour que je puisse m’intégrer en préformation. Ça collait avec leur travail, ils faisaient des aller-retours entre Rennes et Chartres. Ils faisaient chacun une semaine sur deux avec moi, ils ne se voyaient pas beaucoup. C’est un sacrifice, et je leur les en remercierai toute ma vie. Mes parents sont énormément auprès de moi. Après un an, je suis rentré au centre de formation.

Quelle image avais-tu du Stade rennais au moment de le rejoindre ?

C’était un gros centre de formation, bien réputé tant pour le niveau footballistique, humain, et scolaire. Mes parents attachaient beaucoup d’importance à ma scolarité. C’est un tout qui fait qu’on a préféré choisir le Stade rennais. J’avais d’autres clubs intéressés, Monaco, Lorient, Bordeaux, Nantes ou Paris entre autres. Mais on a pensé que Rennes était un bon choix, et je ne le regrette pas aujourd’hui.

Qu’est-ce qui selon toi fait la qualité de centre de formation du SRFC ?

Il y a de super bons coachs. Ils nous font grandir footballistiquement, mais aussi humainement. C’est un tout qui fait qu’on devient bon dans ces deux domaines. C’est aussi important dans le foot, de savoir ce qui nous attend. Rennes nous apprend beaucoup là-dessus. On m’a parlé d’autres centres de formation, j’ai appris que certains arrêtaient carrément l’école dès qu’on passait en CFA. À Rennes, ils ne veulent pas brûler les étapes, même si les jeunes signent pro vite et que ça devient compliqué de suivre l’école avec les entraînements et horaires des pros. Rennes fait en sorte qu’on rattrape les cours si on les loupe, pour qu’on puisse avoir une stabilité scolaire.

Tu fais partie d’une belle génération. Quels souvenirs gardes-tu de ta formation ?

Mon meilleur souvenir, c’est le championnat U17 qu’on gagne. J’ai fait une bonne saison, ma première en latéral gauche. On a fait de bons matchs, on est allés la chercher. Elle n’était pas si facile que ça. J’ai un bon souvenir du Tournoi de Montaigu aussi, qu’on a remporté, même si personnellement je n’ai pas été très performant. On avait une super génération 2000-2001-2002, beaucoup sont sortis pros.

Ça ressemble à quoi des années de formation au Stade rennais ?

L’internat, forcément. Le lever un peu tôt pour aller à l’école puis l’entrainement, et parfois doubler l’après-midi, entrainement ou école. C’est profiter des amis qu’on se fait aussi. On se pousse tous vers le haut. On fait de petites conneries de temps en temps. Par exemple, on faisait des cache-cache dans le stade, ou on jouait dans les couloirs au foot, des soirées Halloween marrantes. J’ai de supers souvenirs.

C’est quelque chose que tu as vécu avec Lorenz Assignon, avec toi dans le groupe pro aujourd’hui.

Oui, on en parle encore aujourd’hui. Avec Lorenz, on a une super relation, on en reparle souvent, on en rigole. Lui en a un bon souvenir.

On répète souvent que les jeunes sont l’ADN du club. Penses-tu avoir l’ADN Stade rennais ?

Oui je pense. Ça fait longtemps que je suis ici, je n’ai connu que Rennes. J’ai l’ADN Stade rennais, les jeunes ici l’ont. C’est un peu comme une famille. Le centre de formation fait en sorte qu’on se sente bien, qu’on s’entende bien avec tout le monde. Même avec les surveillants j’ai de super souvenirs, je suis toujours en contact avec certains. Le Stade rennais fait en sorte qu’on soit pleinement épanouis pour être le plus performant possible sur le terrain.

"JE SAVAIS QUE J’ALLAIS FINIR LATÉRAL"

Tu as commencé ailier, avant de redescendre latéral. Ça a été difficile à accepter ?

Je ne dirai pas difficile. En fait, je savais que j’allais finir latéral. Depuis le début, je sais que j’ai un profil de "latéral moderne" et je savais que j’allais finir latéral. J’ai donc voulu jouer le plus possible excentré, pour profiter, d’être toujours offensif. À un moment en club je jouais latéral, et en sélection excentré. Parfois je demandais de jouer excentré en club, mais il n’y avait pas grand monde en latéral. Je savais que j’allais finir latéral, et que c’était là où je serais le plus performant, mais ça ne m’empêche pas d’aimer jouer excentré aujourd’hui aussi ! En fait, plus j’avançais en âge, plus je descendais sur le terrain.

Ce n’est pas dur de devenir défenseur quand on est fan de Lionel Messi ?

(Sourire) Non car je m’y étais préparé. Après je suis quelqu’un qui adore jouer offensivement. J’ai appris à bien aimer défendre. Aujourd’hui j’aime faire les deux.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton poste ?

Attaquer (rires). Il faut le dire. C’est ma formation d’excentré aussi. Après, si tu demandes à un joueur s’il préfère attaquer tout le match ou défendre tout le match, très peu te diront qu’ils préfèrent défendre. C’est mieux de courir avec le ballon qu’après lui.

Tu as toujours eu une bonne VMA ?

Oui, depuis petit je gagnais les cross à l’école, j’ai fait les championnats de France. Ce n’est pas quelque chose que j’ai travaillé, même si je continue de l’entretenir, fournir les efforts. Je pense que je peux encore évoluer là-dessus, mais de base j’ai toujours eu une facilité à renouveler les efforts. J’ai joué excentré, et même numéro 10 étant petit.

Tu avais déjà une bonne VMA, qu’est-ce que tu as dû travailler davantage en pro ?

Comme tout le monde je pense, le travail athlétique. La préparation sert à ça. Je n’ai pas forcément plus que certains, mais je n’ai pas fait moins.

Qu’est-ce qu’un "latéral moderne" aujourd’hui ?

Un latéral qui sait aussi bien attaquer que défendre. Par rapport à il y a 15 ans, on demande aux latéraux d’être beaucoup plus offensifs. Un latéral moderne sait bien défendre et bien participer, on lui demande d’être décisif. Savoir bien orienter un pressing et récupérer le ballon, ça aide. Plus on récupère le ballon haut, mieux c’est pour nous car on aura moins de chemin à faire pour aller marquer un but. Un latéral doit peut-être être davantage complet que d’autres postes.

Quels ont été tes modèles à ce poste ?

Marcelo, Jordi Alba, les meilleurs latéraux au monde. Aujourd’hui, encore Jordi Alba, Alphonso Davies, Lucas Hernandez.

"PEU DE GENS PENSAIENT QUE J’ALLAIS ARRIVER SI JEUNE EN PRO"

Le début pour toi, c’est ce match à Monaco le 19 septembre 2020, où tu délivres une passe décisive et inscris le but de la victoire. Est-ce qu’on peut faire mieux pour un premier match en pro que le tien ?

On peut faire mieux oui, on peut mettre un triplé (rires). On va dire que j’ai fait un bon début, ça me tenait à coeur de faire un bon match, c’est très important de montrer qu’on a le niveau sur un premier match.

Comment as-tu vécu les jours qui ont suivi ?

Comme d’habitude. J’ai eu du mal à réaliser, mais j’ai gardé mon quotidien. En réalité, je n’avais pas imaginé une première comme ça. Quand tu es jeune, et latéral, tu ne penses pas à marquer et faire une passe décisive sur ta première pro. Forcément, j’étais heureux, j’ai eu de nombreux messages et appels de ma famille. Mes parents, mes grands-parents, mes tantes, étaient les plus heureux du monde. Quand j’ai réalisé, je me suis dit "ouais, c’est pas mal". Mais 24 heures après, j’étais au taf (sourires). Ensuite, une semaine plus tard j’ai eu le covid, ça m’a fait redescendre vite.

À ce moment, tu t’installes dans l’équipe pro de Julien Stéphan. Comment est-ce qu’on gère ça à 18 ans ?

Je pense que j’ai réussi à bien gérer ça. Je voulais faire ça depuis tout petit, je me suis dit "joues ton football", j’étais dans l’optique de prendre le temps de jeu qu’on me donnait. Ils ont quand même recruté Dalbert. Mais cette première a montré que je pouvais jouer des matchs complets en pro.

Y a t-il certains joueurs qui t’ont aidé à gérer cette période ?

Bien sûr, on a toujours eu un super groupe ici, les cadres m’ont aidé à ce que la transition se passe le mieux possible. Les coachs, les kinés, les préparateurs physiques, tout le club est là pour aider à être performant même quand on passe de la formation à pro. J’ai toujours réussi à garder des repères. La formation nous prépare au monde adulte. Je pense que j’avais les bases, et en plus les gens ici favorisent ça, ils te poussent, veulent que tu ailles plus haut, que l’équipe soit la meilleure possible. Je pense que j’ai réussi à garder les pieds sur terre. Il y avait le coach Stéphan, et Mathieu Le Scornet que j’ai eu à la formation, ça a aidé à mon intégration au monde pro.

À quel moment disparait la fameuse "insouciance" du jeune joueur ?

Avec l’expérience. Plus on fait des matchs, moins on est insouciants. Je pense que c’est important de la garder tout au long de sa carrière. Si on réfléchit trop sur le terrain, on peut en perdre son football.

Y a t-il un contrecoup à gérer quand on explose aux yeux du grand public comme toi cette saison là ?

Peut-être que j’ai eu un contrecoup avec ma blessure. C’était ma première grosse blessure, j’ai été arrêté presque 3 mois. Sinon, je ne sais pas si j’ai vécu un contrecoup avant ça. J’ai vécu une saison "sans supporters" ou avec jauges. Cette saison, je pense que je me suis aguerri et j’ai montré que je n’étais plus un jeune de la formation. J’ai assez de matchs pour ne plus qu’on me considère comme quelqu’un qui vient d’arriver dans le monde pro. J’ai vécu mon truc à fond. Comme depuis tout petit je sais que c’est ce que je veux faire, je ne me suis pas dit "mais qu’est-ce que je suis en train de vivre". Dès que je suis arrivé à ce niveau, forcément j’étais heureux, mais je veux toujours aller chercher plus haut. Comme je veux toujours aller chercher plus, je ne me repose pas sur mes lauriers.

Est-ce que tu ne ferais pas partie des joueurs "programmés" comme on a pu le dire pour Mathys Tel ?

Je ne sais pas si je suis programmé, en tout cas je vais tout faire pour revivre ce genre d’émotions, de matchs.

Es-tu encore un jeune joueur ?

Non, je ne me considère plus du tout comme un jeune joueur. J’ai encore énormément de choses à travailler, et j’en aurais jusqu’à la fin de ma carrière. Aucun joueur n’est parfait. J’ai encore des étapes à franchir, je pense que j’en ai franchi une, celle de "ne plus être un jeune". J’ai assez d’expérience du monde professionnel pour ne plus être dans la découverte.

Est-ce qu’on a le temps d’être jeune dans ton métier ?

(Direct) Non. Pour moi tu n’as pas le temps d’être jeune. Les clubs font en sorte de former des jeunes pour qu’ils soient performants lorsqu’ils arrivent dans le monde pro. Le monde pro et le monde jeune ne sont pas du tout pareil. Quand on est jeunes, même si tu n’es pas performant un match, ce n’est pas grave, ils vont te faire avancer. En pro, il faut être performant chaque match. Jeune, c’est une formation que tu suis. Même s’il y a une année un peu plus difficile, ce n’est pas forcément très grave. En pro, des joueurs ont fait une année zéro et ils coulent. C’est un autre monde, tu as moins le droit à l’erreur, il faut te mettre dans le bain tout de suite.

Ton petit frère Florian est joueur ici au centre. Est-ce que c’est quelque chose que tu essayes de lui expliquer ?

Oui, mais j’ai envie de le laisser faire sa formation. Il est chez moi quasiment tous les week-ends, on est une famille super proche. Moi, je pense qu’il a plus de potentiel à son âge que j’en avais. Je lui dis de bien suivre sa formation, de ne pas vouloir aller trop vite. Les joueurs comme Mathys Tel n’ont qu’un an de plus que mon frère, mais il ne faut pas qu’il se focalise sur ça. Me concernant, je pense que peu de gens pensaient que j’allais arriver si jeune en pro. J’en suis même sûr. Tout petit j’étais encore assez frêle, on pensait que ça allait prendre plus de temps pour moi que pour d’autres. C’est ce qu’on m’a beaucoup dit étant jeune. Mon frère, il ne faut pas qu’il se précipite. Chacun a une formation différente. Chacun va à son allure. Mathys Tel est en avance, mais ça ne veut pas dire pour mon frère qu’il n’y arrivera pas plus tard s’il n’y arrive pas maintenant.

Est-ce qu’on ne va pas trop vite finalement ?

Je ne sais pas si ça va trop vite, mais il y en a surtout certains qui sont prêts de plus en plus tôt. C’est le ressenti que j’ai. Les jeunes comme Jeanuel (Belocian), et autres, ils sont prêts. C’est la vérité. Ils s’entrainent avec nous, ils ont fait de bons matchs amicaux. Maintenant ça concerne certains jeunes, toute l’Académie ne s’entraine pas avec nous.

Vous n’avez que quelques années d’écart avec ton frère. Jouer ensemble ici tu y penses ?

Oui, j’aimerais bien. On en parle, bien sûr. Je lui dit que je l’attends (rires). On y pense forcément, après est-ce que ça se fera ou pas, l’avenir nous le dira.

S.G.S.B.

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